Au quotidien · Chroniques

MonJob m’a tuer

Tu bosses dans l’éducation nationale. Ou tu es médecin. Ou peintre en bâtiment. Ou esthéticienne, responsable des achats, boucher, frigoriste, électricien, plombier, agriculteur, bibliothécaire,  éboueur, troudouctrice, postier, écrivain raté, journaliste, pompier, notaire, photographe, développeur, technicien de surface, hôtesse de caisse, assistante sociale, infirmier, répartiteur, vendeur de paraboles satellite à domicile, actrice porno, guitariste, forgeron, chef de gare, steward, vulcanologue ou encore footballeur.

Et bien tu as de la chance, petit lecteur. Oh oui.

Petite, je voulais devenir vétérinaire. Et puis y avait trop d’études. Et puis j’étais pas très forte en bio.

Alors j’ai choisi de bosser dans la comm’.

P*tain, qu’est ce que j’avais pas fait.

Car vois tu, petit lecteur au métier divers et varié, quand tu rentres chez toi après une looooongue journée de travail. Ou de grève. Ou d’observation de ton écran d’ordi. Bon. Quand tu rentres, t’es chez toi/au ciné/dans la rue. Pépère. Tu penses plus à rien.Ton Job est loin derrière toi, loin de tes pensées, loin de ta vraie vie.

Mais quand tu bosses dans la comm, c’est pas possible. De décrocher de TonJob, je veux dire.

Quoi, tu me crois pas. Tu te dis que pff c’est que des conneries que j’ai juste un souci avec MonJob. Mais remettons nous en situation.

Soirée. Tu sors de Ton Job, pour aller au cinéma avec une copine. Tranquille. Te changer les idées. Tu arrives, tu payes ta place (chère), tu t’installes dans la salle (entre temps tu as vu les affiches des n-films qui vont sortir et dont tu as déjà entendu parler parce que tu bosses dans la comm). Le film commence. Ou plutôt, les bandes annonces. Et surtout, les PUBS. Ta hantise. Car là, tu revois la pub diffusées il y a peu via TaBoitedeComm. Tu vois tes clients, tes propales, tes campagnes.

Le film commence. Tu voudrais bien rentrer dans l’histoire, te prendre au jeu, te laisser glisser dans la légèreté de pensées extérieures.

Soudain, une bouteille de Coca. Tu penses placement de produit. Une montre Seiko. Un MacBook Pro. Une paire de Louboutins.

De retour chez toi (après avoir traversé Paris, ses affiches 4 par 3, ses enseignes), tu allumes la télé. Pour regarder un match de foot (pourquoi pas). Et au lieu d’observer le jeu, ton regard est attiré par les sponsors. Tiens, un nouvel habillage sur la pelouse. Oh, et l’OM a changé de logo !

Pub. Tu zappes sur BFM, histoire d’avoir des infos. Là, un journaliste te parle de la sortie du nouveau Palm, concurrent (in)direct de l’iPhone. Comme en plus de bosser dans la comm’, tu bosses dans la comm sur Internet, l’iPhone pour toi c’est TonJob. Twitter, les appli toussa. Nouveau fail.

Fin du programme. Et hop, achat média, cette émission vous est présentée par un de tes clients. Qui en plus est une marque ayant commencé dans tes locaux. Et vous avez le même investisseur.

Dépité, tu files prendre un bain pour te relaxer. Sur le rebord de la baignoire trône le gel douche Axe du Garçon. Pour qui tu as bossé il y a peu. Tu ouvres ta crème Nivea, pensée pour cette discussion avec une connaissance Twitter responsable comm’ chez Beiersdorf. Tu regardes avec tendresse tes cotons à démaquiller MDD qui ne te rappellent rien (même si tu sais que c’est une MDD).

Au lit. Enfin. Penser à autre chose, discuter avec le Garçon, et dormir.

Le lendemain matin, ton réveil sonne. Les yeux encore collés de sommeil, ton esprit commence à se rattacher aux choses de la journée, d’abord tes fringues, le maquillage, le métro, le thé. Le Garçon se réveille doucement. Tu te penches vers lui pour un dernier câlin, quand il te dit

t’as parlé dans ton sommeil. encore une fois. de TonJob.

Sortez moi de là !

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16 Comments

  1. C’est exactement pareil sauf en version science. Etre chercheur c’est mal !
    Je peux te retracer exactement a même journée mais au lieu de pensé communication, je pense biologie. J’imagine ce qu’il se passe physiologiquement chez les gens qui m’entoure ou que je croise dans la rue. Je parle même à mon cerveau -_-

  2. Avant, ça me faisait pire à chaque fois que je voyais un truc en rapport avec le sport. Quand aux sponsors, impossible pr moi de regarder un match sans les regarder et sans en parler, c’est assez chiant pr mon entourage ! Heureusement que tu parles pas toutes les nuits de ton boulot !

  3. Pfff so true, et triste aussi!

    arrrr, je vais devenir bergère et travailler dans la bergerie, la oui les zoiseaux chantent et ou BFM Tv n’existe pas!

    Voila!

  4. C’est exactement ça ! Même si dans d’autres métiers certains y passent leur vie (medecine par ex), je n’ai pas d’exemple qui se rapproche autant de la comm’/pub et de son rythme « No-Life ».

  5. @RaDe erk, merci de regarder les mêmes émissions que moi ! j’ai juste halluciné hier soir !! 🙂
    (et merci pour le RT :))

    @Helran tu me « rassures » en un sens, c’est clair que quand on est passionné par son boulot on doit souvent y penser. mais je me dit (naïve ?) que la bio c’est plus passionnant que la comm’… non ?

    @Joachim welcome !! 😉

    @L-tz je savais que tu retiendrai la petite dédicace sur le foot ! et heureusement que je parle pas de boulot chaque nuit… au secours !!

    @Tiptoes c’est clair ! au moins, pas de souci !

    @Newbz d’autres métiers peuvent être hyper prenant et te « pourrir » la vie c’est sur, et urgentiste est un bon exemple. mais je me dis que quand on est en vacances on doit pouvoir décrocher à un moment où un autre… enfin j’espère pour eux !

  6. Effectivement ce n’est pas facile tous les jours. Mais il faut des gens comme toi pour que les gens comme moi se sentent utiles ! Le quotidien que tu décris me rappele celui que je vis pour procuration avec mylène, un monde fait de rappel professionnel.
    Etrangement, bossant en psy je devrais ressentir la même chose. Je crois que nous avons été formé pour compartimenter nos vies: en dehors de mes heures de consultation je suis le pire infirmier du monde ! (peur des blessures, des larmes, …)
    Quand les gens me disent que je fais un métier difficile, je leur réponds que non, ce que tu décris est vraiment invivable…
    Courage !

  7. Je crois que moi je veux vivre d’un ptit boulot de merde, et prendre des cours juste pour moi, pas pour exercer un job.
    Et tant pis si ça m’oblige à manger du riz toute ma vie.

    (ps : y’aurait pas une faute dans ton titre ? « mon job m’a mordre », ça fait bizarre… edit mon post après correction 🙂

  8. @Michael peut être, mais c’est chiant !

    @Lily c’est « rassurant », mais euh… tu vois de l’optique où ?? parce que partout…

    @L’infirmier en même temps, heureusement que tu décroches, car ton métier est loin d’être facile !

    @Fée Lait j’ai pas choisi la comm pour super bien gagner ma vie 😉 (sinon j’aurais fait finance…)

    et euh… c’est fait exprès la faute. tu connais pas, Omar m’a tuer ?

  9. dès que je croise quelqu’un ! 2 choix, soit il porte des lunettes et je fais la critique en direct de son équipement en le fixant droit dans les yeux, soit il porte pas de lunette et je lui en invente… Dur dur…

  10. Hum, je comprends parfaitement ta galère… Qui me fait rire d’ailleurs. mais ca doit te faire sentir plus intelligente, tu connais les dessous des pubs, toussa…
    Bref. Juste pour dire que ta première interpellation, à savoir « toi qui bosses dans l’Education Nationale », est erronée à 3000%. Mes deux parents sont profs, et ma mère est instit. On mange du camembert ? Elle garde la boîte pour sa classe. Je pars en voyage scolaire en Angleterre ? Elle me confie une liste longue comme le bras de choses à ramener pour ses élèves. On va se balader ? Elle commence à me faire un cours sur la faune/flore/architecture locale. Et ça, ce sont les exemples les plus flagrants. Il en existe des plus sournois, comme le choix du programme télé du soir ou les débats « mine de rien » sur la langue française… (et il s’avère une heure plus tard – elle est bavarde – qu’elle comptait introduire cette construction syntaxique à ses élèves le lendemain et que je l’ai aidée à planifier son introduction…)
    Bref. L’enfer, c’est être prof. Et l’enfer en enfer : vivre avec un prof. (Quoiqu’après, on peut se sentir super intelligent !)

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