Culture

peut-on rire de tout ?

Non, ceci n’est pas le sujet de philo pour les littéraires, mais la question que pourrait poser Gaspard Proust, humoriste grinçant, ou qu’on pourrait se poser en allant voir son spectacle.

Gaspard Proust, je l’avais découvert l’an dernier lors d’un sketch au Caveau de la République, au milieu d’un spectacle composé de sketches, dont l’humour consistait à taper plus ou moins violemment sur le gouvernement et la droite. En mettant de côté mes orientations, je suis passablement insensible à l’humour politique (ça me gave en fait). La seule personne ayant réussi à me dérider ce soir là, fut donc… Gaspard Proust.

Entre temps, il a fait du chemin. Petit protégé de Ruquier (que je n’apprécie pourtant pas plus que ça), il se retrouve aujourd’hui en représentation (toutes complètes) à l’Européen (place de Clichy, Paris 17e), et très prochainement en prolongation à… La Cigale.

Rien que ça.

Mais qui est donc ce personnage ? Gaspard Proust a, comme je le disais plus haut, ce qu’on appelle un humour particulier. Décalé, dira-t-il lors de son introduction. Mais en plus d’être décalé, l’humour de Gaspard Proust est intelligent. Diplômé d’HEC Lausanne et ancien financier, il s’amène sur scène, l’air complètement blasé, et commence à débiter, l’air absent,  des phrases sur un ton monocorde. « Pas de besoin de répondre, je déteste l’interaction avec le public« . Le ton est donné. Mais non, ce n’est pas soporifique. Car malgré un jeu de scène inexistant (ou presque, à un moment, il se déplace !) il sait raconter des histoires, manier les mots, et l’humour pince sans rire. Plein de cynisme et d’observations dignes d’un Nietzsche en puissance, son discours complètement désabusé touche droit au but.

Pas une fois il n’esquissera un sourire, alors que la salle rit aux éclats. Un monologue d’une heure et demie, dans lequel il passe en revue les « maux » du siècle, démonte un par un les clichés en les faisant siens, enfonce encore plus loin le clou des préjugés, allant jusqu’à sortir des énormités telles qu’on ne peut qu’en rire. Quel que soit le sujet, des homosexuels aux religions, du portrait acide de la province vu par un parisien aux tirades du trentenaire misogyne, en passant par (si si, il ose) les handicapés, il réussi à éviter le « lourd », garder une sorte de légèreté qui lui permet d’aborder à peu près tous les sujets. Et d’en rire.

Alors oui, certains sont sortis de la salle choqués, effrayés par « l’horreur » (je cite) de son discours. Non, Gaspard Proust n’est pas démago, et les sujets qu’il aborde avec tant de détachement et de cynisme peuvent être ‘sensibles’ (et c’est là son but). Il faut le savoir, et aller voir ce spectacle avec un énorme sens du second degré, mais aussi suffisamment de recul pour pouvoir se laisser aller, mettre de coté ses bonnes manières et le politiquement correct.

J’ai pleuré de rire, et ce même après m’être fait traiter de « québécoise à l’accent dégénéré« .

Peut on rire de tout ? Je réponds un grand OUI. Gaspard Proust en est capable, avec une telle finesse, sans tomber dans la caricature, et le mauvais goût (n’est pas Bigard qui veut). Je recommande, avec toutes les précautions à prendre, et une propension suffisante à l’humour noir et au cynisme.

Gaspard Proust, c’est à l’Européen jusqu’au 6 Novembre, et à partir du 10 Décembre à La Cigale (Paris 18e).
De 25 à 33 € selon catégorie.
Site officiel
Et un très bon article sur lui, dans Libération

Bonus:

Quelques citations qui m’ont fait mourir de rire

Sénior. Sénile qui s’ignore

L’homme n’a pas vocation à être le David Guetta de la chatte

Le nazisme, c’est comme un meeting de Ségolène, mais avec des idées

Et un extrait du spectacle (mais en vrai, c’est mieux)

6 Comments

  1. @Joseph et @Manon surtout que franchement, je le trouve meilleur en « live » 🙂 mais ça donne un avant goût 😉

    (et de rien! il faut profiter de notre statut d' »influenceurs » – huhu – pour seeder la bonne parole ! buzzons mes amis buzzons !)

  2. ce mec est une partie de mon cerveau, ce que j’ai envie de dire à certains moments de la journée, en particulier au taf… il signe le retour des grands humoristes, loin du pipi caca de la scène actuelle, il est acide, méchant, cruel et follement drôle !

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