Culture · Intime & Réflexions

i’ve been black swaned

Ce sera sûrement le 52e post que vous lirez (ou ne lirez pas) sur ce film étrange et dérangeant, la énième fois que vous lirez que quelqu’un a été bluffé par la performance de Natalie Portman. Ce que je ne vous dirais par contre pas, c’est d’aller le voir à tout prix.

J’ai longtemps essayé de déterminer comment écrire sur ce film. D’abord, je pensais ne pas faire d’article dessus. Tout a été dit, et c’est un sujet tellement particulier. Et puis non, finalement, j’écoute la musique de Clint Mansell / Tchaïkovski depuis hier soir et je crois que j’ai besoin d’exprimer certaines choses à propos de Black Swan. Ce sera donc sûrement un post un peu fouillis, recueil de mes impressions et réflexions à la suite du film, peut être aussi un peu spoiler. Je vous invite juste à venir en discuter dans les commentaires – si vous le souhaitez. Ou juste se taire parce que parfois c’est trop difficile d’exprimer ce genre de sentiments.

Alors non, comme je le disais ci dessus, même si je considère que c’est un film magnifique, par sa réalisation, ses acteurs, son scénario, et les émotions qu’il exprime, je ne vais pas vous conseiller à tout prix d’aller voir ce film. C’est un film trop dérangeant. Trop malsain, parfois. Trop extrême. Trop. Un film dur, brutal, violent. Un film intense, émotionnellement, visuellement, psychologiquement. Pour toutes ces raisons, et pour les sujets qu’il aborde je pense qu’il peut ne pas parler à tout le monde.

Certaines personnes m’ont dit de Black Swan « je ne sais pas dire si j’ai aimé« . Le Garçon n’est pas entré dans le film. Je peux comprendre. Je ne peux pas non plus dire que « j’ai aimé ». Je veux dire, j’ai aimé parce que c’est une claque, parce que c’est entré en moi, que ça m’a retourné le ventre, et que je suis restée dedans encore longtemps après; j’ai aimé parce que j’ai ressenti ce film, j’ai eu la chair de poule à certains moments, j’ai été emportée par cette vague.

Mais comment dire d’un film aussi sombre qu’on a aimé ? Comment dire qu’on a aimé ressentir les  émotions du personnage, avoir le ventre tordu et le souffle coupé, qu’on a aimé la voir se perdre, ne plus savoir qui elle est ? La voir souffrir, se battre, contre elle même, contre la naissance du Cygne Noir… ?

Je ne sais pas. Exprimer ce que j’ai ressenti reste difficile.

Que dire, alors, de ce film ? De quoi parle-t-il ?

On pourrait dire que ce film parle d’art, de schizophrénie, de danse. De la relation à la mère. Ce serait le réduire à peu de choses.

J’ai toujours été fascinée par ce rapport au corps qu’ont les danseurs, ce rapport à l’art qui s’exprime à travers eux, leurs muscles, leur pensée, leurs mouvements. Ce rapport physique et douloureux de la création artistique. On parle souvent de ces acteurs qui vivent tellement leur rôle qu’ils en viennent à ne plus savoir qui ils sont. De ces artistes devenus fous de la douleur de créer. La danse est pour moi l’exacerbation d’une expression artistique qui passe par le corps, au delà de l’interprétation, au delà de la création. On ne se contente pas d’expulser la danse. On est la danse. On devient l’oeuvre qu’on créé. Comment, à ce moment de fusion violente, ne pas subir de dommages collatéraux ?

Pour moi, Black Swan parle de souffrance. De souffrance physique, et psychique. D’un être en souffrance, qu’est Nina. De la souffrance de l’artiste qui s’approprie son rôle. D’un lien trop ténu entre ce rôle, et ce qu’elle est, ce qu’elle porte en elle. De miroirs. D’une métamorphose brutale et violente. De ces choses qu’on porte en nous et qui parfois nous dépassent. De. Et de.

Je ne sais comment terminer ce post. Fouillis d’idées, d’émotions, de ressenti. J’imagine que chacun trouvera dans ce film quelques chose qui lui parle. Sa propre interprétation.

Je ne cherche pas à comprendre ou à interpréter. Pour moi il n’y a rien à dire, juste une claque à se prendre, des émotions à absorber, plus ou moins violemment. Pas de morale. Et continuer à écouter la musique du Lac des Cygnes. Comme cette petite ballerine sur la boite à musique… en boucle, jusqu’à ce que la musique s’évapore.

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13 Comments

  1. J’ai tout lu j’ai tout compris (donc non ce n’est pas fouillis) et non je confirme je n’irai pas.
    la psychiatrie c’est mon travail… pas mes divertissements.

  2. Moi je trouve que ce qui est très réussi dans ce film, outre la performance oscarisée de Natalie Portman, c’est la façon très réussie, donc, dont on entre dans la psyché de Nina. Mais je n’ai pas trouvé le film choquant ou difficile ou tout ça. Parce que justement, ça ne m’a pas touchée puisqu’il s’agit de l’intérieur de sa tête à elle.
    Bon, et sinon j’ai une amie danseuse et je suis d’accord avec elle, Natalie Portman n’est définitivement pas une vraie danseuse : elle a les pieds en banane pendant les pointes. Sauf quand il s’agit de sa doublure évidemment. Qui elle, est une vraie danseuse. Bon voilà c’est tout. En attendant, pieds en banane ou pas, j’aimerais bien danser comme elle après 1 an d’entrainement intensif.

  3. Bonjour je suis la voix de la discorde…
    Uh uh
    Non discorde est un mot fort, je veux juste dire que contrairement à toi, ce film m’a assez peu touché, je suis moyen rentrée dans la tête de Nina.
    Quant à la « métamorphose brutale et violente » dont beaucoup parle, ça me perturbe car je ne vois aucune métamorphose… Elle est mentalement fragile dès le départ, dans sa relation à sa mère, dans sa relation aux hommes et même à autrui.
    A priori elle est déjà schizo avant même d’obtenir le rôle.
    En très résumé (et donc réducteur), je dirais que « black Swan, je ne suis pas fan ».

  4. Je me reconnais dans ce que tu dis, tu as réussi à exprimer ce sentiment que j’avais en moi. Ce film m’a touché, je suis restée dedans longtemps après et même maintenant après deux semaines, ça commence seulement à s’estomper. Je n’arrive pas à dire que j’ai aimé car il est violent, dérangeant et pourtant je suis prête à retourner au cinéma le voir (ce serait bien la première fois que je vois deux fois le même film au cinéma).

    Comme Manou, je pense qu’elle était déjà fragile au départ mais n’est-ce pas le cas de beaucoup d’artistes ? Comme se mettre à la place de quelqu’un d’autre, se modeler, si on est fort et qu’on en impose déjà ? Bien sûr que ça existe et c’est sans doute car je suis sensible que je dis ça mais je pense qu’une grande sensibilité est en relation étroite avec un tempérament artistique. Ce film montre un rapport à l’art en général, elle se perd totalement. Elle pourrait dire non, stop, mais elle se dévoue tellement et rêve tellement de ce rôle qu’elle va jusqu’au bout quitte à perdre la raison pour monter sur scène. Elle ne sait pas que ce sont des hallucinations et pourtant le « meurtre » ne l’empêche pas de monter sur scène.

  5. @Poupimali c’est un choix… 😉

    @Virginie je crois qu’il y a plusieurs sensibilités à ce type de film, et j’ai vraiment eu l’impression d’être rentrée dedans (en fait d’avoir été aspirée…)… pour la danse je n’y connais rien et c’était donc très ‘ressemblant’ pour moi 🙂

    @Manou oui, comme le dit Delli, elle avait déjà certaines fragilités, une certaine souffrance. il y a métamorphose à mon avis car quelque chose a pété, elle a été poussée dans ses retranchements pour se dépasser, et a fait sortir tout ce qui était jusque là ‘en elle’
    voilà, après comme je le disais les interprétations sont libres, et c’est intéressant d’avoir d’autres points de vue (heureusement que tout le monde ne ressort pas percuté comme je l’ai été ! :))

    @Delphine Delli je crois qu’on se retrouve dans nos ressentis, ce que tu dis sur sa fragilité, sa capacité à se modeler, à se fondre dans le rôle…
    c’est « rassurant » de voir que je suis pas la seule à avoir ressenti ce film comme ça en tous cas.

  6. Nan mais j’ai adoré ce film hein faut pas croire. Il ne m’a pas ébranlée pour des raisons qui m’appartiennent et je savais que je ne le serai pas. Et pour toutes ces raisons, je ne vais pas voir plein de films car être ébranlée c’est trop pour moi (genre « des hommes et des dieux » par ex).
    Mais j’ai été aussi aspirée par ce film comme tu dis et en suis sortie toute quelque chose malgrè tout.

  7. @Virginie toujours pas vu « des hommes et des dieux », je sais pas quoi en penser d’avance en fait…

    @Anna trop de trop ? parfois c’est trop, parfois c’est juste fort. là pour moi c’était fort :p

    @Viviane faudra qu’on en discute ! 🙂

    @Fanny j’espère ne pas t’avoir trop « vendu du rêve » le film peut déplaire aussi hin

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