Culture

woody allen, le marc levy du cinéma ?

Ceci n’est pas vraiment une question rhétorique. Du moins, en sortant de Minuit à Paris, j’ai eu cet éclair d’inspiration: un Woody Allen, c’est un peu comme ces bouquins de pseudo littérature, une histoire très bien assaisonnée d’un soupçon de romantisme (non feint), un poil de philosophie (sur le sens de la vie et du monde), une pincée de surréalisme, et surtout, un happy ending.

Bon, ok, peut être que Woody Allen, c’est un peu comme Paulo Coehlo. Ou Guillaume Musso. Enfin, tu vois. Ce genre de bouquin que tu achètes en toute confiance, parce que tu sais ce que tu vas y retrouver. Un genre de bonbon suave, une douceur sans grande originalité, mais si bien marketée qu’en l’achetant tu auras l’impression de faire partie des gens intelligents. Qu’en le lisant tu penseras que ta vie a (un peu) changé, parce qu’il y aura eu quelques réflexions sur la vie. Mais pas trop, surtout, juste le temps de quelques phrases bien tournées, sur ton transat au soleil (en plus c’est pratique, il y en a un nouveau qui sort pour chaque été !).

vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu qui vous écrira des lettres anonymes

Je suis peut être un peu méchante avec ces écrivains. Paulo Coehlo a quand même eu quelques belles inspirations, si ce n’est qu’il les a un peu trop usées. Mais pour ce qui est de la comparaison entre cette cheap littérature (dans laquelle on prend, je l’avoue, parfois plaisir à se plonger) et les films de Woody Allen, je n’y reviendrais pas.

Je n’aime pas Woody Allen. Enfin, je n’aime pas ses films, mis à part peut être Match Point, qui est une sorte de coup de hasard (et c’est justement le sujet du film). Les Woody Allen sont plats, vides, souvent mal joués, et j’irai même jusqu’à dire parfois niais. La preuve: j’en ai vu quelques uns (sûrement plus) et je n’en ai aucun souvenir.

Je suis malgré tout allée voir Minuit à Paris. La faute à Gad Elmaleh, et une bande annonce bien tournée. J’ai failli quitter la salle au milieu du film, mais je me suis retenue: il me fallait comprendre.

(attention, spoil) (mais je vous rassure ça ne gâchera pas le ‘plaisir’ du film, puisqu’on voit tout arriver comme un… rhinocéros)
allez voir le film pour comprendre

C’est donc l’histoire d’un écrivain raté qui fantasme le Paris des années 20. En séjour avec sa future femme (on se demande ce qu’ils font ensemble, mais admettons), il se perd, la nuit, dans Paris. Et grâce à une voiture qui remonte le temps (ahah), il se retrouve en plein dans son époque favorite, à fréquenter Picasso, Hemingway, Matisse, Dali et autres Scott Fitzgerald. Alors évidemment, il est complètement envoûté, et tombe amoureux d’une fille (Marion Cotillard). Il va donc se laisser emporter, chaque nuit, dans ce monde parallèle, et finira par écrire son « roman » (et quitter sa future femme, qui le trompait de toutes façons avec un con pédant).

(fin du spoil)

Le vieux Woody Allen a filmé le Paris fantasmé des Américains (et des Français ?). Le Paris à la Tour Eiffel qui scintille et aux ponts éclairés, le Paris aux ruelles pavées (et vides ?!), le Versailles désert (lol ?), les quais de Seine, les bistros, le Paris des Grands Hôtels, du vin Français, des musées, et bien évidemment, de Montmartre et Saint Germain des Prés. Alors c’est joli. Mais ce n’est  pas le Paris qu’on connait, nous autres Parisiens. Avec ses clichés, ses personnages sortis de nulle part, et une histoire qui ne tient pas debout, ni dans le surréalisme, ni dans l’humour, ni dans… rien.

Alors on sourit, quelques fois, lorsqu’on nous sort un Gad Elmaleh détective, lorsque via son personnage Woody Allen critique la politique américaine de Bush, ou à cause de la succession improbable de tant de personnages célèbres, artistes et musiciens, et les quelques vannes qui en découlent.

(et cette phrase très… contextualisée: « it’s always because of the maid !!« )

Mais franchement… c’est plat. Sans relief, sans finesse, sans émerveillement, sinon celui d’un vieux gâteux qui voulait filmer un Werther’s Original. Le Paris dont Woody aurait peut être rêvé, mais qui au final nous ennuie. Et puis cette prétention intellectuelle, ces artistes qu’on est supposé connaître (si tu ne sais pas qui est Braque, si tu ne connais pas l’oeuvre de Dali, ou si tu n’as pas lu Hemingway, et bien…), ces tirades pseudo-philosophiques sur le sens de la vie (à Paris bien évidemment).

On a donc une ville fantasmée par le monde entier, avec son histoire et sa richesse culturelle, un scénario sorti d’un chapeau qu’on tente de faire tenir sur fond de métaphore sur le vrai amour et le vrai sens de la vraie vie (lol), une pléïade d’acteurs plus ou moins connus (Carlita…), ou de noms plus ou moins connus, un Owen Wilson paumé qui passera les 3/4 du film la bouche ouverte en mode poisson sans air (si il n’est pas en train de débiter des stupidités), beaucoup de clichés, et de quoi rendre les Parisiens ET les Américains heureux: et voilà.

Minuit à Paris. Marc Lévy. Même combat ? L’avantage est peut être même à ce dernier…

et un happy ending…

(autre théorie: le vieux Woody a tourné une pub pour l’Office de Tourisme de la ville de Paris)

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16 Comments

  1. Tin. C’est que les avis sont vraiment variés. J’ai hâte de le voir, bordel !
    Sinon une fois pour me sentir intelligente j’ai acheté un Beigbeder. Ca marche pas, en fait.

  2. Punaise, t’es acide!!! Pauvre Woody!
    Le comparer à Marc Lévy, c’est vraiment pas sympa (j’ai jamais lu de Levy tu me diras, je ne peux pas vraiment juger.)

    J’aime beaucoup de réalisateur, il n’a qu’un film sur 3 qui est bon, mais quand c’est bon c’est excellent (selon moi). J4ai vu Célebrity, qui est à chier. Scoop, Match Point et Vicky Christina BArcelona, j’ai adoré!
    Et ses vieux films, Meurtres mystérieux à Manhattan, Mahatan, Alice, c’est bon ça quand même! (Tout ce que vous voulez savoir[…] est un peu nullos c’est vrai)

    BRef, je ne partage pas ton avis. Mais peut être que son dernier film est râté, je ne l’ai pas vu. Mais quand même, Marc Lévy, t’es rude!!! :-p

  3. Rien que pour le titre, chapeau !
    Les avis sont décidément partagés, il faut que j’aille le voir !!! parce que j’arrive pas à croire que Woody puisse me décevoir… oui, je sais, c’est peut-être illusoire, mais que veux-tu ?
    En tout cas, ce n’est pas pour aujourd’hui ! Car, pour une fois que je peux aller tranquilos au ciné, j’opte pour le Terrence Malick dès ce soir !

  4. @Aline bah, Beigbeder ça dépend lesquels, quoi. l’amour dure 3 ans a quelques bonnes réflexions. son espèce d’auto biographie est pas mal. au secours pardon est une bouze nombriliste affreusement chiante. bref 😉

    @LMO bon, j’avoue (et c’est valable pour tous les comm) je suis un peu violente avec Pépé Woody. mais bon.
    Marc Lévy a fait qq bouquins sympa, le vrai problème de ce genre de littérature c’est la répétition du genre.
    donc sinon contrairement à toi j’ai détesté Vicky Christina truc, et me suis fait faite chier avec Scoop. je pense que Woody, c’est un peu on aime ou on aime pas..

    @Bottines tout à fait d’accord avec ta critique 😉

    @Béa alors comme je dis, je crois que j’ai un problème avec Woody Allen, ses films m’emmerdent. du coup si tu aimes généralement ce qu’il fait, peut être que celui ci peut te plaire ? 🙂
    Terence Malick c’est prévu, j’ai hâte de découvrir ça !!

  5. Faux faux faux ! J’adore Woody Allen, il fait partis de mes réalisateurs préférés et JAMAIS je ne le comparerais à de la cheap littérature comme Paulo Coehlo, Lévis et autres, que je n’aime pas d’ailleurs. 🙂
    Chez Allen il y a du bon et moins bon, on accroche ou non, mais ce n’est pas toujours les mêmes histoires à la même sauce, il n’y a qu’à voir « Le Rêve de Cassandre », « Scoop », « Escrocs mais pas trop » (mes préférés)…

    Après je comprend qu’on puisse ne pas adhéré, surtout que « Minuit à Paris » c’est vraiment du Allen à fond !
    Enfin, j’ai aimé lire ton avis tout de même, c’est toujours intéressant d’en avoir des différents et de les confronter. 😉

  6. @Manou et tu me vois rassurée de savoir que je suis pas qu’une grosse antisensible de Woddy Allen !! 🙂

    @Une fille à Paris j’ai hâte de lire

    @Marine ya des gens qui adorent Marc Levy, hin 😉 et pour le coup tu cites Scoop qui pour moi est un échec: je l’ai vu deux fois et je ne me souviens absolument pas de l’histoire tellement je me suis ennuyée (d’où le fait que je l’ai vu une 2e fois en pensant ne pas l’avoir vu). mais sinon je déplore juste que certaines choses soient abordées superficiellement dans ce film, ça aurait pu être un moment au moins agréable

  7. J’idolâtre pas Woody Allen (j’ai même pas vu la moitié de ses films)…mais j’ai quand même bien aimé Minuit à Paris. C’était léger…et puis c’était joli quand même ce Paris complètement surréaliste et fantasmé! (un vrai truc pour se détendre…). Par contre, je suis assez d’accord pour dire qu’il y a à chaque fois beaucoup de « prétention intellectuelle » dans ses films… alors que bon, c’est quand même « très grand public » Woody Allen !

  8. J’ai jamais vu un Woody Allen, j’accroche pas avec le personnage et tout ce qui tourne autour. Ce côté je me la joue intello pour te faire passer des bons sentiments, très peu pour moi.
    Bonjour, je m’appelle Ginie et j’aime la guimauve, mais celle qui colle vraiment aux dents, pas celle qui a l’air de ne pas y toucher.

  9. J’en sort a l’instant.. et comment dire: j’ai détesté.
    Je me suis ruée sur ton article (que j’avoue je n’avais pas lu avant) pour voir ce que j’avais raté… et tu retranscrit parfaitement tout ce qui m’a hérissé pendant 2h (qui m’en ont parus 8 soit dit en passant…)
    Et Carlita mais mon Dieu quel échec cinématographique.

    Bref, je n’aime définitivement pas non plus Woody Allen (ses films)

  10. Comment est il possible de dire des choses pareil de Woody Allen « un pauvre gateux »?
    Si le seul film que tu as aimé de lui c’est Match Point alors tu es passé à coter de son travail et c’est très certainement que tu aime la vie et uniquement les triller et les films ou il y a de l’action par ce que tu comprend il y à du suspens quoi…
    Woody Allen, c’est l’idole des Névrosés et le maitre du sarcasme… Je sais pas regarde Annie Hall,la vie et tout le reste,prends l’oseille et tire-toi,on peut ne pas l’aimer d’accord mais respecte le au moins.
    Ce type c’est un genre cinématographique à lui tout seul. Et pour ce qui est de minuit a Paris, d’accord ce n’est pas ton Paris mais c’est Paris vu à travers les yeux d’un homme amoureux de la culture française,de la littérature, de l’art mais qui à néanmoins grandi à Brooklyn.
    Et non Woody Allen n’est pas parisien c’est fou ça non?
    Oh et puis marc levy le type qui parle d’amour,de bonheur et de papillon qui vole/ Woody Allen, dépressif, névrosé,sarcastique et complétement décalé.
    Tu n’a jamais vu ou lu un woody allen m’a parole?

  11. Enfin quelqu’un sur la toile qui ose dézinguer Woody Allen. Je suis d’accord : films surfaits d’un auteur idolâtré par une presse unanime, je n’ai jamais compris pourquoi, enfin si j’ai comme un doute.

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