Intime & Réflexions

de la féminité

(Il y a un bout de temps maintenant,) il y avait cet article, chez Camille, où elle parlait de la féminité, ou plutôt de son rapport à la féminité.

N’allez pas croire que je suis devenue obsédée par Camille depuis que ça va être ma nouvelle roomie, non, d’ailleurs à l’époque de cet article je sais même plus si on était déjà futures colocs ou pas encore. Mais on s’en fout.
Bref.

Donc y avait ce post où Camille parlait de sa féminité. Ou plutôt de sa « non » féminité. Et j’avais envie de réagir. D’écrire un truc moi aussi, parce que je suis pas vraiment d’accord quelque part. Que ya une notion qui m’échappe à un moment, quand on dit « les robes, c’est féminin ». Et alors ? Je vais pas te faire une apologie du féminisme et de l’égalité homme-femme (ce serait mal me connaitre), mais on va essayer d’en parler.

Je suis féminine. Enfin, je crois. Si on prend tous les clichés sur les filles, je suis en plein dedans.

Je suis menue, les cheveux longs, le visage fin. J’ai 40 paires de chaussures, majoritairement à talons. J’ai une armoire remplie de robes et de jupes et de collants, et d’ailleurs l’été c’est difficile pour moi de porter autre chose (sans les collants) (ça on garde pour l’hiver) (oui, l’hiver, je porte des jupes et des robes aussi, parce que ya pas de raison). J’ai une collection de culottes qui me fait un peu peur parfois, des tas de colliers, une 20 aine de vernis, je sors très rarement sans être maquillée. Oui, j’aime jouer avec les codes de la féminité. J’aime ces atours, ces accessoires, ce jeu de se transformer chaque jour – celui ci avec une mini jupe et des escarpins de 12 pour voir le monde de plus haut, le lendemain en jean baskets sweater parce que j’ai la flemme. A ce sujet, il y a cette citation que j’aime beaucoup (et qui pourrait tout à fait s’appliquer à l’autre sexe):

Lorsqu’une femme dit « Je n’ai plus rien à me mettre », ce qu’elle veut vraiment dire c’est « il n’y a rien ici pour celle que je suis supposée être aujourd’hui ».

Malgré toutes ces apparences, je me sens souvent bien moins « féminine », ou plutôt bien moins « fifille » (comme on dit au Québec) que bon nombre des filles qui m’entourent. Oui, j’aime la mode, le maquillage, les talons hauts, la jolie lingerie. Cela fait-il de moi une « vraie » fille ? Car on pourrait dire la même chose d’un mec – qui aimerait la mode, les talons hauts et la jolie lingerie sur sa copine. Qui pourrait tout à fait posséder un dressing aussi rempli que le mien.

Quant à ma « féminité », elle reste toute relative – demandez à quiconque qui m’a entendu parler de cul si je suis féminine. Oubliées, les attitudes, lorsqu’il s’agit de camper dans la forêt – on pisse derrière un arbre, on regarde son vernis s’écailler, et point. Je m’assois souvent les jambes écartées, c’est plus confortable (ok j’évite quand j’ai une mini jupe mais bon). Je ne suis pas une grande fan de liberty et de head-bands à fleurs; je n’ai pas peur des araignées ni des souris; je suis tout à fait capable de passer plusieurs jours en jean informe; J’ai eu les cheveux très courts; je préfère regarder un gonzo de qualité que du p*rn « féministe » (qui m’ennuie terriblement). Je ne rêve pas au Prince Charmant, je fais souvent le premier pas quand je drague (parfois même en étant assez rentre-dedans), et il m’arrive de mater lourdement les fesses d’un gars cute qui passerait par là (oui je suis sale, je sais). Oh, et je sais monter (toute seule) un meuble IKEA.

Appelez-moi Robert.

Voilà. Elle est loin la fille qui mange des macarons dans une chambre pastel, entourée de fleurs et de petits oiseaux en rêvant à celui qui lui mettra la bague au doigt. C’est pas moi. Si je ne remets pas en question mon statut de fille et que je suis très bien dans cette peau là, avec mes seins et mes jambes et ma peau douce, il m’arrive de penser que dans ma tête, dans ma façon de penser parfois un peu brute de décoffrage, je suis plus « masculine » que certains garçons. Et que Camille avec son blog pastel, ses DIY, son amour du liberty et des jolis garçons (surfeurs) est bien plus une « vraie fille » que moi.

pas moi

Rendu là, on peut se demander quel est le point ? (ceci étant une traduction purement libre du « what’s the point » anglais, qui signifie un genre de « où veut-on en venir ? quel est le problème ? qu’est ce qu’on cherche à démontrer ? ») Et bien peut être, qu’il n’y en a pas, de point. Qu’on s’emmerde à faire des listes de trucs féminins ou masculins et qu’au final on peut tout à fait s’assumer comme une fille sans répondre aux critères de la féminité, et être viril en étant loin de certains « codes » du masculin (exemple: mettez une barbe à mon ami Nicolas, qui possède une collection de paires de chaussures ahurissante, porte un sac à main et croise les jambes lorsqu’il s’asseoit: ça ne lui enlève pas pour autant ce qu’il a entre les jambes). C’est même plutôt sexy, un mec qui assume sa part de ‘féminité’.

Je crois surtout qu’à notre époque, notre génération a fini par mixer ces codes, que féminin et masculin ne sont plus confinés à un seul sexe, mais se mélangent gaiement chez chacun d’entre nous dans un joyeux bordel plus ou moins assumé. Pour ma part, j’ai la sensation d’avoir adopté certains des « codes » de la masculinité car ils m’apportent une force, une assurance; et que je préfère embrasser certaines attitudes des hommes plutôt que de les subir comme une offense. J’aime voir poindre le côté « féminin » chez un mec qui parait un gros ours bourru mais qui porte un tote sur l’épaule (à qui on demande régulièrement s’il est gay).

C’est peut être là le vrai combat, au delà du féminisme (ou du contre courant), accepter que ces choses qu’on qualifie de féminines ou masculines (pourquoi pas après tout les catégoriser si ça vous fait plaisir ?) existent, mais n’aient plus de sexe attitré. Intégrer ces attitudes, modes de pensées, symboles comme des parts de nos personnalités qui se mélangent plus ou moins fort, pour créer les êtres complexes que nous sommes. Etre soi-même, avant tout. Et pouvoir se regarder en tant que fille en pantalon et cheveux courts sans se dire « zut, je suis pas féminine, ai-je le droit de me trouver belle pour autant ? ».

La réponse est oui.

photo qui a pas rapport
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10 Comments

  1. Il y a des filles avec les cheveux courts et des pantalons qui respirent la féminité. Je ne mets pas de talons, je traîne parfois (souvent en ce moment) en jean et tee-shirt informe et je trouve quand même que je ressemble à une fille, que j’aime les trucs de filles. Je n’an suis pas à l’étape « meuble Ikéa by myself » (à mon grand regret) mais je sais me débrouiller à peu près toute seule même si je ne crache pas sur l’aide d’un grand brun pour porter ma valise. Sur ce point d’ailleurs, il faudra que tu m’apprennes à draguer cash, je sais pas faire et ça pourrait me dépanner.

    1. Tutafé d’accord 🙂 (voilà)

      Pour la drague cash, ça fait parfois peur aux mecs. A moi aussi d’ailleurs (quand je réalise que je vaux pas mieux qu’eux)

  2. Où je me dis qu’il ne faut pas réduire la féminité au genre ou à l’identité sexuelle.
    (je reviens dès que j’ai mis mes idées dans le bon ordre pour faire quelque chose d’un peu plus construit)
    🙂

  3. Et tu viens (sans le savoir?) de démontrer que la théorie du genre (qui une sale traduction de « gender theory », préférons alors les études sur le genre (gender studies)) existe bel et bien. Et que c’est une connerie d’attribuer un genre au sexe
    (ouais, notre prochaine discution sera autour de ça. J’ai plein de truc à te faire lire)
    Et au fait : OUI JE SUIS D’ACCORD PUT*** DE BOR*** à B***
    (comment ça c’est pas féminin l’insulte en caps lock ?)

    1. Je t’ai répondu sur FB donc comme toi je copie colle mon commentaire hein bon (j’ai pensé à toi sur le passage de la drague cash et du matage de rue)

      Ben oui c’était le sujet en fait: genre et sexe ne sont pas nécessairement liés. Après bon je suis pas une spécialiste des mots et théories donc ça ressemble à du bordel intellectuel

  4. Ahah, d’accord avec Fee_lait.
    Car si tu dis que tu es féminine mais que tu aimes parler franchement de cul & monter des meubles Ikea, tu attribues donc ça aux qualités naturelles des hommes – et de leur virilité.

    La question du genre est assez passionnante quand on met le nez dedans. Je ne suis clairement pas assez documentée sur le sujet pour pouvoir en parler mais s’il t’intéresse, n’hésite pas à plonger dans les bibliothèques de certaines féministes connectées, elles ont des ouvrages de références passionnantes.

    Je voulais justement revenir sur le truc qui m’a un peu gêné dans ton article – sans que ce soit rédhibitoire hein, loin de moi l’idée d’être professorale, encore une fois j’ai beaucoup à apprendre.
    C’est justement cette idée de la féminité. Cette idée d’une féminité portée par des habits ou des soins, est profondément liée à notre société contemporaine. Et cette notion hautement sociale et purement subjective n’est que ça : une conformité avec une vision imposée par là où l’on vit.
    Ailleurs c’et autre chose. A une autre époque, c’est totalement différent.

    La première étape c’est ça : comprendre ce que la société dans laquelle on baigne nous impose, et nous inculque. Et faire le tri entre ce que l’on veut éviter et ce que l’on accepte.

    Et c’est bien le principe de base : choisir en toute consciente ce que l’on veut être.
    Le féminisme est, à mon sens, une première étape obligatoire vers cela.
    C’est un terrain de jeu passionnant… et une liberté terrifiante. Pour tous & toutes !

    1. Mais tout à fait ! En fait en écrivant le post, je voulais aussi dire que ces caractéristiques qu’on donne comme féminines ou masculines sont complètement indépendantes (finalement) du sexe de la personne qui les porte.
      Donc oui ça m’a un peu gêné d’aligner les clichés comme ça, mais c’était aussi un peu le sujet: est ce que ces clichés sont vraiment réalistes ? A quoi fait on référence ? Et j’ai pensé que dans d’autres cultures, les hommes portent des robes et se maquillent, dans d’autres époques les femmes étaient les maitresses de maison, que les cheveux longs et les jambes épilées sont l’apanage de la féminité en Occident, au 21 siècle. Et qu’on est complètement formatés par ce cadre culturel et social.
      J’ai pas approfondi ce point car je voulais éviter de disgresser (et que j’ai écrit au fur et à mesure des idées), mais je suis complètement d’accord avec ton commentaire.

      Au final ça ne me « choque » pas qu genre certaines caractéristiques de nos personnalités et de notre culture, après tout on genre aussi des objets ou des lieux; mais ça me gêne qu’on y limite un sexe. C’est là je pense que je pourrais être en désaccord avec certaines personnes 😉

      Merci pour ton comm en tous cas!

  5. Très bel échange entre vous les filles (mais je suis une fille aussi, un peu
    plus vieille que vous) pour moi la féminité est une chose très intime et qui n’a rien à voir avec tous ce que l’on à pu nous imposer.
    Je pense aussi que vous en êtes plus consciente que nous à vos ages, étant donné
    l’éducation des filles du 21° siècle. Plus de liberté, plus de droit à la parole.
    Restez figilantes et combatives….

  6. La question du genre est assez passionnante quand on met le nez dedans. Je ne suis clairement pas assez documentée sur le sujet pour pouvoir en parler mais s’il t’intéresse, n’hésite pas à plonger dans les bibliothèques de certaines féministes connectées, elles ont des ouvrages de références passionnantes.

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