Développement(s) personnel(s)

polyamour 101

Alors voilà, je suis polyamoureuse. C’est plus vraiment un secret aujourd’hui et j’en parle facilement, mais la vérité c’est que la plupart des personnes ne comprennent pas exactement ce que ça signifie. Pour être honnête, j’ai été la première à avoir des a priori sur ce qu’est le polyamour, et à ne pas me reconnaître immédiatement dans cette vision des relations.

À force d’en parler autour de moi, il m’a semblé que ce serait une bonne idée d’en parler plus ouvertement sur mon blogue, et pourquoi pas de faire une petite série d’articles sur le sujet, en fonction des questions et commentaires. Le terme est aussi de plus en plus utilisé, et autour de moi nombreu.ses.x sont les personnes à se questionner sur le modèle de couple hétéro-normatif exclusif/monogame.

**À noter** Je souhaite préciser que l’avis exprimé ici reste le mien : ma vision de ce qu’est le polyamour, comment je l’interprète, via mon expérience personnelle de cisfille bie à tendance hétéro. Il est évident que certain.e.s ne se reconnaîtront pas dans là-dedans, même si je souhaite définir et reconnaître un polyamour inclusif et fluide. Aussi je vais m’efforcer d’utiliser le plus possible l’écriture inclusive. 

Polyamour, donc.

La première chose que je souhaite mentionner, c’est qu’être polyamoureux, n’est pas une orientation sexuelle (homo-bie-asexuel etc), mais un choix. À mon sens, le polyamour est une vision des relations suivant plusieurs valeurs, à savoir : la liberté, l’honnêteté, la  bienveillance, le respect, et l’équité. Tout ceci concerne tou.te.s les partenaires impliqué.e.s, et se passe idéalement dans un cadre de communication authentique.  Je reviendrais plus tard sur ces valeurs et ce que ça signifie pour moi. Comme pour le féminisme*, une fois qu’on a ouvert son esprit à certaines (remises en) questions, on réalise à quel point notre vie amoureuse et nos relations en général sont impactées et contraintes par des constructions sociales, une éducation, un modèle imposé par la société. Être polyamoureux, c’est reconnaître et partager ces valeurs, et les appliquer au sein de sa/ses relations.

Être polyamoureux, ce n’est pas forcément avoir plusieurs relations, coucher avec plein de gens, ni être en amour avec tout le monde.

Être polyamoureux, ce n’est pas tromper saon partenaire.

Être polyamoureux, ce n’est pas être libertin, échangiste, polygame, … même si, en quelque sorte, ces modes relationnels peuvent être inclus dans le polyamour sous réserve de respecter certaines valeurs (c’est là que ma vision est assez large et risque de choquer certain.e.s poly)

Être polyamoureux, ce n’est pas forcément être en triade femme-homme-femme, malgré les nombreuses représentations de ce type d’arrangement relationnel.

Être polyamoureux, ce n’est pas « ne pas être jaloux ». La jalousie, comme de nombreux sentiments s’ils sont exprimés et gérés correctement, a sa place dans une relation polyamoureuse.

Enfin, être polyamoureux « actif » ce n’est pas pour tout le monde, mais je crois que n’importe qui pourrait trouver de merveilleux outils de gestion relationnelle et sujets de réflexion en se penchant un peu sur la question.

Fred Gingras

Alors, comment on devient polyamoureux ? 

 

Pour moi, le premier pas vers le polyamour serait de reconnaître et admettre quelques points concernant nos relations modernes, à savoir :

– Nous ne sommes pas exactement des animaux monogames (ou bien plutôt des monogames en série pour notre nouvelle génération) : l’Amour-passion exclusif à long terme dans le cadre du mariage est le fruit d’une construction sociale, mais aussi et surtout, qu’il est naturel, et pas malsain, d’avoir une attirance sexuelle (et pourquoi pas amoureuse) envers quelqu’un d’autre que notre partenaire principal.e. (Olala, les gros mots.)

– On ne possède pas une personne. Malgré ce que la culture populaire (sexiste, ajouterais-je) nous inculque, les désirs et actions de l’être aimé ne nous appartiennent pas, et ce quelle que soit la puissance des sentiments partagés.

– Il est difficile voire impossible de satisfaire tous ses besoins et désirs, qu’ils soient affectifs, sexuels ou autres, avec une seule personne.

De mon point de vue, la monogamie et les relations exclusives ne sont qu’une forme d’ententes relationnelles parmi d’autres. Je ne pose pas ici de jugement contre celleux qui choisissent ce type de relations, qui le respectent, et sont heureu.x.ses là-dedans. Il y en a, j’en ai fait partie, et j’ai beaucoup d’estime pour celleux qui s’y épanouissent. Il est certain qu’être en relation non exclusive amène son lot d’insécurités, de remises en question, de doutes, de problématiques diverses, et je respecte infiniment celleux qui reconnaissent ne pas pouvoir faire face à ces vagues là.

Je critique simplement l’illusion que nous donne notre éducation, de penser qu’il n’y a qu’un seul modèle viable et valide, et la construction sociale qui nous a appris que coucher avec un.e autre, ou même fantasmer sur un.e autre va amener un désastre et mérite un cruel châtiment.

Je crois alors que le polyamour est une façon de sortir de la boite, de voir plus large, de ré-envisager les relations, d’apprendre à gérer des émotions complexes telles que la jalousie, et surtout l’occasion d’amener des changements profonds dans nos relations aux autres et à nous-même.

Je m’arrête ici pour ce premier volet. Dans le prochain article, on entrera un peu plus dans le vif du sujet : comment ça marche, concrètement ?

 

En attendant, voici quelques liens pour approfondir le sujet :

Un super podcast très court sur le polyamour (France Culture) https://www.franceculture.fr/conferences/quest-ce-que-le-polyamour

Les Tedtalk d’Esther Perel sur le désir dans le couple moderne, qui ont grandement influencé mon cheminement vers le polyamour (on peut mettre les sous-titres en français)

*Je mentionne le féminisme, car je crois que le modèle normatif exclusif est très sexiste. En ce qui me concerne, être polyamoureuse est un choix politique et féministe (je reviendrais éventuellement sur ce point).

Chroniques

les cycles

Ça y est. On y est. Au bord de 2017, au bout, presque. On aperçoit 2018, à quelques jours de là. Mystérieux, brumeux, inconnu.

Dans ces périodes de dates « clés », que ce soit un changement d’année, un anniversaire, le mien ou celui d’un événement marquant, j’ai souvent tendance à « faire le point ». Où et qui étais-je à cette même date, il y a un an, deux ans, plus ? Qu’est-ce qui a changé ?

Parfois, l’impression de tourner en rond m’assaille. Ce sentiment désagréable de revivre les mêmes choses sous différents aspects, d’être coincée dans une boucle sans parvenir à me défaire de mes patterns, de revivre les mêmes histoires, de repasser au travers de situations similaires.

Mes relations amoureuses, par exemple, suivaient jusqu’à l’an dernier un cycle très familier. 2-3 ans de relation. Rupture. 2-3 ans de « célibat », avec une relation de quelques mois qui m’apprend énormément. À nouveau, une relation de 2-3 ans. À nouveau, rupture. Célibat. Relation de transition. Relation engagée de 2-3 ans. Etc. Jusqu’à ma rupture avec le Mari à l’automne 2016, et le début de ma relation avec le Barbu peu de temps après, qui vient bousculer cette rythmique.

 

Une prof merveilleuse m’a raconté cette année que d’après des approches du monde ancestrales comme l’Ayurvéda ou le chamanisme, nous sommes effectivement voués à revivre des patterns, des cycles. Pourtant, nous ne tournons pas en rond.

Notre vie s’apparenterait plutôt à une spirale. Vous savez, ces spirales de papier qu’on étire et qui deviennent un cône ? Voilà.

J’aime cette conception. J’aime à penser que l’Humanité a créé le temps, les années, pour concrétiser les cycles naturels. Les saisons, les Lunes, les Années, et pour pouvoir observer l’évolution de nos cycles, à nous.

J’aime à croire qu’on revit les mêmes situations, d’une vie à une autre, pour apprendre, et peut être réussir à s’en sortir au bout du compte.

Alors, d’une année à l’autre, j’observe.

Qui étais-je. Où étais-je. Qui suis-je.

Plutôt que de me laisser tromper par les apparentes similitudes, ou me concentrer sur mon échec à remplir ma « to-do list » de résolutions qui me laisseraient croire que je n’ai pas avancé, je fais un état des lieux du positif.

Qu’est-ce qui a changé ? Qu’ai-je accompli ? De quoi suis-je fière ?

Ce sont parfois de petites choses. Parfois des accomplissements si faciles et si « assumés » qu’on ne les compterait pas comme réussites. Parfois, c’est la vie qui nous a poussé hors de la zone de confort. Parfois, c’est un heureux hasard, une opportunité qu’on avait pas envisagée et qui s’est présentée.

Et ça fait du bien, d’être bienveillante envers moi-même, de reconnaître toutes ces réalisations, ces pas plus ou moins grands.

 

En 2017, …

Je suis partie seule (!) en retraite de yoga (!!) aux Bahamas (deux premières)

J’ai fait une double tendinite (ouin), et j’ai quitté le spa où je ne m’épanouissais plus pour travailler à mon compte (yeay)

Je suis en relation polyamoureuse avec le Barbu depuis un an

J’ai emménagé avec mon amiereuse

J’ai fait 3 formations en massothérapie et d’innombrables apprentissages dans mon cheminement personnel

J’ai découvert le shibari, et continué à explorer ma sexualité

Le Mari est revenu dans ma vie, par la plus douce des manières. J’ai éprouvé de la compersion

J’ai appris à exprimer mes émotions, à poser mes limites. J’ai géré plusieurs crises d’anxiété, les miennes, et celles de mes proches

J’ai fait un beau séjour en France

J’ai dansé, massé, touché, connecté de manière de plus en plus authentique et intime avec les gens. Je pense que, volontairement ou non, j’ai impacté positivement plusieurs personnes

J’ai mangé moins de viande, et consommé de manière plus responsable en achetant local, sans emballage, de manière consciente

J’ai fait un 7e tatouage

J’ai pratiqué le yoga, j’ai médité, j’ai ressenti, j’ai écouté. Je suis en plein éveil. Parfois, ça a été douloureux, mais surtout magnifique et fascinant. J’ai hâte de la suite

J’ai fait des rencontres, riches, surprenantes, merveilleuses

Je me suis aussi rencontrée moi.

 

Et toi ?

Intime & Réflexions

la délicatesse

J’écris plus. Ici, j’écris un peu ailleurs, parfois. J’écris plus, je poste plus tant de photos sur IG, je partage moins ma vie sur les internettes, hormis peut être twitter.

J’écris plus, j’ai perdu la routine et l’entrainement pour trouver la musique originale des mots. Je suis occupée, souvent, je suis moins sur mon ordi surtout. Ma vie est un si beau tourbillon depuis des mois, si doux, si joli, si plein de ces personnes merveilleuses et du printemps sans fin, de l’été pas si chaud, de Montréal, de musique, de nuits blanches, de lacs, de forêts, d’avions, aussi.

J’écris plus parce que j’ai plus grand chose à dire, j’ai moins de mots qui circulent dans ma tête et demandent à sortir. Je les vis, les choses, dans mon corps et ma peau.

En fait si j’aurais tant et tant à raconter, mais ce serait si long, et si compliqué de trouver les mots justes, les mots qui disent « je suis heureuse, je suis centrée, je suis enfin« . Et aussi, je suis amoureuse, follement, je les aime plusieurs, et tou.te.s à la fois dans leurs beautés singulières, et je fais l’amour avec mon corps mes yeux mes mains mes mots et toute cette vie qui brûle en dedans. Je suis passionnée, si passionnée de ce métier qui me remplit et m’apporte tant. Je suis libre, surtout. Libre comme j’ai jamais été, libre d’être moi toute entière, libre d’aimer, de dormir, de vivre, de baiser, de dire non et stop, libre d’exister.

Au travers d’eux, de moi, de nous, au travers des mois qui s’écoulent et des changements d’heure, j’ai eu 31 ans. Je grandis encore chaque jour un peu plus. Je change, ou plutôt, je me découvre.

Dans ces nouveaux paysages, je me promène. J’expérimente des sensations inconnues, je développe des réflexions, je m’observe et j’apprends des autres, aussi, doucement, je me mets à croire pour vrai en mes rêves. Et puis il ya ce sentiment étrange. Plus j’avance, plus j’accumule de certitudes et d’évidences. Et pourtant, plus j’avance, et plus j’accède à l’immensité de tout ce que je ne sais plus.

Je plume. Couche par couche, des mues successives qui s’arrachent parfois dans les cris, la douleur et les respirations. Renaissances infinies, je me sens parfois si vulnérable, et si nue sans ma peau dure et mon armure de contrôle. J’acquiers l’équilibre tandis que le chaos achève de me (dé)construire. Et je me vois alors, enveloppée d’un litre d’huile chaude sous les mains d’une présence chaleureuse, je me vois, si fragile.

Je suis fragile. Je me répète, presque nue sur cette table. Je suis fragile, et si vulnérable, et sensible, et c’est là toute ma force et ma faiblesse à la fois. Je perçois l’autour avec tant de violence, je dois mettre mes limites – ces fameuses limites qu’il m’a fallu apprendre à concevoir, établir, puis à poser – mais comment se protéger dans un monde de grandes personnes et de responsabilités ? Comment faire savoir qu’on est multiple, force et fragile, sérénité et mouvement, transformation constante, éponge empathique, hyper intuition, déstabilisation facile ?

C’est peut être votre évidence. Pour moi, c’est encore un effort à chaque pas. Accepter cette vulnérabilité, m’ouvrir, apprendre à percevoir, à recevoir, pour mieux accompagner les autres à trouver les portes et leur propre cheminement sans trop m’impliquer, et surtout, ne pas me perdre, là-dedans. Me fabriquer ce cocon qui me permet d’exister au dehors. Reconstruire autour de moi la peau qui s’est parfois violemment arrachée sous la tempête, les coups et les émotions.

Le mot-clé c’est bienveillance, et authenticité, et on est quelques uns à en avoir fait notre philosophie. On est un petit tas qui se serrent les uns contres les autres, la nuit pour se tenir chaud. On est une bande de doux rêveurs et d’hypersensibles qui croyons qu’on peut créer pour vrai le monde utopique qu’on s’est inventé. On est cette bulle Bizarre au milieu du vrai monde.

C’est eux, mon fuel, mon île, mon espace sûr. C’est eux, mes amants, mes amours, mon polycule.

C’est parmi eux, multiples, que je me tiens désormais debout.

Mots par Fred Gingras

Au quotidien

l’odeur de l’intime

Je m’étais dit que j’allais écrire sur mon métier. Vous raconter pourquoi je l’aime, cette job. Ses bizarreries, ses spécificités, la passion derrière tout ça.

Ça fait longtemps que j’y pense à ce post (et en fait, j’ai commencé ce brouillon il y a plus d’un mois). Mais comment raconter ? Par où commencer ? Qu’expliquer ?

D’abord, je voudrais vous parler des gens. Parce qu’il s’agit d’eux, après tout.

Des inconnus de tous genres, tous âges, originaires d’un peu partout. Il y a les bavards, et les taiseux. Les grands, les maigres, les vieux, les costauds, les tatoués, les parfumés, les rasés de près. Il y a des ingénieurs, des médecins, des gars de la construction, des patrons, des consultants, des ouvriers, des carrossiers, des retraités, des restaurateurs, des mères au foyer, des licenciés, des profs, des marketeux, des artistes et même parfois des gens sur le BS*. Il y a des jeunes couples et des vieux célibataires. Des femmes enceintes. Des jeunes parents. Il y a celui qui vient pour décompresser de sa semaine de job, celle qui n’a pas pris deux minutes pour elle depuis 6 mois, celle qui a mal partout, mais surtout entre les omoplates, celui qui vient « voyager », celui qui n’a plus personne dans sa vie depuis trop longtemps et qui a besoin d’affection. Il y a des Québécois, des anglophones, des Égyptiens, des Libanais, des Français, des Asiatiques, des Latinos, des Haïtiens, et même des métisses autochtones. Il y a les sensibles qui prennent peu de pression, et ceux qui veulent sentir que ça travaille. Les pudiques. Les curieux. Les agaçants. Les attachants. Les anxieux. Les confiants. Les réceptifs. Les émotifs. Les expressifs.

Des inconnus avec qui, en quelque sorte, je partage une heure, une heure et demie, deux heures d’intimité. Des inconnus qui, au fil des rencontres, deviennent des familiers.

Je les écoute me raconter où ils ont mal, comment ils se sentent, le stress à la job, les histoires de leur chat, de leurs enfants, de leurs prochaines vacances, leur dernière soirée. Parfois plus. Parfois, ils ne disent rien, et c’est leur corps qui parlent, et c’est souvent tout ce qu’il nous faut pour créer le moment.

Ce moment, toujours unique, toujours différent. Être là pour eux, en bienveillance, en écoute, en présence. Soulager les bobos du corps, ces petites douleurs et vieilles blessures qui les amènent à s’allonger sur ma table. Mais surtout tenter d’atteindre un peu plus loin ce qui se trouve sous la peau. Le stress, la fatigue, les émotions. On vit dans ce monde à 1000 à l’heure, poussés par la pression et les responsabilités. On traverse nos journées sans se ressentir, sans s’écouter, sans prendre le temps de s’arrêter pour savoir où on en est, ce qu’on vit, ce qui nous ferait du bien. Alors doucement, alors que je pose mes mains sur eux et travaille les tensions et les adhérences, le souffle s’approfondit. Le corps et l’esprit se relâchent. Et je vois leurs visages qui ont soudain perdu 10 ans. Je vois le poids s’alléger sur leurs épaules. Les soucis s’évaporer, pour un moment du moins. Et le soulagement infini qui se dessine dans leurs regards alors que j’annonce que le massage est terminé.

Voilà pourquoi j’aime ma job, voilà pourquoi, au delà d’un métier, c’est une passion. Il y a si peu de moments dans notre quotidien durant lesquels on s’arrête, et on se laisse aller pendant une heure ou plus, qu’on se donne l’autorisation de se laisser prendre en charge complètement. Il y a très peu de moments où, centimètre par centimètre, une autre personne touche notre corps, la surface de notre peau, dans son entièreté ou presque. La plupart du temps, quand on va voir un professionnel de la santé, on cherche une guérison, pas simplement à se faire du bien.

J’aime ma job pour la reconnaissance immense que me donnent mes clients. Pour le bien-être que moi aussi je retire à donner, certes, mais recevoir tout autant.

Voilà deux ans, j’ai décidé de suivre une formation pour devenir massothérapeute (note : au Québec on ne dit pas masseuse, qui est réservé aux salons de massage érotique qui existent un peu partout à Montréal), et un peu plus d’un an que j’ai officiellement décidé d’abandonner mon ancienne carrière de marketeuse au profit de la masso. Il y a 1000 raisons qui expliquent ce choix, le premier étant certainement une évidence étrange : ce n’est pas moi qui ait choisi la masso. C’est la masso qui m’a trouvée.

Toucher des gens. Le contact. La peau. L’intime. Je suis faite pour ça.

Lorsque je masse, c’est comme méditer. Je suis dans le moment, dans le corps de l’autre, dans ses aspérités ses formes ses noeuds et ses déliés. Je suis et j’écoute l’énergie qui se dégage, la chaleur, les vides, les pleins.

Lorsque je masse, ça me fait du bien. Il m’arrive de rentrer travailler avec le coeur et la tête lourde, les jours sans avec leur lot de tristesse, de colère et de fatigue. Et quitter le soir, épuisée mais remplie d’une énergie nouvelle, le sourire aux lèvres, le coeur riche surtout.

Bien sûr, il y a de la technique. Savoir utiliser son poids de corps, son hara pour transférer la pression sans se faire mal. Trouver les noeuds, les jitsu et les kyo, travailler en effleurage, pétrissage, foulage, main pleine, paume, pouce, friction, pression ischémique, ébranlement, mobilisation. Et j’en passe. Je sais le nom et le dessin des muscles, la position des organes, les trajets nerveux, quelques méridiens. J’utilise des huiles essentielles, des baumes de massage, du gel bio.

Pour le reste, je travaille le plus souvent à l’intuition. Je sens, mes mains et mes avant bras sont les outils qui savent comment apprivoiser la peau, les muscles, les fascias. Et j’écoute. Je ressens. Je respire.

Le massage est comme une danse. Comme une longue conversation. Comme un partage intime. Un donneur, un receveur, un échange d’énergies. Parfois, la connexion s’installe et on vibre ensemble, parfois, il faut faire tomber les barrières, les réticences, les appréhensions. Parfois, il ne se passe rien. Parfois, on se laisse aspirer.

La massothérapie m’a ouvert la porte d’un univers infini. Depuis 3 ans, je suis en constant apprentissage, tant sur le plan des connaissances, sur des notions énergétique, psycho-corporel ou biomécanique, que sur moi-même. Moi l’hypersensible, j’ai trouvé comment canaliser mon énergie, comment trouver de la reconnaissance dans mon travail, comment utiliser mes qualités relationnelles.

Ce n’est pas un métier facile. On me dit souvent, ça doit être dur. Ça l’est. Physiquement. Mentalement. On donne beaucoup, il faut constamment être à l’écoute de soi pour se rééquilibrer, ne pas se brûler. Mon corps est mon outil de travail, alors je dois être en forme sous peine de me blesser. Je suis travailleur autonome, je n’ai pas de congés payés, pas d’assurance emploi ni de jours maladie. Mais j’ai ma liberté, la flexibilité d’horaires, la reconnaissance de mes clients. J’ai surtout la chance de vivre de quelque chose qui me passionne. Alors oui, on peut s’épanouir dans son travail, tout en étant capable de payer son loyer. C’est mon choix et j’en suis fière, je travaille fort pour gagner confortablement ma vie, et je me souhaite de pouvoir continuer encore longtemps comme ça.

Voyages

om shanti

Alors, je suis rentrée cette nuit.

J’ai encore des mantras en sanscrit qui résonnent dans ma tête. Ça s’accroche dur, ces machins là. Je sens mon corps qui bouge, et se contracte différemment. J’ai des nouveaux muscles, je dis. Et puis il y a ce décalage étrange. Mon rythme interne, ma perception des choses, du temps. Ma sensibilité, aussi.

J’ai quitté l’ashram avec un drôle de pincement, entre la tristesse de partir, l’impression d’abandonner quelque chose de moi là bas, et la joie, de retrouver ma vie ici. Je crois d’ailleurs que c’est comme ça qu’on réalise si on l’aime, cette vie. Être heureuse de rentrer à la maison après une semaine dans un endroit paradisiaque, libre de toute responsabilité.

Pour celleux qui ne m’ont pas suivie sur snapchat twitter et autres, je suis partie passer une semaine dans un ashram de yoga Sivananda, aux Bahamas. Un ashram est un lieu dédié à la méditation et la pratique du yoga, avec un mode de vie en accord les principes de l’ayurvéda et la spiritualité. Plus spécifiquement dans ce type d’ashram est pratiqué le yoga selon Swami Sivananda et ses disciples, dont l’un d’entre eux, Swami Vishnu Devananda, a amené le yoga en Occident.

C’est difficile de répondre à la question qui m’a souvent été posée, sur les réseaux sociaux ou par des amis : qu’as-tu retiré de cette expérience ?

Les premiers jours ont été difficiles, honnêtement. Déstabilisant. Se retrouver dans une communauté dont j’ignorais les règles et coutumes, avec l’impression que chacun savait quoi faire et où se placer. Et puis la solitude, qui avait été un semi-choix (je n’avais personne avec qui partir en vacances, c’est aussi pourquoi j’ai choisi ce type de séjour), et qui s’annonçait pour moi l’hyper-sociable comme un défi important. Enfin, le temps. Car là bas, le temps prend une autre consistance. Que faire de ces heures à… ne rien faire ? Mon hyperactivité a été mise à l’épreuve.

En discutant avec d’autres personnes, il semble que ce délai d’adaptation soit habituel. Effectivement, le troisième jour, je me suis levée naturellement pour aller à la pratique de 8 heures, et j’ai commencé à savoir comment remplir mes journées sans avoir l’impression que le temps s’écoulait à une seconde par heure.

Une fois passé ce temps d’adaptation, le rythme est pris. Réveillée par le soleil à 7 heures (je dormais en tente), une pratique le matin à 8 heures, un repas à 10 heures, un atelier, visite, ou temps à bronzer sur la plage ou me promener, pratique de l’après midi à 16 h, le deuxième repas à 18 heures, un moment détente, et me coucher vers 22 heures. Si j’ai essayé de me tenir à ces deux pratiques d’1h45 chacune chaque jour, je n’ai pas vraiment été assidue pour les satsangs, méditations collectives qui commencent et terminent la journée. J’avoue que la présence d’un chanteur de « chansons sacrées » aux paroles vraiment niaiseuses m’a un peu refroidie après la deuxième à laquelle j’ai assisté. J’ai préféré occuper ce temps à lire, marcher, écrire.

Le yoga Sivananda est basé sur les postures du hatha, et sur la pratique de respirations (pranayama) (ainsi que trois autres principes). À chaque classe la même routine, pranayamas, salutations au soleil, et les 12 asanas (postures). Entre chaque asanas, une relaxation. C’est une routine stricte et bien différente des yogas « adaptés » qu’on trouve dans la plupart des studios d’Amérique du Nord, mais extrêmement intéressante, et qui m’a beaucoup appris sur ma pratique du yoga que sur moi-même.

Un des profs, Arjuma, un « vétéran » du yoga Sivananda devenu prof un peu par hasard en 1982, avait l’habitude de dire de certaines postures qu’elles nous mettent face à nous-même, qu’elles viennent chercher des cicatrices absorbées par le corps, et les travailler. Il disait ceci particulièrement concernant le shoulderstand (équilibre sur les épaules, ou la « chandelle » comme in disait quand on était gamins). Je peux dire que j’en ai une grosse, de cicatrice, au milieu de mon dos, je la connais depuis des années. Et qu’elle a travaillé fort.

Petit à petit, jour après jour, pratique après pratique, j’ai senti mon corps et mon esprit abandonner leurs défenses. J’ai senti ce point dans mon dos lancer jusque dans mon bras  droit, puis disparaître. J’ai pu aller de plus en plus loin dans certains asanas, rester dans les postures et les méditations plus longtemps. J’ai senti mon corps se renforcer, ma posture se redresser, l’énergie circuler différemment. Je n’avais plus faim entre les deux repas. Et mon rythme, doucement, s’est ralenti, a pris la forme et la texture de ces journées chaudes, la lenteur de ces pratiques.

Quelque part aussi, une de mes peaux s’est arrachée. Une couche qui tenait encore pour me protéger du monde extérieur. C’est difficile à expliquer, je m’en suis rendu compte à mon retour où, tenant une personne que j’aime dans mes bras, je me suis sentie complètement perdue, vulnérable, pas fragile, mais comme lorsque la peau pèle et que la couche en dessous est plus sensible.

Je me sens changée. Pas en mon centre, celui ci reste fort et solide, je pense que je l’ai bien reconstruit l’an dernier. Non. Changée dans mon équilibre, dans la façon dont mon énergie existe et se produit en moi. Changée dans ma perception des choses (je vais pas commencer à vous raconter mon expérience avec les énergies et les chakras, je passerai pour une folle). Changée dans cette couche qui quelque part a été arrachée à force de shoulderstand, de poisson, et de me « retrouver face à moi-même ». Présentement, il s’agit un retour à la réalité, retrouver mes repères, et le rythme nécessaire pour fonctionner « normalement ». Une décompression, disent les Burners*.

Je sais que je vais retrouver mon équilibre antérieur, rapidement. Mais je voudrais me souvenir que cet état existe, ce sentiment d’être dans le présent et pouvoir ralentir le temps.

« Asana consists in three parts. The two easiest are to enter the posture, and leave the posture. The most difficult is to be. There is the true meaning of yoga. Don’t do. Be. » – Les sages mots d’Arjuma

(« Chaque asana comprend 3 parties. Les deux plus faciles sont d’entrer dans la posture, et sortir de la posture. Le plus difficile est d’être. Voilà le vraie sens du yoga. Ne pas faire. Être. » )

Pour plus d’infos sur le yoga Sivananda, les retraites et les autres façons de pratiquer :

https://www.sivanandabahamas.org

Il y a des ashrams en France, en Inde, et en Amérique du Nord (dont celui de Val-Morin au Québec qui est le premier fondé par Swami Vishnu Devananda), ainsi que des cours dans des centres dédiés dans les grandes villes.

Et pour les questions, les commentaires sont ouverts !

Intime & Réflexions

cellophane

Pendant longtemps, et jusqu’à récemment, j’ai cru que grandir, vieillir, devenir adulte, c’est acquérir des certitudes. J’ai cru qu’en avançant on finissait par savoir, que les doutes s’effaceraient au fur et à mesure, que je saurais comme des évidences, que je trouverais des réponses, que j’arrêterais, enfin, d’avoir peur.

Ces dernières années ont été les plus riches, les plus intenses, et sûrement les plus constructives de ma vie. Patiemment, méticuleusement, j’ai tout déconstruit pour tout réapprendre, j’ai cheminé, zig zagué, pris des claques immenses, défoncé des murs, tracé des routes où il n’en existait pas vraiment. Je suis devenu la pire, de ces personnes qui te disent que rien n’est impossible si tu y crois assez fort, qu’il suffit de se donner les moyens. Qu’on peut créer sa propre vie, inventer son univers si celui-ci n’est pas préexistant. Qu’il suffit parfois de pousser une porte invisible, de se donner le droit pour que ça existe, que les barrières qui nous entravent ne sont que celles qu’on s’autorise.

J’ai changé de continent. J’ai changé de métier. J’ai changé de vie. Et surtout j’ai changé, moi. J’ai touché le fond à plusieurs reprises, on m’a tendu la main parfois, la plupart du temps j’ai l’impression de m’être remontée toute seule, à la force des bras. Je me suis perdue, et je me suis retrouvée.

De ces années chaotiques, je ressors avec l’impression de me connaitre comme jamais. De savoir qui je suis, ce que je veux, où je veux m’en aller, ce qui me fait du bien. D’être emplie d’une énergie immense, d’une envie de vivre qui brille si fort, d’une foi en moi et en les autres que peu de choses sauraient arrêter.

Et pourtant. Je ne sais parfois pas qui je cherche à convertir.

Il y a toujours une fissure, sous l’apparente facilité d’exister. Il y a ces moments de vide qui me prennent, m’entraînent, me noient. Il y a ces doutes qui s’immiscent. Il y a ces pensées parasites que je ne cherche plus à éloigner.

L’été dernier j’ai perdu, à nouveau, un amour. Un amour que je croyais immense et sans faille, un amour que je croyais unique, infini, indestructible. Comme à chaque fois. Et puis un jour l’indestructible s’effondre, inexorablement, et je regarde amère disparaître tout ce qu’on a construit.

La même histoire, qui joue encore. Et encore. Et encore.

Alors, quelque part, je n’ai plus confiance. En ce que je ressens, en mon intuition, en mes sentiments. Je me suis trompée tant de fois, sur les gens, les situations. Rencontrer, découvrir, explorer, investir, s’engager, s’ouvrir, partager. La chute. Tomber de haut. Le déni, et puis renoncer. Accepter la fin. Effacer les traces. Pleurer les dommages collatéraux.

Parfois, retomber sur des mots, une photo, croiser une pensée vagabonde et se demander – où est passé ce temps ? À quel moment est-ce que le bonheur a laissé sa place à l’amertume, à la colère, à la haine ?

Je voudrais que quelqu’un me prenne par la main et m’emmène quelque part. Je voudrais retrouver mon innocence. J’aimerais arrêter d’avoir peur de me tromper. Retrouver cette facilité à me glisser dans la vie d’un autre sans penser aux conséquences. Être capable de me laisser aimer, à nouveau.

Il y a sur mon coeur une pellicule de cellophane.

Intime & Réflexions

alors les épines

Moi aussi, j’ai peur d’être seule.

Je dis moi aussi, parce que je crois qu’on est tous un peu dans le même bateau, avec notre besoin d’amour et de se sentir entourés. On est des animaux sociaux, des bibittes à émotions, plein de sentiments avec lesquels on sait pas toujours trop quoi faire.

Puis j’ai réalisé récemment, j’ai beau avoir l’air de tenir debout comme une grande, l’air que je m’en sors et que je m’en sortirais toujours, l’air que j’ai besoin de rien ni personne, l’air forte et solide et de savoir où je vais et ce que je veux… et même si tout ça c’est un peu vrai, même si je m’efforce de tenir le cap quoiqu’il arrive et que je travaille dur pour me débrouiller et assumer les conséquences de mes décisions, là, sous ma carapace de fille-forte-qui-en-a-vu-d’autres, j’ai la chienne.

J’ai eu trente ans cet été. J’ai eu trente ans, et j’ai encore perdu au jeu de l’Amour.

Oui, l’Amour avec un grand A. Celui dont je criais haut et fort que je n’y croyais plus. La vie est d’une ironie parfaitement violente.

Faut croire que l’âge et l’expérience ne protègent de rien. On a beau prévenir, on a beau déployer des efforts de communication, d’authenticité, de transparence, mettre mille avertissements avant de se lancer… on s’écrase pareil à la fin. Un jour, la personne à qui tu crois avoir tout offert te fait sentir à quel point elle s’est brisée dans ton halo, parce que tu es ce que tu es.

Alors, une fois de plus, je suis pétrifiée. Je peux pas m’en empêcher. J’ai peur de faire peur, j’ai peur de faire mal, j’ai peur de briser les jolies choses, d’être trop, d’être tout, d’être moi. En entier.

J’ai peur de ne jamais convenir. J’ai peur de jamais réussir à m’arrêter. J’ai peur de brûler celleux que j’aime et qui s’approchent de trop près pour voir tout ce qui brille. J’ai peur de ce que je suis.

J’ai peur d’avoir mal. Parce que j’aime si fort. Parce que je crois en la force de l’amour et que tout est possible, quand on veut. Parce que je ne veux pas me retenir. Parce que je ne peux pas m’en empêcher. Parce que quand on aime aussi intensément, la chute est violente lorsqu’on se retrouve seule face à feu-nous deux.

J’ai peur de faire mal. Parce que j’ai besoin d’être aimée si fort, et que l’amour me rend plus entière, plus insensée aussi, je me sens invulnérable et fabuleuse, et que de cette énergie naît l’indépendance d’exister par moi-même. Parce que je me nourris pour m’embraser toujours plus. Parce que j’ai si peur de disparaître si je me fonds dans le deux.

J’ai peur de me montrer vulnérable. J’ai peur d’ouvrir un peu la carapace qui me protège et dire, voilà. C’est si fragile en dedans. Si vous saviez comment chaque micro déchirure invisible met du temps à se réparer. Comment plus tu es proche et plus tu touches profond, et comment les mots peuvent laisser des traces indélébiles.

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Pendant des années, j’ai sorti les épines à chaque fois que je sentais le besoin de me protéger. J’ai blessé à la mesure de ce que j’avais mal, frappé dans le vide, repoussé violemment pour trouver dans l’insistance du retour une preuve de l’amour qu’on me portait. Je retournais ainsi l’arme contre moi-même, me jugeant si fort de mon incapacité à l’adéquation. Et puis j’ai appris, doucement, à faire confiance. J’ai appris l’amour et la bienveillance, j’ai appris à me tourner vers les autres plutôt que contre moi-même lorsque je me perds, pour que vous me réaffirmiez cette belle image que vous avez de moi, que vous me rappeliez que je suis inspirante, et la façon dont je peux resplendir, et qu’à travers le regard de mon entourage je me souvienne pourquoi c’est important que je ne me laisse pas tomber.

C’est ma vulnérabilité que j’expose ainsi. C’est demander de l’aide, en silence parfois, c’est retrouver le chemin pour (m’)aimer à nouveau.

Parfois, ça ne suffit pas. Parfois, il y a un mur si grand à franchir que l’autre s’est construit. Parfois, je crois que je ne sais plus comment aimer sans tout dé(cons)truire.

Parfois, je suis terrorisée.