Chroniques

incendies.

(Texte écrit en juillet 2005, alors que j’étais en stage à Malte, suite aux attentats de Londres, qui vient de remonter à ma mémoire. Nice, Juillet 2016)

 

Images

Et puis une explosion.

Ca veut dire quoi Blasts ?

Several Blasts Hit London. C’est écrit là, sous les images. La voix s’entend cette fois, les regards sont vers l’écran. A plusieurs milliers de kilomètres de là, l’œil d’une caméra.

Il ne savent pas quoi dire, ils répètent, et le mot, explosions, qui revient, et cet égarement. Quelque chose de déjà vu pourtant. Même si le soleil était là. Les nuages ne changent rien. On connaît l’histoire par cœur à présent.

Les regards sont vides. Sous l’hélicoptère les tentes, les ambulances, les civières. Mais il n’y a pas de corps. Pas de sang. Pas de débris. Les gens ne courent pas. Ne crient pas. Ne pleurent pas. On sait. L’histoire se répète, à présent, l’acceptation, la résignation.

Une minute de silence.

On pense, étrangement, je connaissais peut être quelqu’un… On a tous des amis, de la famille, des amis d’amis… On pense pas et si c’était nous, parce qu’on y est pas. Parce que c’est pas possible et pourtant on peut compter les rediffusions de ce même scénario catastrophe.

Pas de corps. Pas de sang. Pas de débris. Cette fois l’ombra a avalé l’horreur. Le cœur de Londres a étouffé en son sein la panique.

On ne panique plus à présent. On y croit. On sait. Il n’y a pas d’accident, ni de hasard. Il y a des hommes, seulement des hommes, et à présent des âmes muettes enfermées au fond d’un Tube…

La ville semble morte, tu dis. Elle l’est, peut être, c’est la guerre regarde. Et tout le monde se tait car il n’y a rien à dire. L’ennemi est invisible, la cible impersonnelle. Comment répondre à un aveugle qui frappe sans voir celui qu’il a choisit comme origine de son malheur ? Comment se battre contre l’invisible ? L’inconnu ? Il n’y a pas à prendre les armes. Les visages se ferment. La guerre est dans nos villes, la Mort s’y exprime en autant de noms sur des dalles sombres, et bientôt les grandes villes de l’Occident scintilleront chacune des cierges à la mémoire de leurs innocents…

Le silence. L’œil de la caméra, qui tourne. Le silence. Ces hommes en blanc, croix sang, et rien ne bouge.

La première fois, voilà l’action, des cris, des foules, la fuite, les larmes. Et puis, petit à petit, la surprise n’accompagne plus l’horreur. Celle-ci se masque en profondeur à présent. Ou peut être est ce le flegme britannique qui empêche l’explosion humaine.

A l’incapacité de réagir, et seulement attendre, faire semblant, oublier. Les livres seront réédités, il manquera deux tours, une usine. Des dalles en mémoire des trains. Et là ?

Peut-être avons nous besoin de nous rappeler que la guerre c’est pas seulement les GI à la télévision. Qu’on est pas loin de tout mais que c’est bel et bien la réalité. Qu’il n’y a pas que sous le Soleil qu’on meurt.

Les corrélations vont trop vite. Et si, et si on se dit, et si ça avait été Paris 2012 ? Un rapport. Ou peut être pas.

Hier ils faisaient la fête dans Trafalgar Square. Aujourd’hui…

Et ici, est ce que les gens vont pleurer ?

Chroniques

devenir parent(s) – ou ne pas

Il y a eu d’abord la période des prénoms, des fantasmes, un, deux, trois – je savais déjà que ce serait plusieurs. Je ressentais quelque part un jugement pour ma mère, qui s’était arrêtée après mon frère, deuxième et dernier, deux ans après ma naissance. Pourquoi tu n’as pas eu de troisième, je lui disais, oui pourquoi ? L’enfant que j’étais alors ne se tournait pas vers mon père, figure moustachue trop occupé à des « choses de grandes personnes » pour s’intéresser à mes réflexions de petite fille. Trop fatiguée, répondait ma mère, 36 ans, deux bébés, personne pour m’aider.

Je ne réalisais pas alors le courage, la patience, la force qu’il lui a sûrement fallu pour nous supporter, temps plein, nuits blanches, plus tard maison en construction, et personne autour pour la décharger. La famille absente, éloignée, fâchée. Jusqu’à mes 7 ans je n’ai eu qu’un grand père qui nous gardait parfois les week ends et nous autorisait à nous gaver de cerises rouges et juteuses à même l’arbre.

Je me disais aussi – la moi enfant et préado, pétrie d’avis péremptoires sur les choses et la vie – qu’en aucun cas je n’aurais des enfants aussi tard que ma mère. 34 et 36 ans. Pas d’allure. Chiffres inatteignables. Exception pour sa génération. Les  mères de mes ami.e.s étaient toutes plus jeunes, preuves exemplaires de la capacité à pondre un troisième « rebond« , bien souvent bébé de la dernière chance, pour éloigner le divorce ou la ligne fatidique de la quarantaine. Alors il y avait ces petits frères et soeurs qu’on gardait du haut de nos 10 ou 12 ans, gâtés de leur statut d’enfant presque unique, de petit trésor du désir, le reste de la fratrie plusieurs années devant.

Le fait est qu’hormis mes Barbies à qui je faisais vivre des aventures dignes des  meilleurs scénarios de Plus Belle la Vie – avec Action Man en guest, ma préférence allant déjà aux hommes bruns et musclés plutôt qu’à Ken gringalet-boys band – je n’ai jamais vraiment joué aux poupées, ni fait beaucoup de baby sitting, ni même eu de fascination pour les poupons en poussettes ou les petits enfants. Je me voyais pourtant devenir mère comme un ordre des choses, une nature qu’il me faudrait adopter, suivant la plupart des exemples féminins à ma disposition.

Il y a eu les premières amours. On parlait – à 15, 16, 17 ans – des prénoms, de l’âge d’enfanter, de mariage, et même de maison. À cette époque je voulais devenir architecte , j’avais imaginé et dessiné le plan d’une bâtisse chaleureuse et moderne, quatre chambres, dans laquelle nous emménagerions avec A. et nos enfants. Je voulais aussi un chien, et des poneys dans le jardin – tant qu’à rêver, pourquoi se limiter. Il y a eu Avril, pour une fille – c’était avant que la Lavigne ne fasse son entrée, et j’avoue avoir encore une petite tendresse pour ce prénom -, et plus tard Vincen pour un garçon. Sans T, à l’espagnole, d’après le prénom du père de mon amour de l’époque – pour conserver la tradition familiale qui lui avait valu d’être baptisé Edelmire, comme son grand père avant lui. Je me sentais heureuse d’hériter, pour mon fils imaginaire, de Vincen.

J’ai toujours eu du mal à décider des noms de garçon. Pas beaucoup mieux pour les filles.

Louis Dumas Veronneault

20 ans. 25 ans. En approchant doucement de la trentaine j’ai fini par dépasser l’âge que je m’étais fixé, enfant, pour tomber enceinte. Étrangement, plus la perspective de faire des enfants se concrétisait, plus je perdais l’imagination pour les jolies choses.

Je ne me souviens pas d’avoir décidé de prénom avec E. Je voulais une fille en premier, lui un garçon, et on n’était pas d’accord sur la question de se marier avant ou après. Et puis je suis partie, laissant derrière moi toute perspective de suite logique – mariage, maison, bébé. Lui voulait être père avant ses 30 ans. C’est chose faite depuis le 6 juin dernier. Il a 32 ans. C’est un garçon. Ils se sont mariés avant.

Avec mon départ – 26 ans, âge où on ne change pas de vie, mais qu’est ce qui m’arrive, suis-je bien faite pour ces choses là – est venu le temps des remises en question. Le féminisme qui s’immisce comme tant d’évidences, de pensées logiques, répondant à tous ces questionnements d’avant – comment ai-je pu tant m’égarer dans une vie qui ne me convenait pas ? Suis-je faite pour être « en couple » ? Le rêve est devenu réalité, puis s’est transformé en cauchemar, est-ce la vie conjugale qui n’est pas faite pour moi ? Ai-je réellement envie de me marier, d’avoir des enfants, ou bien tout ceci ne serait que fruit de la construction sociale, dictas de la société, pur sexisme ? Quel est le fondement de cette idée que je ne peux pas être mère sans un père, moi la femme-enfant irresponsable, éternelle instable qui a besoin d’un homme comme amarre pour me sentir assez forte ? Comment envisager un projet à si long terme alors qu’on peut, du jour au lendemain, ne plus s’aimer du tout ?

Durant une couple d’années, je fuis. Un instant je me crois si forte que je me dis que je peux avoir un enfant toute seule, la procréation n’est contrainte à aucune obligation de couple après tout, je pourrais toujours dire « j’ai aimé ton père plus que tout ».

L’instant d’après je panique. Quelle folie. Moi, mère célibataire. Avoir des enfants est-il bien nécessaire ? Ne suis-je pas complète sans progéniture ? Je peux me concentrer sur ma carrière. Voyager. Baiser qui bon me semble.

Mais la vérité sort du plus profond de mes pensées, quand je me trouve déçue d’apprendre que ce nouvel amant-amour ne se voit pas père, ou que je m’imagine fugacement en mère-double avec cette fille aux yeux rieurs.

Je voudrais des enfants. Éventuellement. Si je rencontre « la bonne personne ». Pas comme un besoin égoïste, ni une manière de m’accomplir, ni une obligation sociale, ni un état à plein temps. Un projet de vie à deux, parce que j’ai fini par comprendre ce que signifie pour moi l’idée d’être parent : la transmission des valeurs. Laisser une trace de notre amour, même si je sais qu’un jour, peut être, celui-ci peut faner.

fanny-britt-maternite

Il est là, dans ma vie. Il ne voulait pas d’enfants avant moi, ou plutôt, il ne s’était jamais posé la question. Les gars, dans cette société plus féministe, on leur demande pas d’y réfléchir au plus jeune âge. J’ai bousculé pas mal sa vie sans le vouloir – ce n’est pas moi qui ai abordé les sujets. Vivre ensemble. Se marier. Acheter un duplex. Avoir des enfants, deux, parce que tout seul c’est un peu triste, il trouve aussi, lui, enfant unique et solitaire. Et au milieu, le bordel auquel on ne veut surtout pas renoncer. Voyager. Découvrir. Explorer. S’ouvrir. En commençant par notre couple.

Il est de ceux qu’on ne peut s’empêcher de voir en père potentiel, et on s’amuse à imaginer l’effet combiné de nos gènes de blonds imberbes et du métissage invisible de nos origines qu’un océan sépare. Ils iront l’été en France, pour connaître d’où ils viennent, et mêler les accents, on se dit. Du côté paternel, j’ai touché le gros lot – il est écrit « grands parents merveilleux » sur le front de ma belle-famille. Plus qu’un père, plus qu’un mari, j’ai trouvé un partenaire de vie.

Mes peurs ont transité. Je n’ai plus la crainte de l’engagement, de l’enfermement, ni de la fin possible. Le hasard et les aléas, j’ai fini par réaliser qu’une bague au doigt n’a de signification que celle qu’on décide de lui donner. L’âge, j’y pense encore parfois. Au crépuscule de ma vingtaine, je ne me suis jamais sentie aussi jeune, et 34 et 36 ans font tout de suite plus de sens que je ne pouvais l’envisager il y a encore quelques temps. Je veux omettre l’idée que le temps passe et qu’il faut se presser. Je déconstruis mes craintes d’être une mauvaise mère. Ce sera le cas – qui peut se vanter du contraire ? Ces futures souches auront un papa pour la patience et le laisser-vivre, et j’imagine que j’apprendrais moi-aussi à laisser couler. Quand à l’amour – vu l’affection sans bornes que je porte à mes pensionnaires velues, je n’ai aucun doute sur le fait que je finirais par aimer ma progéniture malgré les nuits blanches.

Le moment n’est pas venu. On se dit, un an, ou deux, le temps de se stabiliser, alors que je me surprends à observer les bébés dans la rue, et m’enthousiasmer pour les grossesses et naissances des ami.e.s. Il reste une petite voix, au fond de mon ventre jamais fécondé, qui se demande timidement – et si.

Et si c’était plus compliqué. Et si ça prenait beaucoup plus de temps. Et si jamais nous étions incapables de procréer… ?

 

Post écrit durant la lecture de l’essai Les Tranchées, de Fanny Britt, sur la maternité

Intime & Réflexions

dans quelle étagère

Je suis en pleine crise existentielle. Moi, puis pas mal des gens autour de moi, semblerait-il. Faut croire que ya un truc dans l’air qui nous fait disjoncter pas mal aux alentours de la trentaine. Tout est prétexte à introspection, remise en question, analyse, doutes. Où vais-je, d’où viens-je, dans quelle étagère.

J’ai beau avoir traversé un océan, changé de métier, explosé toutes les petites cases et assumé enfin le mode de vie qui rejoint mes valeurs et qui (je veux le croire) me rendra heureuse, il reste encore une ombre au tableau. Pas un truc précis, non, plutôt comme un nuage qui va et qui vient, un flou évanescent qui décide parfois de s’abattre sur mes pensées et de me plomber le crâne à base de hamsters qui font la roue trop vite. L’an passé, au milieu de tout ce chaos, je me suis découvert une nouvelle amie : l’anxiété. Et sa copine la migraine, parce que tsé, ce serait trop facile si y avait pas de somatisation.

L’anxiété. Ce mot valise, qui veut tout et rien dire. Ce moment où tu perds le contrôle et ça fait comme un gros moton de fils plein de noeuds que tu sais plus par où prendre, des tas de bibittes qui courent trop vite dans le cerveau sans trouver de sortie, la sensation d’étouffer parce que trop c’est comme pas assez.

Alors j’ai lu. J’ai parlé. J’ai vu une psy, une thérapeute en relation d’aide, j’ai fait du yoga, j’ai bu des tisanes à la camomille, je me suis tartinée d’huiles essentielles, j’ai fait de l’ostéopathie, reçu plein de massages de relaxation, j’ai arrêté l’alcool, je suis allée à l’hôpital, j’ai avalé des anxiolytiques, je me suis intéressée à l’acupuncture, la naturopathie, la communication authentique, et surtout beaucoup (beaucoup) d’introspection. J’ai explosé encore et encore. J’ai pas réussi à me (dé)poser.

Ça semble si facile, pourtant, de lâcher-prise. C’est drôle (not) y a un an et demi je me faisais tatouer un symbole de cette si jolie expression, parce que je pensais qu’enfin, j’étais arrivée là. Pantoute.

Parait que notre génération souffre d’anxiété comme jamais. Obsession de la réussite. Obsession de la performance. Obsession de l’argent. Et puis derrière, les valeurs. Ralentir, parce qu’on est des parasites de notre propre maison. Manger sain. Manger bio. Manger local. Moins consommer. Consommer mieux. Consommer durable. Devenir végétarien. Végan. La bienveillance. Aimer les autres. Être ouvert, tolérant, sans jugement. Donner. Aider les pauvres, les vieux, les animaux, les pays qui galèrent. Avoir conscience. De ceux qui souffrent, de ceux qui meurent, les attentats y en a partout, on tue des bébés orang-outans pour faire du Nutella. Prendre soin de soi. Acheter responsable. Faire ses propres cosmétiques. Recycler. DIY. Compenser le bilan carbone. Voyager écolo. Méditer. Faire de l’exercice. Un esprit sain dans un corps sain. Rémunérer les artistes. Innover. Entreprendre. Être proactifs. Penser à l’humain. Écouter son enfant intérieur. Penser aux oppressions. Aux conventions. Au normatif. Déjouer la construction sociale. Faire la paix avec soi-même. Retrouver l’estime de soi. Le bonheur une pensée par jour. S’accepter tel qu’on est. Sauver le monde.

Apprendre à s’aimer.

 

J’aime le Nutella. J’achète pas toujours bio. Je consomme des avocats importés par avion, et je porte du linge sûrement fabriqué par des enfants chinois. Je laisse couler l’eau trop longtemps sous la douche. Je mange des animaux morts, parfois. J’ai parfois des pensées oppressives et jugeantes basées sur la simple apparence des gens. Je suis sûrement pas assez féministe aux yeux de certain.e.s parce que je m’épile et que je me maquille. Je fais pas de méditation parce que ça m’ennuie d’avance. Je parle trop, trop de moi, je regarde beaucoup mon nombril, je suis une f*cking égoïste la plupart du temps. Je pète des crises de jalousie non justifiées, je suis susceptible, je fais des caprices d’enfant de 5 ans. Je suis difficile, avec mon mec, avec la bouffe, avec le ménage, avec les vêtements par terre, les mains sales, le bruit. J’ai des envies qui se contredisent constamment. J’ai un sale caractère. Je suis insupportable à vivre. J’ai des millions de projets, d’envies, de l’énergie à revendre, et une tonne de hamsters en résidence qui se mettent parfois à tourner trop vite dans mon cerveau.

Je suis fatiguée de culpabiliser. De me retenir d’être ci ou ça parce que « c’est pas bon pour moi, pour les autres, pour le monde entier ». Je vis dans une angoisse permanente de non-performance. On me dit que je vais « trop vite », que « j’en fait trop », attention à pas te brûler. Tu sors trop. Tu bois trop. Tu en fais trop. Vis le moment présent. T’es jamais satisfaite de ce que t’as. On me dit « pose toi, sens tes pieds, ancrés dans le sol », et « respire ». J’ai beau comprendre en quoi ce serait bon, pour moi, pour les autres, pour mon métier, je suis pas capable. Je sais plus respirer. Je sais pas m’arrêter.

Et puis quoi, si mon rythme interne, mon énergie à moi c’est d’être dans le mouvement constant ? Si ce qui me rend heureuse c’est le chaos, le bordel, l’instable ? Qui peut juger de ma capacité à observer, réfléchir, exister dans le présent parce que d’après eux, je vais « trop vite » ? L’égoïsme, la susceptibilité, les préjugés, les exigences, est-ce si détestable que ça ? N’est-ce pas tout ce que la société nous a appris depuis l’enfance ? N’est ce pas tout ce qu’on nous demande, aujourd’hui, l’hyper-conscience de notre être, notre existence, et notre impact sur le monde, l’humanité ?

Photo Louis Dumas-Veronneault - Février 2016

J’ai vu cette pièce lundi soir. Des Arbres, adaptation Québécoise de Lungs, un texte très contemporain. C’était magnifique. C’était bouleversant. C’était, posé là en 1h20 sur une scène vide, la réalité brut(e)ale de notre génération. Devenir parents, dans ce monde qui s’effondre. Et cette question – sommes-nous de bonnes personnes ? Cela nous donne-t-il le droit de nous reproduire ? En filigrane – devons-nous renier notre instinct car nous sommes devenus des animaux conscients ?

Je suis à vif, alors j’ai pleuré. J’ai pleuré et j’ai ri, parce qu’il y a quelque chose de tellement grotesque dans notre besoin viscéral de trouver un sens à nos vies, de justifier l’injustifiable, de démonter puis remonter les rouages de notre raison d’être.

Je voudrais être un chat. Je voudrais retrouver l’innocence de ne pas me poser de questions. Je voudrais ne plus savoir ce qu’est la construction sociale, comment on traumatise les vaches à l’abattoir, l’impact écologique de notre empreinte de vivant sur une planète déjà maganée. Je voudrais ne jamais avoir peur d’être une mauvaise mère, de ne pas être à la hauteur, de ne pas avoir assez de temps pour tout faire, tout vivre, tout comprendre, tout expérimenter.

Ce serait bien, de pouvoir dormir 18 heures par jour, courir après la boule de noeuds, et chasser définitivement les hamsters qui jouent dans nos têtes.

Intime & Réflexions

les amours dérisoires

Dans la vie, il y a les chagrins d’amour. On en parle, de ceux là, on en fait des livres, des films, des kilomètres de phrases aussi plates que « un.e de perdu.e, dix de retrouvé.e.s » (dix quoi, je ne sais pas), ou encore « ça va passer« , « vous étiez pas faits pour être ensemble« , « on attendait pas les mêmes choses de la vie ». Ya même des guides pour gérer les ruptures. Faut manger des pots de Häagen Daz en linge mou dans son canapé, et pleurer devant des films romantiques. Créer des montagnes au pied du lit à base de mouchoirs humides. Passer des heures au téléphone avec les amies pour faire la liste des défauts de l’ex. Tout casser. Adopter un chat, ou un sextoy. Partir en voyage et s’envoyer en l’air à l’autre bout du monde avec un bel inconnu. Et ça finit par passer. Ça passe toujours. On est forts, les humains, avec ce truc magique qui s’appelle résilience et qui guérit (presque) tout.

J’en ai connu, des peines d’amour. Beaucoup. Des ruptures plus ou moins chaotiques. Des « je t’aime plus » et le mur de verre sur lequel on explose. Des « ça fait des mois que ça va plus il faut se rendre à l’évidence« . Et puis « on fonctionne mal ensemble, tant pis, restons amis« . Des qui disparaissent un jour en ayant eu à peine le temps de dire au revoir. Des qui voulaient autre chose, ou c’était moi. Des qui mettent des années à se terminer.

Je suis rendue bonne je crois, pour finir ce genre d’histoires. Du sexe d’adieu, ou une grosse discussion, ou les deux, relever la tête, me dire que ça va aller, qu’on restera amis, que c’était beau le temps que ça a duré, que le bout de chemin nous a fait grandir, qu’on a eu du fun après tout. Ne pas s’attarder. Passons à la suite.

Puis y a d’autres types de ruptures. De celles qu’on tait, parce qu’elles se passent souvent sans cris, sans heurts, sans bris, mais qui n’en sont pas moins douloureuses. Pas de films ni de livres pour savoir comment réagir, pas d’overdose de chocolat ni de bête à poils pour combler le vide, juste un nom sur Facebook, des souvenirs, et le silence.

On n’en parle pas, des chagrins d’amitié. Comme si « amis » c’était un statut pour la vie. Comme si ça blessait pas, quand on perd une personne qui a été là pendant des années, pour écouter nos gros et petits malheurs, partager les bonheurs, aussi, quelqu’un qu’on a écouté, rassuré, consolé jusqu’au milieu de la nuit – et réciproquement ; avec qui on s’est saoulé, on a dragué, dansé, partagé des moments inavouables, et des expériences inoubliables. C’est comme si, sur le plan des blessures émotionnelles et de la compassion qu’on doit démontrer pour les autres, ça comptait moins que la mort d’un animal de compagnie.

amis-barcelone

J’ai eu beaucoup d’amitiés perdues. Il y a celles que le temps et la distance délitent, doucement, inexorablement. Et cette personne qui faisait autrefois partie de mon quotidien devient une inconnue, un nom et quelques photos noyées dans le nuage Facebook. J’ai beaucoup bougé depuis l’adolescence, changé de cercle social, de ville, de pays. Je me suis fait de nouveaux amis, j’en ai gardé certains, et je suis toujours aussi fascinée de voir passer les relations amicales au filtre de l’éloignement, de celles qu’on pensait garder pour toujours et qui finissent par s’éteindre, à ces amitiés inattendues que la distance semble renforcer. Il y a aussi ces amitiés semi-virtuelles, ces gens dont je me sens étrangement plus proche que ceux qui ont autrefois partagé ma vie, à force de tweets, Instagram, Snapchat et autres status Facebook.

Il y a des ruptures au travers desquelles je suis passée sans encombre, des relations usées et affaiblies par le travail de sape du temps, jusqu’à n’avoir plus de raison d’être ; des relations encombrantes et quasi nocives dont il fallait se défaire. C’est facile alors de lâcher-prise. On change, on évolue, et c’est parfois même positif de se libérer du « poids » d’une amitié dont on ne trouvait plus le sens.

Et puis il y a les autres. De celles qui te pètent dans la face et que t’as pas vues venir. Un peu comme quand du jour au lendemain ton amoureu.se.x t’annonce « je t’aime plus, car je pense que tu es une personne détestable« .

Je t’aime plus, après toutes ces années à penser l’amitié insubmersible, après avoir exploré ensemble les recoins les plus sombres et traversé les mois les plus difficiles en se soutenant jusqu’au bout, ça fait bizarre. Bizarre mal, comme dans planter un couteau et le tourner doucement dans la plaie. Sur le moment, la réaction est simple – quelle que soit la part de vérité dans les mots qui sont prononcés, c’est trop douloureux pour être accessible. Il faut couper le lien. Se protéger. Si je suis devenue nuisible, alors à quoi bon continuer à nourrir cette relation ? Les semaines passent, on réalise alors l’impact de cette blessure, la manière dont elle a finit par se répandre, les morceaux invisibles en dedans, la fragilité sournoise qu’elle dessine sous la peau. À qui le dire alors – je suis triste, et blessée, ma confiance a été trahie – et j’ai moi aussi déçu quelqu’un à qui je tenais. Il faut l’annoncer pourtant, alors qu’on était inséparables, « je ne suis plus amie avec X., on ne se parle plus, ça pourrait être bizarre si tu nous invites en même temps« . Se préparer peut être à recroiser l’autre chez des amis communs. Raconter le pourquoi, rester objective, espérer pourtant quelques mots de réconfort, un parti pris pour se rassurer. Supprimer finalement son nom des réseaux sociaux, parce que ça faisait juste raviver la coupure.

Dit comme ça, ça ressemble de très près à ces histoires de couples en pleine séparation. Sauf que. J’ai pas vraiment changé de mode de vie. J’ai pas pensé qu’une de perdue dix de retrouvés. J’ai pas vraiment cherché de réconfort en pleurs au téléphone, pas même auprès de ma psy. J’ai voulu faire comme si ça m’avait pas brisé – je crois que c’était déjà fait bien avant, finalement, que c’était juste le coup de grâce.

Peut être que j’aurais dû manger de la crème glacée à la petite cuillère en pleurant devant un film de copines. Peut être que j’aurais dû prendre un autre chat. Peut être que j’aurais pu faire un post Facebook lancinant pour régler mes comptes. À la place j’ai fait comme d’habitude. J’ai mis ça dans une nouvelle boite que j’ai poussé bien au fond, le temps que ça passe.

Ça va passer. Ça passe toujours.

On est forts, les humains, avec ce truc magique qui s’appelle résilience et qui guérit (presque) tout.

Chroniques

la piscine

Je n’ai pas de souvenir exact du moment où j’ai appris à nager. J’avais, trois, quatre ans, peut être cinq. Je ne me souviens pas non plus de l’endroit – était-ce à l’école ? Dans une piscine publique ? Des cours particuliers, ou en groupe ?

Lorsque nous nous sommes installés dans la maison où j’ai grandi, nous avons eu une piscine. Un bassin rond pas très grand, de ces piscines hors sol avec une échelle extérieure et un liner bleu qui s’abîmait facilement. Je me souviens que mon père a passé du temps à chercher et colmater les fuites et du liner criblé de patchs. Je me souviens de mon frère, qui a sauvé de la noyade une petite fille de son âge, un après-midi d’été où nous jouions dans le jardin, elle avait sauté dans l’eau sans réaliser qu’elle ne savait pas nager ; mon frère à cette époque refusait de retirer sa ceinture de flottaison, et avait eu le réflexe de sauter avec elle et de la ramener au bord, le temps que ma mère arrive, alertée par les cris. On était pas grands, à cette période, ça devait être l’été de mes 5 ans, mon frère en avait 3, on venait de quitter notre petite maison du Tholonet. Je me souviens avoir perdu une dent dans cette piscine, d’avoir été anéantie par l’idée que la petite souris ne passerait pas faute de lui fournir ladite dent. Mon père avait alors passé plusieurs heures de recherche, lampe torche à la main, pour retrouver la dent de lait au milieu des graviers et autres morceaux de plantes qui jonchaient le fond de l’eau. Spoiler : il l’a retrouvée (ou ça fait partie des mensonges jamais trahis). Plus tard, nos nouveaux voisins ont eux aussi construit une piscine. Plus grande, plus profonde, rapidement on a préféré aller jouer là-bas avec les enfants du quartier, délaissant notre petit bassin qui a bientôt été retiré par mes parents pour installer un jacuzzi.

Quelques années avant ça, dans l’ancienne maison, mon frère et moi jouions avec les « pains » de mousse qui composaient ces fameuses ceintures de flottaison. On faisait du « patin » dans la baignoire avec (on avait inventé ce jeu, je me souviens plus exactement pourquoi, mais le souvenir est très vif dans mon esprit). Je déduis donc que c’est durant ces années que j’ai commencé à apprendre à nager.

Du plus loin que je me souvienne, il y a toujours eu de l’eau. L’été, nos vacances en Corse et les plages bordées de turquoise, les heures passées à chercher des crabes et observer les poissons. Les tempêtes, et les énormes vagues dans lesquelles on se jetait tête première, sans avoir peur, malgré les innombrables fois où on avalait la tasse. La seule chose dont j’avais peur, et c’est encore le cas aujourd’hui, c’est ne pas voir le fond, et les algues. Il suffisait d’un masque et un tuba pour apaiser mes craintes, tant que je pouvais voir le sable sous nos pieds.

Il y a eu des années de piscines, aussi. C’était normal. En fait autour de moi beaucoup de mes amis avaient une piscine chez eux, on avait toujours des cours de natation avec l’école, et la mer à côté, alors on apprenait à marcher, puis on apprenait à ne pas couler. Primaire, collège, lycée. Natation à l’école, cours collectifs le soir. Des longueurs, encore et encore. Deux ans de natation synchronisée, on où synchronisait pas grand chose et où j’étais pas très douée pour faire le voilier. Je ne crois pas avoir jamais demandé à ma mère de m’inscrire à la piscine, je ne sais même pas si j’aimais vraiment ça. Si on me demande ce que je faisais comme sport étant jeune, j’ai fait dix ans d’équitation. Pourtant, de 5 à 18 ans, l’hiver à la piscine, l’été dans la Méditerranée, je nageais.

corse-1998

En trois ans à Montréal, je n’étais jamais allée nager. Une fois ou deux, à la piscine l’été, barboter sur le bord de l’eau pour tenter d’apaiser la canicule. Les piscines sont pour la plupart gratuites, et c’est pas faute d’y avoir pensé et d’avoir fait plusieurs tentatives. On avait même une piscine à un coin de rue de chez nous, qui a été en travaux pendant la période exacte qu’on a passé dans cet appartement. Après ça, mon maillot de bain ne me faisait plus – disons pour être honnête que j’ai même pas essayé, sachant qu’il date de mes derniers cours de natation il y a 10 ans – et les 100$ à débourser pour un truc portable chez MEC ou Sports Expert m’ont complètement freinée. Ma mère m’a rapporté un maillot Decath parfaitement pas cher à 20 euros en Mai, l’année dernière. Puis j’ai manqué de temps, J’ai teint mes cheveux en pastel, le chlore, ça va les abîmer. Puis.

Début 2016, bonnes résolutions, j’ai décidé (pour vrai) de retourner à la piscine. On s’est motivés à plusieurs, j’ai enchaîné une vingtaine de longueurs, pendant que mes amis barbotaient à côté. J’ai réalisé que j’étais plutôt bonne, en comparaison. Toute ma vie, je me suis sentie la pas-sportive, la nulle avec des ballons, la pire partenaire pour le ping-pong ou le badminton, celle dont le cardio montait pas vite et qui obtenait des notes pas si pire en sport dans seulement deux disciplines : la course d’endurance, et la natation. Je suis retournée à la piscine ce soir, après la job. J’étais persuadée de me démotiver, et puis l’agacement d’une conversation par message texte, le besoin de me défouler. Comme la première fois, il y a un mois, j’ai aligné 500m crawl-dos-brasse sans m’essouffler. Je suis sortie légère, toujours un peu feignasse dans l’âme car j’ai pas passé plus de 20 minutes dans l’eau, mais fière. Fière de m’être bougé le cul pour enfiler un maillot, fière de réaliser que je tiens encore le rythme, que je sais toujours respirer, que je nage plutôt bien finalement.

J’ai pas réalisé un exploit, j’ai simplement renoué avec mon enfance. Des années à croire que j’étais mauvaise en sport, et me persuader de ce fait que j’étais pas sportive. Des années à penser que j’étais pas souple. Après quelques mois de yoga, je « passe » facilement la plupart des postures (en souplesse, musculairement on est encore loin du compte). C’est con, quand on y pense, à quel point on peut se construire sur des idées fausses, simplement parce qu’on n’a pas trouvé sa voie.

Une amie m’a partagé cette semaine une idée tellement évidente qu’on l’oublie trop facilement. L’estime de soi, c’est pas un gros bloc qui vient d’un coup, on l’a ou on l’a pas. C’est des tas de petites choses.

Ce soir j’ai ajouté une brique à mon tas.

Intime & Réflexions

changer, un pas à la fois

J’aime pas les résolutions. Disons que les trois ou quatre années précédentes ne m’ont pas vraiment aidé à tenir celles que j’ai essayé de prendre, m’apportant pas mal de surprises. Guess what ? J’aime les surprises. Mais pas trop. Début 2012, mon ex et moi avons commencé les démarches pour quitter Paris et nous installer à Bordeaux. Le 3 février 2013, j’arrivais à Montréal pour m’y installer, PVT en poche. Un mois plus tard, je recevais une offre d’emploi. Le 18 février 2014, je me faisais licencier en 15 minutes chrono, pour des raisons pas très claires et après avoir subi plusieurs mois de harcèlement moral de la part de ma supérieure. Le 24 février 2015, j’apprenais que ma demande de changement d’employeur était refusée par l’immigration, grâce à un.e agent.e mal luné.e. Chacun de ces événements a eu des conséquences qui ont très simplement changé ma vie.

2016. On est rendus fin février, date fatidique pour les trois années précédentes, et le ciel ne m’est pas encore tombé sur la tête *touche le banc IKEA en pin à côté de moi*. Miracle. S’il y a eu plein de surprises dans les derniers mois, pour la première fois depuis quatre ans, je sais à peu près certainement où je serais dans six mois. J’ai ma Résidence Permanente, ce qui veut dire que je peux travailler pour n’importe quel employeur (et à mon compte), et que je suis installée au Canada pour une durée indéterminée. Oh yeah. J’ai une job. Une job cool, que j’ai pas choisie par défaut, où on ne me traite pas comme de la merde, où je n’ai aucune obligation de performance si ce n’est aimer ce que je fais, et où, surtout, je passe mes journées à partager du bonheur avec les gens. J’ai un mari adorable qui postule pour des postes dans la fonction publique et qui risque de gagner bien mieux sa vie que moi (si on nous avait dit ça !). Je vis dans un bel appartement-témoin IKEA avec deux chattes un peu bizarres. Et surtout, j’ai confiance en l’avenir.

En revenant de voyage, en retrouvant une vie « normale », j’ai eu un moment de panique. Est-ce que cette vie est vraiment faite pour moi… ? Puis j’ai réfléchi. Ma vie, ce sera ce que je décide d’en faire. J’ai le contrôle, à nouveau, je peux décider des opportunités qui s’offrent à moi, et de me diriger dans une voie, ou une autre. Des choix, j’en ai fait dans tout ce bordel, et je suis là aujourd’hui parce que je me suis battue pour ça.

Alors j’ai décidé de faire des listes. Des listes de choses que je voulais faire, mais que j’avais jamais le temps. Des listes de trucs qui me rendent heureuses, qui me font du bien. Des listes d’idées, de concepts, des notes à la va-vite sur un carnet pour me rendre compte de tout ce qu’il me reste comme latitude pour m’exprimer et me développer là-dedans. J’aime plus autant les surprises qu’avant, mais je veux garder l’ouverture à l’imprévu, au spontané, à être bousculée dans ma vie. Et aussi donner quelques lignes directrices, pour ne plus jamais retomber dans l’état d’impermanence anxieuse que j’ai pu traverser, pensant à tort que le stress ne pouvait pas m’atteindre.

J’ai retrouvé la note du médecin. Je me souviens trop. Je veux plus jamais revivre ça.

IMG_9511

Depuis que je suis rentrée à Montréal, j’ai repris le yoga. Une fois par semaine, au minimum. Pour l’instant, je m’y tiens, je compte commencer le Vinyasa dans les prochains mois pour compléter ma pratique en Hatha.

Je suis allée à la piscine. Une seule fois, c’est pas encore ça, mais ça m’a fait un bien fou. J’ai nagé 500m, trois nages, ça faisait des années que j’avais pas fait de longueurs, j’étais tellement fière de moi.

J’ai diminué de plus de la moitié la quantité de viande que j’achète. J’ai cuisiné des recettes végan (le dhal aux lentilles et coco de Marilou est une petite tuerie, et se réchauffe très bien), et une tartiflette, mais le bacon ça compte pas.

J’ai largement baissé ma consommation d’alcool. En fait, je ne bois plus de bière, puisque j’ai fini par réaliser que ça me donnait à coup sûr d’affreuses migraines et gueules de bois. Ça limite le choix vu le prix du verre de vin, alors dans les bars, je prends du cidre, du Coca, ou du Virgin Bloody Cesar.

J’ai recommencé à lire, un peu. Pendant mes journées à la boutique, dans le métro. J’ai toujours du mal à m’installer pour lire à la maison et ai encore le réflexe d’allumer mon ordi ou Netflix, mais je suis beaucoup plus rarement sur mon ordi la journée, ça compense.

D’ailleurs, j’ai aussi décidé d’arrêter le réflexe Netflix/série qui coupe toute communication de couple. Essayer de penser à d’autres choses à faire ensemble plutôt qu’une semaine de binge watching parce que c’est la facilité de continuer Jessica Jones. Et quand je suis seule, écouter des films et documentaires plutôt que des séries random.

Je prépare un dossier pour m’inscrire à l’université en Sexologie, à temps partiel. La rentrée n’est qu’en Septembre et je ne suis pas encore certaine à 100% de le faire mais les inscriptions sont jusqu’au 1er mars et je veux me donner cette option – plutôt que de regretter et devoir attendre 2017 pour le faire. Mon travail actuel me plait beaucoup mais ce n’est pas hyper stimulant sur le plan intellectuel, et je sais que je vais finir par m’ennuyer. Je veux continuer à explorer ma fascination pour l’humain, à travers ce domaine très polyvalent.

Je me maquille à nouveau, pour sortir ou travailler. Je fais un peu plus d’efforts pour m’habiller, porter à nouveau des robes, de la lingerie. J’ai eu une phase où mon apparence était très secondaire et ça m’a fait beaucoup de bien de m’en détacher, mais je me rends compte que j’ai besoin de me sentir jolie et séduisante, de me regarder dans le miroir et me trouver belle. Parlant de retrouver la conscience de mon corps et de ma sensualité, je compte poursuivre les cours de burlesque (j’ai fait deux classes l’an dernier et j’ai adoré). Je me donne pour objectif de monter un numéro et le présenter sur scène cette année.

J’ai passé une semaine seule sans Dany, parti travailler à l’extérieur de Montréal. Il vient de repartir pour 13 jours, et je n’ai plus l’appréhension d’être sans lui. Pour une fille hyper indépendante comme je peux l’être c’est étrange de dire ça, mais dans mon état de l’an dernier il était ma bouée de sauvetage et je me sentais complètement paniquée à l’idée de son absence. J’avais besoin de me prouver que j’étais à nouveau capable d’être seule, de m’occuper, d’exister individuellement. Ça fait extrêmement de bien de retrouver ça.

IMG_9435

C’est une longue liste, des petites choses sûrement insignifiantes, qui pourtant me tiennent à coeur, qui font partie de mon « projet » de développement personnel, de mes « résolutions » de début d’année. Des petites choses anodines mais dont je suis tellement fière, à ces quelques semaines d’intervalle. Je sens que j’ai l’énergie de tenir, l’énergie d’aller de l’avant, et je voudrais maintenant pouvoir embarquer avec moi tou.te.s celleux qui peinent encore à avancer. Je peux pas sauver le monde, évidemment, alors on y va à petits pas. Moi d’abord, j’ose croire que les autres bénéficieront ainsi de l’effet d’entraînement.

Tout est arrivé en même temps, quelque part, la vie m’offrait une page presque blanche qu’il ne me reste plus qu’à remplir. Je n’oublie pas les rouleaux précédents, les brouillons, les ratés. J’ai encré des gribouillis sur ma peau, pour symboliser le lâcher-prise. Mais la ligne qui représente Montréal est droite, étrangement. Elle ne se termine pas, vraiment, un point virgule. La suite reste à écrire…

Intime & Réflexions

les nombrils

J’ai ouvert mon premier « blogue » quelque part entre 2002 et 2004. J’étais au lycée, et non ce n’était pas un Skyblog (Dieu merci), mais un journal intime en ligne hébergé sur une plateforme qu’un petit génie avait créé.

À l’époque, j’écrivais comme on respire, je transpirais mes émotions d’adolescente en pleine implosion, trouvant un certain réconfort dans l’idée que des oreilles anonymes m’écoutaient, quelque part derrière leur écran. J’avais par ailleurs des carnets, feuilles volantes, brouillons de mots que je crachais un peu partout selon l’inspiration, ou plutôt, lorsque le besoin – ou l’ennui – se faisaient sentir.

Les années ont passé – c’était un temps où on n’était pas nombreux, sur les internettes ; on commentait les uns les autres nos multiples pensées publiques, on s’imaginait pas que de vraies personnes existaient – l’anonymat était possible. J’ai fermé ledit journal en ligne peu après mon bac, emportant avec lui l’origine de rencontres aussi étranges que rocambolesques, d’un amour idoine, et du regard trop bleu d’un reporter mort au combat.

Par la suite, j’ai ouvert successivement d’autres espaces d’expression. J’y jetais mes maux sous des termes obscurs, brouillant les pistes de la réalité, m’amusant dans cet exercice d’auto-fiction. Et puis je suis arrivée à Paris, en Janvier 2009, et j’ai commencé à travailler dans le merveilleux monde des média sociaux.

J’ai ouvert ce blogue, et puis un compte Twitter, en privé. Parce que je travaillais avec d’autres blogueurs, parce que ce milieu était rempli de langues de vipères et potinages, et ressemblait beaucoup trop à une cour de récré, j’ai voulu créer un lieu qui n’aborderait pas mes réflexions plus intimes – simplement un espace d’expression pour jouer, quelque chose que pour une fois ma mère et mes proches pourraient lire. Alors j’ai écrit sur des choses légères, sur la beauté, la mode, les voyages. J’ai raconté des histoires de vie avec plus ou moins d’humour, j’ai donné mon avis – que je croyais le bon (avec désinvolture) -, j’ai partagé des expériences, fait quelques articles sponsorisés – mais surtout, surtout, je ne parlais pas de moi, de l’intime, de ma « vie privée ».

.

Avec Montréal, je me suis doucement éloignée de ce petit monde. La blogo a changé aussi, il faut croire, on s’est retrouvé sur Twitter, Instagram et Snapchat pour échanger des photos de chats. J’ai quitté mon domaine professionnel, la France, et avec tout ça, j’ai fini par me débarrasser de cette « peur » du qu’en-dira-t-on, et qu’est-ce que les gens vont penser de moi. J’ai recommencé à écrire pour moi. À poser sur le clavier les mots et les maux qui s’en venaient, au fur et à mesure que je perdais prise sur ma situation.

Il reste encore des zones d’ombres, vous en conviendrez, je ne crois pas écrire dans la transparence la plus pure, et j’imagine bien que parfois, certaines des choses auxquelles je fais allusion ici ne font pas de sens pour beaucoup d’entre vous – ceux qui ne partagent pas mon quotidien, disons. Je me garde une petite gêne, comme on dit ici, histoire d’éviter de m’attirer des ennuis (ce blogue reste public et facilement trouvable pour quiconque connait mon nom) et/ou des jugements inutiles.

Suite à mon dernier post, j’ai reçu un commentaire catégorisant mes posts de (je cite) « masturbation intellectuelle » à tendance « psycho-spirituelle » (oui coucou toi). Mettant de côté le ton condescendant et le fait que cette charmante personne ait tellement de temps à perdre qu’elle m’écrive pour me dire qu’elle ne sait plus pourquoi elle me lit, je reconnais quand même qu’elle a raison. Oui, mon blogue est (re)devenu un journal intime, recueil de mes réflexions sur ma vie, mes émotions, mon nombril. Après tout, je n’ai pas la prétention de penser que j’ai quelque chose à offrir au monde, mais la possibilité d’être lue, de publier ainsi mes réflexions sur un espace public et visible de quiconque me permet de continuer à écrire,  car je suis tout bonnement incapable d’écrire simplement pour moi. Et je n’en tire aucune honte, ni aucune fierté, c’est surtout un support bien pratique : moins cher qu’un.e psy, qui ne me donne pas l’impression de devoir quelque chose à l’autre pour m’avoir gentillement écouté mettre mes idées en ordre (je vous rassure Dany et mes amis font ça très bien quand il faut), et qui me permette de me relire quand, parfois, je veux revenir sur les émotions du passé.

Oui, écrire est de l’ordre de l’onanisme intellectuel, et c’est un exercice que je trouve très sain – grand bien m’en fasse, et tant pis pour les autres. Je n’y vois pas plus d’égo qu’à partager ses looks qu’on imagine inspirants pour d’autres, ses recettes, ou même ses selfies sur Facebook ou Instagram. J’imagine que celleux qui me lisent ici savent ce qu’ils y trouvent, pour les autres je ne leur force pas la main, il y des centaines de blogues remplis de vies parfaites, de contenus utiles et de réflexions intéressantes ailleurs, et ces gens font ça bien mieux que moi.

Peut être qu’un jour je retrouverais le plaisir d’écrire sur d’autres choses – la liste des meilleurs bars de microbrasserie de mon quartier ; comment ça se passe, une immigration réussie ; comment j’ai survécu à une grippe d’homme ; mes meilleurs conseils pour faire un grilled-cheese. Qui sait.