Intime & Réflexions

se taire

Émotion, du latin « ex movere », « ex » signifiant « au dehors », et « movere », se mouvoir, agiter, ébranler, bouger – le mouvement.

Depuis l’enfance, on nous apprend à contrôler nos émotions. Ne pas être en colère, c’est mal. Ne pas être triste, sauf si on a une « vraie » raison, mais faudrait pas que ça dure trop longtemps, reprends toi. L’envie fait partie des 7 pêchés capitaux, comme la colère. On grandit, il faut agir comme un adulte. Il ne faut pas pleurer en public, on ne dit pas je t’aime « comme ça » il faut assumer les conséquences, on tait ses peurs, on absorbe le stress. C’est pas bien, de s’exprimer trop fort. Même le bonheur, parfois, il faut pas trop le montrer – ça pourrait rendre jaloux les autres, d’étaler son bonheur comme la confiture sur les réseaux sociaux, ça fait se sentir minables tous ceux qui n’ont pas une vie parfaite.

Moi aussi, pendant des années, j’ai gardé mes émotions bien au fond de moi. Enfin, j’ai appris. J’étais en colère, ado, en colère contre tellement de choses parce que c’est ce qu’on vit à cet âge là. Parce que j’étais amoureuse de deux garçons et que ça se faisait pas. Parce que des inconnus au lycée qui me connaissaient à peine se permettaient de m’appeler « cochonne » lorsqu’ils me croisaient dans les couloirs, sous prétexte que je portais des jupes un peu trop courtes et que je parlais librement de sexe. J’étais en colère parce que comme beaucoup d’autres filles, j’ai subi un (des ?) abus sexuels, que je me suis sentie à la fois coupable et victime, coincée entre une immense injustice, mais c’était plus facile de se taire. Je suis restée en colère longtemps, mais j’ai rien dit, parce que ça aurait fait trop de mal si j’avais parlé, parce que j’étais indirectement responsable, parce que anyways personne ne pouvait rien faire pour moi. Je me suis tue. J’ai gravé une cicatrice à l’encre sur ma peau pour ne jamais oublier. J’ai arrêté de manger.

Les années ont passé. J’ai croisé le chemin de personnes merveilleuses qui m’ont réappris à m’estimer, à me respecter, à m’aimer. On m’a aimé, très fort, et puis c’était fini, comme ça. J’ai frappé dans des murs, déchiré des t-shirts, cassé une table, mais ça ne changeait rien, alors j’ai tout mis dans une petite boite, et poussé ça au fond de ma gorge, encore une fois. J’ai continué à me taire. J’ai été là pour les autres, et c’est comme ça que je me suis sauvée. J’ai rangé bien au fond les émotions négatives, j’ai construit une jolie carapace de fille forte, optimiste, de bonne humeur, une fille sur qui on peut compter. J’ai rarement craqué. J’étais là pour apaiser les crises de panique de L., là pour faire la fête, là pour aimer les cons, les gentils, ceux qui ne resteraient pas, là pour pardonner.

Je suis tombée amoureuse, à plusieurs reprises, j’ai souvent cru que c’était « le bon ». À nouveau, j’ai aimé et désiré deux personnes en même temps, mais ça se faisait pas, non. Il fallait rentrer dans le cadre. Il fallait garder bien caché mon point de vue sur l’amour, le sexe, la liberté de s’exprimer, d’exister, de se réaliser. Parce qu’une femme ça doit pas parler trop fort. Ça doit pas s’habiller trop sexy. Ça doit être jolie et intelligente, mais pas gagner plus que son mari. Ça doit pas trop donner son avis au bureau, et surtout pas dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, parce qu’on passerait pour une hystérique. Sois belle, et tais toi. Je pensais alors réaliser ce qu’on attendait de moi.

Un jour j’ai commencé à faire des crises de panique. J’étouffais, mon corps explosait de toutes ces choses que je lui avais fait avaler, ce trop plein d’émotions enfouies, ces tonnes de boites accumulées. Des vieux souvenirs moches sont remontés à la surface – tellement présents que je ne savais parfois plus faire la différence entre le passé et la réalité. J’ai consulté. J’ai vu une psy géniale qui m’a énormément aidé. J’ai fini par regarder ma vie en face, cette belle cage dorée qui ne me convenait pas, et m’envoler pour Montréal, décorant mon corps de lignes de vie.

se taire

J’ai encore continué à me taire, pourtant. Je n’ai rien dit face à cette boss tyrannique et perverse qui me faisait sentir plus incompétente à chaque jour. Je suis restée sans voix lorsqu’on m’a viré sans explication, en 15 minutes chrono, et que mon projet de rester à Montréal s’est soudainement effondré. Je n’ai pas su dire je t’aime à toutes ces belles personnes avec qui j’ai fait un petit bout de chemin, par peur de les faire fuir. J’ai écouté mes ami.e.s qui en avaient besoin, en évitant de trop parler de moi quand ça allait pas, parce que c’était pas le rôle que j’avais pris. J’ai jamais dit à mes parents que j’avais peur, non, je voulais leur prouver que je savais ce que je faisais, je voulais leur montrer que j’assumais mon choix, malgré les obstacles, que je me prenais en main. J’ai jamais été capable de demander de l’aide. Je pensais que j’avais une telle réserve, une force qui me permettrait de traverser tout ça comme une grande, qu’il suffisait juste d’y croire, et surtout, de ne pas flancher. J’ai à peine pleuré, quand j’ai eu un nouveau refus de permis, l’hiver dernier. J’ai continué à empiler des boites tout au fond dans mon ventre, les unes après les autres, pour ne pas m’encombrer. J’ai décidé de faire un métier où je pourrais faire du bien, parce que c’est ça que je sais le mieux faire, m’occuper des autres, pour enterrer le fait que moi ça va pas.

Et puis.

Rebelote. Le corps qui ne suit plus, les boites qui explosent les unes après les autres, la douleur, les insomnies, les larmes, les f*cking décharges émotionnelles, les crises d’angoisse, les crises de panique, les anxiolytiques, tout foutre en l’air, tralala. La réponse que je n’attendais plus, et réaliser que je ne suis même plus capable de m’en réjouir. J’ai tellement bloqué mes émotions que même la joie ou le soulagement ne sont plus capables de s’exprimer que par l’isolement et l’agressivité.

Thérapie, bis. Après avoir pleuré tout mon corps je vomis des mots. Ça ne s’arrête plus, j’exprime, j’exprime, et ça sort petit à petit, on a ouvert les vannes, des mois (des années ?) de silence, de musellement. Je sors les peurs, l’anxiété, l’insécurité ; la joie, l’amour, le bonheur ; et puis la frustration, la tristesse, le manque, le trop plein qui reste encore, malgré tout ce qui est sorti. Mon émotion se nourrit d’elle même, et en s’exprimant, fait réagir les autres, générant à nouveau de nouvelles émotions.

On est là, dans ce cercle infernal. C’est libérateur, et pourtant paniquant. J’aurais aimé enlever une boite par une boite, évaluer une à une les émotions qui s’expriment, contrôler le flux, mais ça se passe pas comme ça. Tout s’effondre, tout s’exprime, et c’est l’anarchie totale. À fleur de peau, je voudrais laisser sortir ce qui me bouffe à l’intérieur – et c’est brouillon, bordélique, brutal, parfois violent ; mais il y a les autres – ceux qui reçoivent en pleine face, ceux qui subissent, ceux qui ne comprennent plus, ceux qui voudraient, eux aussi, qu’on les écoute. Je voudrais demander de l’aide, mais on ne sait pas quoi faire avec moi. Je me suis toujours occupée de moi toute seule, après tout, c’est pas comme ça qu’on a construit les bases, alors ça déstabilise, puis moi non plus, je sais pas (me laisser) faire.

Le problème, quand on exprime ses émotions, c’est l’impact que ça a sur les autres. Et c’est pas vrai, qu’on s’en fout de ce qu’ils pensent. C’est pas vrai qu’on s’en fout de faire du mal. On avance, pourtant. On casse des oeufs, on fait des omelettes, on verra bien ce que ça donne. On essaye d’éviter les dommages collatéraux, trop souvent inévitables.

C’est peut être ça, le plus difficile dans tout ça. Penser à soi, protéger les autres. Ne plus se taire, épargner ceux qui peuvent en souffrir. Manger des coups, éviter de les rendre. Rester humble, conscient, reconnaître lorsqu’on est allé trop loin, accepter que ce soit parfois trop tard.

J’aimerais qu’un jour à l’école de la vie, on nous apprenne à exprimer nos émotions, mais aussi à accueillir celles des autres. Qu’on nous explique comment vivre et ressentir sans être toujours en contrôle. Qu’on n’ait pas peur d’être aimé, ou de trop demander. Qu’on apprenne à poser nos limites, aussi, pour se protéger. Apprendre l’équilibre étrange entre bienveillance, conscience, et lâcher-prise.

Intime & Réflexions

ailleurs

« Je vais mieux ». Je l’ai écrit sur mon Facebook la semaine dernière, mais je vais le réécrire ici à nouveau, parce que, c’est important.

Je vais mieux, comme on revient d’un long voyage, comme un départ qu’on avait pas vraiment choisi, comme le temps de réaliser qu’on s’était perdue, ailleurs, et beaucoup trop loin pour réussir à revenir.

Je suis heureux/se de te retrouver. C’est ce que plusieurs personnes proches m’ont dit, ces derniers temps. Moi aussi, je suis heureuse de me retrouver. Moi aussi je suis heureuse d’être à nouveau moi-même. Moi aussi, je suis soulagée de revenir a la réalité, de retrouver mes réactions, mon self-control, ma patience, mon sommeil. Mon corps, mes envies, ma motivation, mon optimisme, mon caractère un peu plus facile à vivre. Je redeviens fréquentable…

Ailleurs, mais t’étais partie où ? Burn-out, dépression, anxiété généralisée, le terme m’échappe et je m’en fous. Au moment où je m’en suis rendue compte – vraiment, ce moment où je touchais violemment le fond – je crois qu’il était déjà trop tard pour prévenir. Il a fallu guérir. À la manière forte – après avoir frappé dans un mur et griffé ma peau à l’issue d’une crise d’angoisse de 4h, j’ai fini par céder. Anxiolytiques, pour asséner un dernier coup, enfin trouver de quoi redonner un peu de volonté de me relever.

Ce qui s’est passé après n’a pas vraiment d’importance, du moins je ne le comprends pas tout à fait. J’ai tenté de surnager dans l’attente en me bourrant de girl-scout-cookie et de 5-HTP, de ne pas complètement disparaître sous les coups des remarques qui blessent, celles qui disent « t’es chiante », « fais attention à la façon dont tu t’adresses aux autres », et « il va pas te supporter longtemps si tu continues comme ça », celles qui ont l’air de faire abstraction de tous les efforts que tu tentes de faire pour ne pas t’effondrer, confronter la sociabilisation avec d’autres gens, affronter la peur d’être seule – et les angoisses omniprésentes que les « ça va aller » ne suffisent plus à calmer. Mais tant pis, on demande pas aux autres de comprendre, juste de savoir se taire, parfois, juste de ne pas juger. J’ai eu assez honte de mon attitude, suffisamment envie de sauter du ponton, ou prendre un billet aller simple pour retrouver les bras de ma maman, et arrêter d’être ce poids désagréable et encombrant. Il y a eu ces jours où je ne supportais plus cette simple question, « ça va », parce que j’étais pas capable de répondre, parce que je savais plus rien, parce que non ça va pas mais à quoi bon en parler, et répondre le contraire serait mentir à la face de ceux que j’aime.

En tous cas.

La réponse est arrivée. J’avais envie de pleurer, et puis non, j’étais en plein massage, je devais me tenir, alors j’ai fait comme je fais toujours, j’ai ravalé mes émotions. J’ai pas réussi à être heureuse pour vrai, tu sais, je suis tombée sur un post sur Portraits de Montréal de cette fille qui disait qu’elle s’était tellement préparée à être déçue qu’elle a pas réussi à être heureuse quand elle a reçu un « oui ». J’en étais là, je crois, tellement loin dans mon angoisse du rejet, à me dire qu’une fois de plus je serai pas capable, que j’avais plus la force de faire face à nouveau, que j’avais oublié l’idée que ça pouvait être un oui – et me redonner le courage d’aller mieux.

Et puis, doucement, c’est allé mieux. J’ai retrouvé le goût d’être sociable, l’envie de rire, le contrôle de mes émotions. Ça a pas été instantané, loin de là, ça fait deux semaines que j’avance à petits pas, oubliant peu à peu la peur de retomber. C’est loin d’être fini : ces mois bien profonds ont fait ressortir des choses que je ne peux pas juste enterrer et ignorer – il semble à ce sujet que ma capacité d’absorber les coups n’est pas illimitée ; et puis il y a eu tellement de changements, de nouvelles expériences, de découvertes que je dois maintenant traiter, analyser, transformer, pour savoir où je m’en vais avec tout ça.

Je vais mieux. Je reviens d’un long voyage, avec un courrier d’Immigration Canada qui dit « GO » pour procéder à ma demande de résidence permanente par parrainage. Un GO qui m’ouvre finalement le chemin que j’essaye de rejoindre depuis des années. Un GO qui me dit enfin, ça y est, ce pays veut bien m’adopter, que dans quelques mois si tout va bien j’aurais ce f*cking visa, je pourrais bientôt dire chez moi, et faire des projets. Un GO pour clore enfin les peurs et les doutes, et révéler tout l’amour qu’il y a derrière ça.

To be continued…

lac-quebec-labelle

 

Intime & Réflexions

stand-by

aborted-beginings-jessica-boily

(c) Jessica Boily – abortedbeginnings.tumblr.com

Il y aura eu les nuits en pointillés, saccadées par les réveils au moindre bruit, les douleurs fantômes, l’engourdissement de tous mes membres, un par un. La chaleur aussi, et puis les « impatiences ». Les étirements qui ne font plus rien. Le chat qui miaule. L’autre chat. Le bruit de la rue. Le ventilateur. Un mouvement quelconque. Alors on se lève, on marche, on sort sur le balcon prendre l’air. J’étouffe. Je suis si fatiguée. Je voudrais seulement dormir. S’étendre sur le canapé, faute de se battre avec les draps humides. Se recoucher. Jusqu’au prochain réveil. Une heure après. Et ainsi de suite.

Il y aura eu les douleurs. Trapèzes, supérieur, moyen, rhomboïdes, gauche droite, longissimus, carré des lombes, et le pourtour de la crête iliaque. Deltoïde, biceps, triceps, brachio-radial, fléchisseurs, extenseurs, quelque part sur l’éminence du pouce, et ce point entre les métacarpes. Grand fessier, pour varier un peu, moyen et petit sûrement, le psoas trop tendu, quadriceps, ma préférée – la bandelette (ou : tenseur ilio-tibial) et son antagoniste couturier, le sartorius. Ça ne finit plus, tension sur le mollet, les « jumeaux » gastroc, et puis pour finir, l’illusion de tendinite sur le tendon distal du soléaire qu’on assomme à coup d’ice-pack et de Voltarène.

Je les ai nommés, tous, chacun leur tour, accompagnant mon apprentissage cinétique. J’ai senti mon petit pec se détendre sous la pression de mon kiné, mes SCOMs et mes scalènes tous pognés de ne plus savoir respirer, cette saloperie de diaphragme, aussi. Les muscles du stress, on m’a dit. ahah. Chez l’ostéo, on m’a fait craquer les vertèbres, cervicales C1-C7, dorsales D1-D12. Je les compte en autant de claquements, symphonie vertébrale. On a laissé mes lombaires tranquilles. C’était le foie, ou la vésicule biliaire – selon de quel côté du globe on prend la médecine ; et puis ces migraines, l’intolérance à l’alcool, et ces crises de larmes, et la difficulté à dormir, depuis des mois. Yoga thaï, shiastu, viscéral, cranio, fascia, suédois tous les jours, jusqu’à ne plus supporter aucun contact, aucune pression. Test de grossesse, hyperthyroïdie, intolérances alimentaires, manque de minéraux, whatever.

J’ai tenté de reprendre le contrôle. J’ai peint mes cheveux en licorne. J’ai fait beaucoup de ménage, et de rangement. J’ai eu 29 ans, et j’ai commencé à vraiment paniquer.

À un moment, quelque part entre septembre et juillet, j’ai cessé d’avoir mal. J’ai recommencé à dormir. Je reprends possession de mon corps, petit à petit – j’essaye, je dirai.

Je n’ai pas réussi à cesser de pleurer.

Il y a les crises. Les larmes, sans raison. Les colères, les sautes d’humeur, la lassitude, l’envie de ne voir personne, l’envie de mordre tout le monde, et qu’on me laisse tranquille, et qu’on ne me touche plus, je ne veux plus parler de moi, ni écouter les autres, je ne sais plus qui est mon corps, cet inconnu qui m’empêche de vivre, non je ne suis pas enceinte, merci, les up&downs, s’énerver pour un rien, pleurer, encore. Je ne suis pas triste, j’ai juste les yeux qui se mouillent quand on appuie un peu fort sur mon corps, quand la musique de relaxation n’est pas relaxante, quand la vaisselle traîne, quand je suis fatiguée, contrariée, angoissée. Je suis fatiguée tout le temps et contrariée par un rien. Coucou, l’anxiété, on se connaissait pas encore. J’ai à nouveau peur du noir.

Je ne me reconnais plus. Je ne sais plus qui je suis.

J’ai écouté le cri d’alarme de mon corps qui ne pouvait plus rien absorber, enterrer, oublier – encore, le trop plein, la somatisation de deux années, ou trois, c’est selon. La façade a explosé, plus rien ne me retient, il n’y a plus de sas de sécurité, c’est là, for real. J’attends sans aucune patience le prochain verdict. En silence. Sans bruit. Sans savoir si – ce si qui signifie refus – cette fois encore, j’aurais de quoi surmonter, relancer, trouver des solutions, repartir. Avec l’angoisse sourde et violente de ne plus avoir de garde-fou, l’angoisse de l’attente, l’angoisse de devoir – une énième fois – tout remettre en question.

J’attends. Je survis, quelque part dans une zone de tri, une boite de Shrödinger, un limbo de patience – ni morte, ni vivante. Ni là, ni ailleurs. En suspend.

On a beau s’accrocher aux possibles, aux optimismes, aux ficelles invisibles qui nous ont fait tenir debout tout le long, on est toujours seul face à soi-même. On a beau rationaliser sa vie, faire des statements, ériger ses valeurs comme des mantras sur lesquels on veut s’appuyer, et RE-LA-TI-VI-SER (quel bullshit ce mot), parfois, le réel – l’émotion, le dedans, le soi – vient foutre le bordel, parce que c’est comme ça.

Je sais bien. J’y arrive plus. Si je bouge, tout s’effondre. Alors je ne bouge plus.

La seule chose que je sais, c’est que je ne sais plus rien.

Intime & Réflexions

les savants les poetes et les fous

Louis-Dumas-Veronneau

J’aimerais vous expliquer à quel point ma vie est bizarre, depuis un moment.

J’aimerais vous expliquer, ma vie, comment ça se passe, où est la frontière floue du non-conventionnel, et comment je me suis retrouvée ici. J’aimerais pouvoir tracer des limites, un profil, détailler tout ça, et me glisser dans une jolie boite avec une étiquette dessus, pour faire plaisir aux gens-qui-aiment-bien-tout-mettre-dans-des-cases-parce-que-c’est-rassurant. Le truc c’est que… j’ai jamais trouvé les choses aussi évidentes que ce qui se passe pour moi depuis quelques temps.

J’ai dit évidentes. J’ai pas dit « normales ». J’haïs ce mot. Pourtant, il faut me rendre à l’évidence, je fais un rapide tour d’horizon de la-plupart-des-gens-autour-de-moi, j’observe, je vois les réactions lorsque je présente mes choix de vie. On respecte, on approuve, ou non, on questionne parfois. On partage rarement. « Ah oui, moi, je pourrais pas ». Et puis je retourne le gant et paf, ça fait une jolie frontière, celle qu’on appelle « la norme ».

N’empêche que, de mon point de vue, le bizarre, c’est les autres.

C’est ceux qui vont au boulot de 9 à 5 (ou, mettons, 9 à 8 pour les plus Parisiens d’entre vous), du lundi au vendredi, et qui gagnent à peine de quoi payer le loyer exhorbitant de leur T2 intra-muros. Ceux qui lisent les magazines féminins pour y trouver des conseils sur comment s’habiller, où partir en vacances, les joies des smoothies verts, comment reconquérir votre mec en lui faisant la pipe de sa vie – et si vous faites pas l’amour au moins une fois par semaine, votre couple va mal. Ceux qui savent où ils seront dans 10 ans, parce que leur job propose une évolution hiérarchique naturelle, avec boni et voiture de fonction. Ceux qui partent en vacances dans des resorts tout inclus ; ceux qui se marient à l’église en robe blanche et baptisent leurs enfants « pour la tradition » ;  ceux qui s’attristent ou se félicitent des stats d’une campagne de pub ; ceux qui se séparent parce que leur conjoint a couché avec quelqu’un d’autre. Ceux qui préfèrent taire leurs idées plutôt que d’entrer en conflit. Ceux qui s’énervent pour rien, ou tout, ceux qui passent leur temps à se plaindre mais trouvent toutes les raisons possibles de ne surtout rien changer. Ceux qui ont peur de tout. Ceux qui acceptent les règles sans réfléchir à leurs fondements, qui se fondent en silence dans la foule, parce que c’est plus simple ainsi.

Louis-Dumas-Veronneau

La vérité, maintenant. J’ai été comme les autres. Pendant des années je me suis pas vraiment posé de questions. C’était normal de rester au bureau 10 heures par jour alors que j’avais rien à faire la moitié de la semaine et que je formais des stagiaires pendant les jours restants – c’est la vie d’agence, faut payer le loyer, les factures. C’était normal de payer 1400 euro pour un 50m2 pour lequel on avait dû fournir un garant alors qu’on gagnait 3 fois le loyer à deux – en fait on trouvait même qu’on était chanceux. C’était normal de me demander le matin si ma robe était pas trop courte, et qu’est ce qu’on va penser de moi si je me tatoue ; normal de me faire mettre une main au cul dans le métro – c’est le métro ; normal que mon mec soit jaloux que je fasse des câlins à un ami (garçon), puis d’ailleurs les câlins ça se fait pas, on touche pas les gens avec qui on a pas de relation intime, c’est pas bien. C’était normal de faire une job « à responsabilités » – j’ai fait des études pour ça, pas question de gâcher mon potentiel ; normal de me remettre en question constamment – parce que peut être que si mon boss/mes collègues/mon client me traitent comme une sous-merde c’est que le problème vient de moi ; de penser que c’est la suite logique des choses que de travailler pour cette entreprise super connue et que ça fera beau sur mon CV, même si elle traite ses employés comme des objets interchangeables et fait son CA sur le dos de stagiaires à durée indéterminée. Pendant des années, j’ai écrit dans mes lettres de motivation que je cherchais une job qui pourrait me permettre de m’épanouir autant professionnellement que personnellement. Et j’y croyais.

Mais ça veut dire quoi, s’épanouir, quand on rédige des posts Facebook pour mieux vendre des t-shirts? On s’épanouit comment quand on ose à peine demander un jour de vacances de peur de se le faire refuser? C’est quoi l’enrichissement personnel et notre contribution au monde, coincé dans un cubicule?

Je rejette pas tout ça, je veux dire, sur les quelques boites où j’ai bossé, il y a eu de très belles histoires, de superbes rencontres, des projets hyper enrichissants. Mais en travail comme en amour, les expériences, bonnes ou mauvaises, nous permettent de mieux savoir ce qu’il nous faut. M’ont permis de comprendre que je pouvais pas travailler dans de bonnes conditions si on me mettait des objectifs chiffrés dans la face, et une sentinelle derrière mon dos. Que peut-être ce serait pas une mauvaise chose de me mettre à bosser à mon compte – je suis suffisamment exigeante avec moi-même pour pas avoir besoin d’un boss qui me rajoute de la pression.

(petite parenthèse ici pour dire un immense merci aux dernières personnes avec qui j’ai bossé parce que c’était peut être court, mais ça m’a redonné confiance en la possible humanité d’une compagnie) (merci François, Marie-Ève, Sylvain, Audrey, Oli, Carole, Rabbi, Josée, et Maxim, et Mélanie) (bref)

Pendant des années, j’ai eu l’impression que quelque chose collait pas, dans ma vie, que j’étais trop rarement à la bonne place, au bon moment. Pendant des années, j’ai eu l’impression d’être une extraterrestre parce que je considère envisageable – et même plutôt naturel – qu’on puisse avoir du désir (sexuellement) pour une autre personne que son conjoint.e et que je crois qu’on peut apprendre à vivre avec ; parce que je pense pas que le nombre de conquêtes d’une femme ait un plafond au delà duquel on a le droit de la traiter de salope ; parce que j’ai trop souvent dit tout haut ce que je pensais.

Louis-Dumas-Veronneau

On se l’est déjà dit, ya pas un jour où tout bascule, c’est quelque chose qui évolue, chaque jour, infimement, pour un peu qu’on s’ouvre à l’in-habituel, qu’on se mette à penser un peu plus loin, qu’on arrête d’avoir peur des qu’en dira-t-on. On est pas tous égaux devant nos idéaux, on cherche pas tous les mêmes réponses, on a pas tous les mêmes attentes face à la vie, ni les mêmes certitudes, encore moins la même résilience aux coups. J’ai compris doucement qu’assumer mes valeurs et mes choix était une façon de m’affirmer en tant que personne, de gagner en confiance en moi, de me faire un peu estimer. Je passe mon temps, encore, à toujours (souvent) me remettre en question, confronter mes choix avec le point de vue des autres, accepter la différence. C’est pas toujours facile, aujourd’hui je marche à deux, et je vacille parfois entre mon besoin d’affirmer ce que je crois et la peur de blesser cette personne merveilleuse qui accompagne désormais mes pas.

J’aimerais vous expliquer à quel point ma vie est bizarre en ce moment. Parce que j’ai fait des choix de vie, dans ma carrière, dans ma vie amoureuse, dans mon rapport aux autres, qui ne sont pas nécessairement « dans la norme » – ce contexte dans lequel j’ai grandi, et qui m’a, indirectement, aussi appris la liberté de penser. Parce que j’ai choisi de croire en des trucs « insensés ». Parce qu’à un moment je suis sortie du cadre et que je veux plus y revenir. Parce que pour moi, les bizarres, c’est ceux qui se conforment les yeux fermés.

J’aimerais surtout vous raconter tous ces gens merveilleux qui sont entrés dans ma vie depuis que j’ai décidé d’assumer ce que je crois être juste, de l’exprimer, d’en faire des valeurs, des certitudes. Des gens comme moi, qui font rien d’extraordinaire, un tas de fous qui ont oublié de juger, et l’énergie de rêver encore. Je suis loin d’être savante, pas vraiment poète, alors quelque part j’assume faire partie de la troisième catégorie. J’ai l’espoir secret que ma folie déteindra sur les autres et qu’on finira tous, d’une manière ou d’une autre, à sortir de nos boites et bousculer l’établi.

photos Louis Dumas-Véronneau, 2014

Intime & Réflexions

and so it is (meant to be)

charlevoix-2La vie c’est comme une boite de chocolats.

J’en aurais plein, des phrases toutes faites qui veulent tout et surtout rien dire, des citations à la con sur comment on trouve le bonheur, et let it go – ta gueule – parce que carpe diem. Ya des mecs qui ont écrit des livres sur comment on voyage pour se trouver soi-même, et pour réaliser finalement qu’on est bien dans son jardin, sous son arbre, whatever. Je suis pas philosophe, ni écrivain, ni ce genre de fille qui poste sur son mur Facebook des quotes inspirées pour faire semblant qu’elles ont trouvé une solution à la vie. J’ai pas de solution. Ya pourtant quelque chose que je peux dire, et tant pis si ça sonne quétaine – comme ce genre de vérité évidente qu’on t’assène dans les bouquins de développement personnel : le bonheur il est pas toujours là où tu l’attends ; ça fait parfois du bien de sortir de sa zone de confort pour se (re)trouver ; et enfin, une fois que t’es sorti du chemin tout tracé, ça peut vite devenir hors de contrôle – alors accroche-toi.

Tu sais pas dire quand tout a basculé – la vérité c’est que ça « bascule » pas d’un coup – on vous ment dans les films et les histoires. Dans la vraie vie, c’est comme un glissement imperceptible. Ce moment où tu sors du tout-tracé, et ça a l’air cool, et facile, et évident. T’avances, un pas, deux, jusqu’à t’enfoncer jusqu’au cou dans cette nouvelle expérience, en croyant encore contrôler la dérive, persuadé qu’au bout, ya une sortie facile.

Sauf que c’est pas comme ça. L’objectif, il change pas, mais c’est les étapes pour y arriver qui commencent à faillir. Ça commence par un premier choc, puis un deuxième, mais tu comprends pas encore ce qui t’arrive – parce que ça n’a aucun sens, aucune logique, ça ne peut pas se produire. Puis tu tombes, une fois, tu te relèves, tu avances à tâtons jusqu’à la prochaine passerelle, tu penses que c’est bon t’es sorti d’affaire là, tu vas rejoindre ce chemin que tu voulais prendre, mais non, ça ne tenait pas assez fort, ça s’effondre sous tes pieds. Alors tu repars, t’embarque sur une autre, comme un plan B, puis C, puis tu vois à chaque fois cette lumière, ton objectif qui se rapproche, et puis le mur. À nouveau. Et puis surtout, tu peux plus revenir en arrière.

Plusieurs personnes m’ont dit, à ta place, je sais pas ce que j’aurais fait. J’aurais abandonné, sûrement. T’as du courage.

charlevoix-1

Je sais pas si j’ai du courage, je sais pas non plus toujours si je sais ce que je fais. Ya quelque chose en moi de l’ordre de la rage, de la volonté obstinée d’atteindre cet objectif, de pouvoir enfin souffler. Ya quelque chose qui me pousse en dedans, peut être aussi une forme de déni, mais dans le fond je veux y arriver, parce que ça ne peut pas être autrement. Alors j’emprunte une passerelle, puis une autre, puis la suivante, jusqu’à qu’on y arrive. Pendant ce temps ya des milliers de choses qui se passent en moi, qui bougent, mûrissent, explosent. Ya ce désir immense d’être là, d’arriver au bout.  Ya toute cette énergie qui me mobilise, ya tout cet amour qui m’inonde et cette bienveillance, et tout ce que j’ai le goût de donner en retour. Et c’est merveilleux.

Ya pas de moment où tout bascule. C’est faux. Ya des portes qui s’ouvrent, d’autres qui se ferment, des chemins à prendre, beaucoup de choses qu’on peut pas contrôler. Puis ya le reste. Ya ce qu’on croyait être des certitudes qui volent en éclats, et qui laissent la place à une réalité, une vérité, une évidence si claire et si concrète qu’on peut juste pas la nier. On désapprend la peur. On réévalue notre approche de la vie. On accepte l’injuste, l’irrationnel, la part de semi-hasard sur laquelle on n’a pas de prise.

Un jour, tu décides de sortir du chemin tout tracé, puis si t’oses et que tu pousses un peu ta chance, ça peut aller loin. Ta vie, ça devient ce gros labyrinthe, ce manège incessant, ça secoue dans les coins mais au centre, ça rend juste encore plus évidentes tes certitudes. Tu exploses pour mieux te reconstruire. Tu rejettes pour mieux ré-apprivoiser. Tu croyais savoir et tu sais plus rien, et puis à nouveau, tu sais.

Ya pas de destin, mais des milliers d’épiphanies. Ya ce chemin sinueux, tortueux, et tout ce bonheur à côté. Puis ya ce soir où tu te retrouves à magasiner des anneaux d’argent, et à vouloir y graver des mots d’enfants, des mots d’amour, des mots dont personne ne peut garantir qu’ils seront pour la vie, mais c’est pas ce qui compte. À ce moment précis, c’est simplement ce qui semble être la chose la plus évidente à faire – parce que quelque part, après avoir oublié la peur, après avoir occis les doutes, on peut enfin accepter l’idée d’être adultes. Parce que quelque part dans cette tourmente, il y a une île, un port, une ancre. Parce qu’on veut croire que ces mots là dureront toujours.

– and so it is  (meant to be).

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Intime & Réflexions

les petits bonheurs

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J’aurais pu titrer «le bonheur», tout court. Mais c’est un fait avéré, je serai incapable de définir ce qu’est LE Bonheur, avec un grand B (comme dans Barbie). C’est comme «être heureux». Ya des centaines d’occasions pour sourire. Des milliers de raisons d’être bien. Des millions de façons de ressentir le bonheur. Uniques, à chaque fois que ça arrive.

Être heureux, c’est pas un état constant. J’ai eu des hauts et des bas, des jours où je savais clairement pas pourquoi je me levais (en fait j’avais pas de raison), d’autres où j’étais juste bien à trainer au lit ; des soirs à pleurer sans raison parce que trop de (on sait pas quoi mais ça craque), et des larmes de bonheur qui coulent toutes seules, parce que c’était beau. Être heureux, c’est pas un truc inné, je crois, en fait il faut apprendre à en prendre conscience, à repérer ces petits moments là qui se détachent de la monotonie, les accepter, les observer, les laisser nous atteindre au plus profond. Et puis le bonheur, ça s’apprivoise, ça s’entretient, je dirais même, ça se créée. Et si parfois on a juste envie de se rouler en boule et de cracher au visage de tous ceux qui s’approchent (et on a le droit d’avoir ces moments là), il faut aussi s’obliger/s’aider à en sortir.

Être heureux, c’est un mode de vie, un angle avec lequel on regarde notre nombril et le monde autour, c’est apprendre à (se) faire du bien, aussi.

Ya pas de recette du bonheur. Ya pas de règle à suivre si ce n’est (s’)écouter, s’ouvrir à tout ce qui vient chatouiller notre existence, se protéger au besoin. C’est apprendre à dire oui, et savoir dire non. C’est donner la chance à l’inattendu. Rappeler la part de nous qui s’émerveille encore, cet enfant qui n’a pas d’attentes, pas d’a prioris, pas de peurs ni de doutes.

C’est être dans le présent.

Pour moi, le bonheur en ce moment, c’est me lever chaque matin pour aller travailler (bizarre de le dire mais après 10 mois d’un rythme compliqué je suis HEUREUSE de retrouver un job et des horaires stables). Me balader avec mes skis dans les transports en commun pour partir skier après ma journée de boulot. Retrouver les sensations de glisse en se tirant la bourre avec un bon ami, et crier très fort sur les pistes parce qu’on est tous seuls et que ça fait du bien.

Mon bonheur, c’est marcher dans ces rues enneigées (je dirais slushées en ce moment…), et ne toujours pas me sentir lassée de cette ville. C’est continuer d’être charmée par cet accent, ces expressions, cette culture. Parcourir Kijiji pour trouver mon prochain chez nous – un vrai chez nous, pas juste à la manière Québécoise où on se «nousnoie» parfois. Organiser un week-end en chalet avec des gens biens, penser au printemps dans (pas) trop longtemps, à ce séjour à New York pour voir MonFrère et sa chérie, regarder indéfiniment – et toujours aussi émerveillée – les flocons tomber sur Montréal, sauter dans les tas de neige fraîche.

Et puis il y a ces nuits, ces soirées jusqu’au petit matin, danser nu-pieds dans un loft d’artistes, entourée de tous ces gens déguisés qu’on serre fort dans ses bras, fermer les yeux, se laisser emporter par la musique, ne plus se poser de questions. Ces soirs et ces matins où on se colle, respirer l’odeur rassurante d’une nuque, caresser la douceur d’une peau, observer le profil d’une barbe blonde. Savourer l’évidence de cette réalité, sans crainte, sans doutes, sans date de péremption. On se dit simplement qu’il n’y aura pas d’après – et même si c’est toujours la même chose, cette fois on y croit pour vrai.

Malgré les quelques inconnues qui pèsent encore, 2015 pue le bonheur à plein nez. J’en ai beaucoup à revendre, même si c’est jamais trop, je suis encore plus heureuse quand je peux partager tendresse et affection, quand je vois les gens que j’aime sourire et rire, quand le monde autour aussi est heureux.

Pour 2015, je vous souhaite tout le bonheur du monde. Et que plein de gens vous prennent la main.

Intime & Réflexions

comme un manège

metro beaudry
J’aime pas trop les bilans de l’année qui s’est écoulée. Je veux dire, j’en fais tout le temps, des bilans, et puis j’ai pas besoin d’occasion pour ça, et puis ces dernières années ont été beaucoup trop foutoir et bousculantes (oui, j’adjectivise) pour écrire quelque chose de l’ordre d’un « bilan », et 2014 beaucoup trop intense et chargée de tas de choses que je peux pas vraiment raconter ici (et que j’ai tenu pratiquement aucune de mes « résolutions »). Puis comme toujours j’ai plein d’autres idées de posts que peut être j’écrirai un jour quand j’aurais arrêté de stresser et que je pourrais souffler, enfin (comme des histoires d’écureuils et de fromage en grains).

Puis.

Ya Ginie et Camille qui ont écrit de biens jolis posts, et puis ces dernières semaines de Décembre ont été encore un peu plus foutoir, chargées de belles choses, et de larmes aussi un peu. Alors je me dis que j’ai le goût d’écrire un peu quand même, que peut être je vais publier ça avant 2015 pour laisser tout ce bordel derrière, refermer la porte sur cette année étrange, attaquer la suite. Comme Camille, 2014 n’aura pas été ma meilleure année ever. Comme Camille, peut être que 2013 a été un peu trop bien pour que ça continue. Tsé, parfois semblerait que la vie veuille pas que tout glisse tout seul, que quelque chose décide que tu dois en chier un petit peu – au moins – pour que tu saches, ça fait quoi de galérer, d’avoir à faire des choix, des vrais ; pour que tu saches vraiment pourquoi t’es là.

Faque c’est ça. 2014 a commencé sur les quais de Seine, une bouteille de champagne dans une main et le bras d’un ami cher dans l’autre. Je suis revenue à Montréal, ya eu le Polar Vortex, Igloofest, les week-ends en chalet, et j’ai perdu ma job. Perdu comme dans la version Nord-Américaine, ou : « se faire mettre dehors en 15 minutes avec un minimum d’explications et ton bureau dans un carton » (j’ai appris plus tard que c’était pour des raisons économiques). Ou la version immigrante : « il me manquait 3 semaines pour faire ma demande de résidence » et « mon visa est lié à ma job. plus de job, plus de visa, plus de visa, plus de…« . Le monde qui s’effondre. La panique un peu. Avec pour seule évidence Montréal. Rester ici, chez moi.neige

Il y a eu des semaines entre deux eaux, à flotter là dans l’incertitude, chercher des solutions, des réponses, essayer de comprendre, de savoir où je suis, ce que je fais. Faire le tri dans ma vie, d’une certaine façon, mettre fin à certaines relations parce qu’on réalise qu’on ne peut pas continuer ainsi, parce que je pouvais pas tout gérer. Une chose à la fois. Mon premier amour, Montréal, le Québec.

Avril. Ma maman a un accident. Sur un coup de tête je prends un avion pour Marseille, et deux semaines de retour aux sources pour respirer. Deux semaines pour retrouver ma famille, mes amis, et d’autres, deux semaines les cheveux dans le vent et les pieds dans le sable, deux semaines pour essayer d’aller mieux. Il y a ces sourires, ces retrouvailles, et ces au-revoir. À mon retour à Montréal début Mai le printemps commence à peine. Je me remets tout juste de mes émotions, je ne sais pas encore que ça vient juste de commencer, que j’ai embarqué sur un manège infernal de up & downs qui va durer jusqu’à… si je savais.

En Mai, un ami me propose une job dans la compagnie qu’il vient de créer, et j’apprends qu’il reste des places pour le permis Jeune Pro. Joie. Je me pensais sortie d’affaire, malheureusement le projet ne génère pas suffisamment de revenus et je n’ai pas pu cumuler le temps plein nécessaire à la demande de ma résidence permanente. Après avoir passé l’été à travailler pour un super projet (le Village Éphémère), je repars donc à la recherche de boulot.

C’était long, ces quatre mois. Long parce que j’ai jamais eu à galérer pour trouver un emploi. Long comme parfois le sentiment d’inutile, de n’être personne, attendre des réponses qui ne viennent pas, le téléphone qui garde le silence, envoyer des CVs, encore, attendre. Long comme je me serre la ceinture depuis trop de mois, malgré l’aide de mes parents. Long comme cette menace qui pèse et de le stress de ne pas retrouver de job, de ne pas pouvoir rester ici. Et les rêves de la France toutes les nuits, les semaines où je croyais voir MonFrère partout, les jours qui raccourcissent, la crève et la déprime automnale, l’approche des Fêtes, et toujours, l’incertitude. L’impossibilité de faire des projets, la crainte de finir chaque mois à découvert, ne pas savoir quand je pourrais à nouveau rentrer, ni si je devais continuer à espérer, ou envisager d’autres solutions.bouche

Je viens d’avoir une offre de job. Un super poste dans lequel j’espère m’épanouir et continuer d’apprendre. J’en parlerai plus tard peut être parce que je réalise toujours pas, que je suis en cours de changement d’employeur, que je me sentirai jamais complètement rassurée tant que j’aurais pas un nouveau permis et une demande de CSQ approuvée. Mais on voit le bout du tunnel. Et ça fait du bien…

2014, c’est aussi des expériences incroyables. Des découvertes. Des redécouvertes. Des voyages. Des amis. Des nuits à danser jusqu’au petit matin, des soirées complètement improbables comme seul Montréal sait révéler ; la beauté d’une baie, l’odeur iodée du Saint-Laurent, les couchers de soleil et les levers de soleil ; des discussions jusqu’à beaucoup trop tard, les gens qu’on serre trop fort, des sourires et des larmes ; des moments magiques où le temps s’arrête parce que plus rien n’a d’importance que le présent.

2014 c’est une rencontre. Une personne. Un amour. Un Québécois barbu qui a croisé mon chemin à un moment où je savais plus très bien si j’étais capable d’aimer, d’être en « couple »; où la notion même d’amour avait perdu son sens. Y a eu un mois de nuits chaudes, et d’après-midi sous les arbres. J’ai eu à nouveau 17 ans, je suis tombée en douceur, sans violence, sans trop réaliser ce qui se passait, et surtout sans me poser de questions. C’était tendre, c’était doux, c’était simple et évident. Et puis l’été, il est parti travailler aux États-Unis, et je me suis effondrée tout d’un coup – comme si tous les mois passés à tenir debout toute seule m’avait fragilisée, et son départ achevé de me mettre à genoux. La distance pour mettre des mots sur ce qu’on s’est jamais dit et réapprendre à y croire. Des retrouvailles qui se passent de mots, et les mois qui depuis s’alignent pour conforter l’évidence, éteindre les peurs, rassurer les doutes ; et tous ces matins où je me réveille près de lui, tous ces matins qui donnent juste le goût que ça ne s’arrête plus jamais, parce qu’on est juste bien.

dany

Je sais pas ce que je dois retirer de cette année. Il y aurait tellement à raconter. J’ai grandi, et je suis redevenue une petite fille. J’ai réalisé ce qui me tenait vraiment à coeur, et pour la première fois de ma vie je me suis battue pour quelque chose au lieu de laisser faire le hasard. J’ai aussi appris à laisser faire, laisser aller, lâcher prise, accepter de ne pas toujours avoir le contrôle et prendre ce qui vient sans tout remettre en question. J’ai réappris à aimer, différemment, à donner, à recevoir, et pas seulement pour mes amis. J’ai pris conscience de tellement de choses sur moi et sur la vie, sur ce que je suis et ce que je veux, les valeurs que je veux défendre, ce dont j’ai besoin pour être heureuse, ce que je suis capable de supporter et de partager, et d’une certaine façon, j’aimerais croire que cette chute brutale m’a permis de renaître un peu.

Je m’appelle Elodie, j’ai 28 ans, et je crois qu’en 2014, je suis finalement devenue adulte. Tu peux venir 2015. Je n’ai plus peur de grandir…

(photo ci dessous d’une des jolies cartes de voeux PaperMiint)

2015