Intime & Réflexions

comme un manège

metro beaudry
J’aime pas trop les bilans de l’année qui s’est écoulée. Je veux dire, j’en fais tout le temps, des bilans, et puis j’ai pas besoin d’occasion pour ça, et puis ces dernières années ont été beaucoup trop foutoir et bousculantes (oui, j’adjectivise) pour écrire quelque chose de l’ordre d’un « bilan », et 2014 beaucoup trop intense et chargée de tas de choses que je peux pas vraiment raconter ici (et que j’ai tenu pratiquement aucune de mes « résolutions »). Puis comme toujours j’ai plein d’autres idées de posts que peut être j’écrirai un jour quand j’aurais arrêté de stresser et que je pourrais souffler, enfin (comme des histoires d’écureuils et de fromage en grains).

Puis.

Ya Ginie et Camille qui ont écrit de biens jolis posts, et puis ces dernières semaines de Décembre ont été encore un peu plus foutoir, chargées de belles choses, et de larmes aussi un peu. Alors je me dis que j’ai le goût d’écrire un peu quand même, que peut être je vais publier ça avant 2015 pour laisser tout ce bordel derrière, refermer la porte sur cette année étrange, attaquer la suite. Comme Camille, 2014 n’aura pas été ma meilleure année ever. Comme Camille, peut être que 2013 a été un peu trop bien pour que ça continue. Tsé, parfois semblerait que la vie veuille pas que tout glisse tout seul, que quelque chose décide que tu dois en chier un petit peu – au moins – pour que tu saches, ça fait quoi de galérer, d’avoir à faire des choix, des vrais ; pour que tu saches vraiment pourquoi t’es là.

Faque c’est ça. 2014 a commencé sur les quais de Seine, une bouteille de champagne dans une main et le bras d’un ami cher dans l’autre. Je suis revenue à Montréal, ya eu le Polar Vortex, Igloofest, les week-ends en chalet, et j’ai perdu ma job. Perdu comme dans la version Nord-Américaine, ou : « se faire mettre dehors en 15 minutes avec un minimum d’explications et ton bureau dans un carton » (j’ai appris plus tard que c’était pour des raisons économiques). Ou la version immigrante : « il me manquait 3 semaines pour faire ma demande de résidence » et « mon visa est lié à ma job. plus de job, plus de visa, plus de visa, plus de…« . Le monde qui s’effondre. La panique un peu. Avec pour seule évidence Montréal. Rester ici, chez moi.neige

Il y a eu des semaines entre deux eaux, à flotter là dans l’incertitude, chercher des solutions, des réponses, essayer de comprendre, de savoir où je suis, ce que je fais. Faire le tri dans ma vie, d’une certaine façon, mettre fin à certaines relations parce qu’on réalise qu’on ne peut pas continuer ainsi, parce que je pouvais pas tout gérer. Une chose à la fois. Mon premier amour, Montréal, le Québec.

Avril. Ma maman a un accident. Sur un coup de tête je prends un avion pour Marseille, et deux semaines de retour aux sources pour respirer. Deux semaines pour retrouver ma famille, mes amis, et d’autres, deux semaines les cheveux dans le vent et les pieds dans le sable, deux semaines pour essayer d’aller mieux. Il y a ces sourires, ces retrouvailles, et ces au-revoir. À mon retour à Montréal début Mai le printemps commence à peine. Je me remets tout juste de mes émotions, je ne sais pas encore que ça vient juste de commencer, que j’ai embarqué sur un manège infernal de up & downs qui va durer jusqu’à… si je savais.

En Mai, un ami me propose une job dans la compagnie qu’il vient de créer, et j’apprends qu’il reste des places pour le permis Jeune Pro. Joie. Je me pensais sortie d’affaire, malheureusement le projet ne génère pas suffisamment de revenus et je n’ai pas pu cumuler le temps plein nécessaire à la demande de ma résidence permanente. Après avoir passé l’été à travailler pour un super projet (le Village Éphémère), je repars donc à la recherche de boulot.

C’était long, ces quatre mois. Long parce que j’ai jamais eu à galérer pour trouver un emploi. Long comme parfois le sentiment d’inutile, de n’être personne, attendre des réponses qui ne viennent pas, le téléphone qui garde le silence, envoyer des CVs, encore, attendre. Long comme je me serre la ceinture depuis trop de mois, malgré l’aide de mes parents. Long comme cette menace qui pèse et de le stress de ne pas retrouver de job, de ne pas pouvoir rester ici. Et les rêves de la France toutes les nuits, les semaines où je croyais voir MonFrère partout, les jours qui raccourcissent, la crève et la déprime automnale, l’approche des Fêtes, et toujours, l’incertitude. L’impossibilité de faire des projets, la crainte de finir chaque mois à découvert, ne pas savoir quand je pourrais à nouveau rentrer, ni si je devais continuer à espérer, ou envisager d’autres solutions.bouche

Je viens d’avoir une offre de job. Un super poste dans lequel j’espère m’épanouir et continuer d’apprendre. J’en parlerai plus tard peut être parce que je réalise toujours pas, que je suis en cours de changement d’employeur, que je me sentirai jamais complètement rassurée tant que j’aurais pas un nouveau permis et une demande de CSQ approuvée. Mais on voit le bout du tunnel. Et ça fait du bien…

2014, c’est aussi des expériences incroyables. Des découvertes. Des redécouvertes. Des voyages. Des amis. Des nuits à danser jusqu’au petit matin, des soirées complètement improbables comme seul Montréal sait révéler ; la beauté d’une baie, l’odeur iodée du Saint-Laurent, les couchers de soleil et les levers de soleil ; des discussions jusqu’à beaucoup trop tard, les gens qu’on serre trop fort, des sourires et des larmes ; des moments magiques où le temps s’arrête parce que plus rien n’a d’importance que le présent.

2014 c’est une rencontre. Une personne. Un amour. Un Québécois barbu qui a croisé mon chemin à un moment où je savais plus très bien si j’étais capable d’aimer, d’être en « couple »; où la notion même d’amour avait perdu son sens. Y a eu un mois de nuits chaudes, et d’après-midi sous les arbres. J’ai eu à nouveau 17 ans, je suis tombée en douceur, sans violence, sans trop réaliser ce qui se passait, et surtout sans me poser de questions. C’était tendre, c’était doux, c’était simple et évident. Et puis l’été, il est parti travailler aux États-Unis, et je me suis effondrée tout d’un coup – comme si tous les mois passés à tenir debout toute seule m’avait fragilisée, et son départ achevé de me mettre à genoux. La distance pour mettre des mots sur ce qu’on s’est jamais dit et réapprendre à y croire. Des retrouvailles qui se passent de mots, et les mois qui depuis s’alignent pour conforter l’évidence, éteindre les peurs, rassurer les doutes ; et tous ces matins où je me réveille près de lui, tous ces matins qui donnent juste le goût que ça ne s’arrête plus jamais, parce qu’on est juste bien.

dany

Je sais pas ce que je dois retirer de cette année. Il y aurait tellement à raconter. J’ai grandi, et je suis redevenue une petite fille. J’ai réalisé ce qui me tenait vraiment à coeur, et pour la première fois de ma vie je me suis battue pour quelque chose au lieu de laisser faire le hasard. J’ai aussi appris à laisser faire, laisser aller, lâcher prise, accepter de ne pas toujours avoir le contrôle et prendre ce qui vient sans tout remettre en question. J’ai réappris à aimer, différemment, à donner, à recevoir, et pas seulement pour mes amis. J’ai pris conscience de tellement de choses sur moi et sur la vie, sur ce que je suis et ce que je veux, les valeurs que je veux défendre, ce dont j’ai besoin pour être heureuse, ce que je suis capable de supporter et de partager, et d’une certaine façon, j’aimerais croire que cette chute brutale m’a permis de renaître un peu.

Je m’appelle Elodie, j’ai 28 ans, et je crois qu’en 2014, je suis finalement devenue adulte. Tu peux venir 2015. Je n’ai plus peur de grandir…

(photo ci dessous d’une des jolies cartes de voeux PaperMiint)

2015

Intime & Réflexions

moi, féministe

mustache

Il y a quelques années, j’ai écrit sur ce blog un post intitulé « pourquoi je ne suis pas féministe« . Je parle rarement de mes engagements et valeurs socio-politiques ici, pourtant ces dernières années – et particulièrement ces deux dernières à Montréal – m’ont permis de réaliser à quel point certaines choses m’importent.
Je disais il y a 4 ans « je ne me sens pas féministe parce que« . Aujourd’hui, j’ai envie de l’assumer enfin, de le dire non plus comme un secret honteux mais comme une fierté : je suis féministe. Parce qu’il ne peut en être autrement.

Mon féminisme est né il y a longtemps, mais je n’avais pas conscience de cette réalité à cette époque. Ma vision de ces valeurs était étriquée et biaisée par les quelques personnes et mouvements qui prenaient le devant de la scène, j’avais des idées préconçues du féminisme faute d’avoir lu/vu autre chose.

Mon féminisme est né de lectures, de rencontres, de débats d’idées. Je n’ai jamais considéré être le genre de personne qui a besoin du féminisme, faisant partie de cette catégorie de femmes relativement « aidées », née dans un corps qui me convenait, qu’on m’a appris à aimer ; blanche, mince, avec les capacités de faire des études et travailler dans un milieu relativement peu macho. J’ai réalisé il y a peu à quel point j’ai grandi dans un contexte qui ne m’a que très peu bridée, avec la chance d’avoir un frère avec qui j’ai autant joué aux Barbies qu’aux Lego ou Action Man, des parents qui m’ont appris le respect, de moi et des autres. Je ne me souviens pas avoir eu de tabou, on m’a laissé explorer et découvrir sans honte, sans culpabilisation.

Mon féminisme est né de cette liberté, cette ouverture d’esprit qu’on m’a donné l’opportunité de développer. J’ai fait mes expériences, mes découvertes, eu des réflexions, des prises de conscience. Un jour j’ai réalisé que je ne me reconnaissais pas (plus ?) dans ce moule, dans ces cases, dans cette « norme » et ce chemin que la société avait tracé pour moi. Faire des études pour avoir un bon travail, rencontrer un gentil garçon, me marier, jurer fidélité devant un Dieu qui ne me parle pas pour se tromper dans quelques années, divorcer, pourquoi pas. Être jolie, épilée, bien habillée, sexuellement disponible, mais surtout pas avec quelqu’un d’autre que mon copain. Vivre dans la contrainte d’un modèle de couple dans lequel je me sentais à l’étroit, et qui ne me proposait que peu d’alternatives. Je voulais faire mon propre cheminement, avoir le choix de ma sexualité, mes pratiques, mon ouverture sentimentale. J’ai rencontré des gens, j’ai lu, j’ai échangé, j’ai expérimenté. Et j’ai construit mon modèle, selon mes envies, mes valeurs, mes besoins. Ce modèle ne m’a été imposé par personne, il est souple, en constante évolution, parfois difficile à comprendre pour les autres. Je le construis encore, au quotidien, avec celui que j’aime, avec ceux qui m’entourent, avec ce que la vie m’apporte.

Mon féminisme est né d’une prise de conscience. Mon corps m’appartient, j’en fais ce que je veux. Je me fais tatouer, et oui ce sera visible, et étendu, et je l’assume. Je fais des photos nue, parce que je trouve ça beau, parce que je n’ai pas de tabou concernant ma nudité et qu’il n’appartient qu’à moi de décider à qui je montre mes fesses et mes seins, parce que je considère que l’intime, c’est bien plus qu’un bout de peau. Je porte des jupes et des talons si ça me chante, et tant pis pour ceux qui trouvent que c’est provocant. Je porte des jeans, et des chemises, et je coupe mes cheveux, et tant pis pour ceux qui trouvent que c’est pas assez « féminin ». Je parle de cul parfois trop fort, je bois, je couche avec des gens que je ne rappelle pas le lendemain, j’expose mes idées même si tout le monde n’est pas d’accord, je suis incapable me contenter d’être « jolie et tais-toi ».

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Mon féminisme est né d’un départ à l’étranger, et de la découverte d’une réalité différente. Parce qu’à Montréal, c’est rare qu’on vienne t’aborder dans la rue parce que « t’es bonne salope« , qu’on n’a pas peur de rentrer seule le soir, qu’ici l’égalité entre hommes et femmes est beaucoup plus concrète qu’en France, que l’apparence a moins d’importance. Que ce sont plutôt les filles qui draguent, qui mènent la danse. Qu’on ne se sent pas autant jugé sur ses choix de vie, son look, sa sexualité. Que j’ai pris conscience de ce qui se passe en France, que même si tout n’est pas parfait ici, il y a quand même un grand pas à faire.

Mon féminisme est né de nombreuses prises de conscience. Comprendre ce qu’est la construction du genre, comment on nous inculque une notion de ce qui est plus « féminin » ou « masculin », alors que ça n’a que peu de valeur réelle – que l’impact qui en découle sur les relations interpersonnelles et la société ; comment on nous impose une « norme » qui n’est qu’une construction sociale, issue d’une évolution de plusieurs centaines d’années certes, mais que rien ne nous oblige aujourd’hui à accepter. Découvrir comment la société/l’Église ont doucement « imposé » la norme du mariage hétérosexuel romantique et exclusif  pour (entre autres) contrôler la sexualité des populations et brider la liberté des femmes. Expliquer la colère qui me rongeait doucement lorsque j’étais ado et que je me faisais mater par des « vieux » de 40 ans – d’où venait ce « droit de regard » sur mon corps ? Accepter qu’un homme puisse aussi être « faible », décrocher de ses responsabilités d’homme et délaisser sa « virilité » – parce qu’homme ou femme, on est tous faits pareils, nous sommes des êtres humains aux personnalités diverses. Avoir honte de cette France conservatrice, de ceux (même des gens proches) qui refusent de reconnaître le droit à TOUS d’être parents.

La chose la plus importante que j’ai comprise, c’est qu’il n’y a pas UN féminisme. Et qu’on n’a pas besoin d’avoir besoin du féminisme pour partager ses valeurs. Les combats et les sujets de réflexion ont évolué avec la société, et continueront d’évoluer en fonction de ceux qui relaient ces idées. À mon sens, le féminisme devrait être l’affaire de tous, et pas seulement d’une poignée de militantes qui l’incarnent à leur façon.

Je suis féministe. Je suis pour la liberté de choix, l’égalité des chances, l’apprentissage du respect de l’autre et de soi-même. Je suis contre le sexisme, la soumission à la « norme », la loi d’un modèle patriarcal sans fondement. J’aimerais que tout le monde, hommes et femmes, filles et garçons, aient la liberté d’être et de grandir comme bon leur semble, avec la possibilité et la capacité de faire ce choix en conscience, en sachant respecter ceux qui les entourent en tant que personnes. Je crois qu’il ya encore beaucoup de chemin à faire même dans nos sociétés occidentales, que le féminisme n’est pas réservé aux femmes, et ne concerne pas que le droit de celles-ci, mais bien la liberté de tout le monde.

Voilà pourquoi je suis fière aujourd’hui de dire « je suis féministe ».

Photo moustache par Oognip
Photo de Simone de Beauvoir nue, par Arthur Shay
Intime & Réflexions

être loin.

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Alors qu’on se retrouve catapultés en plein hiver en 48 heures à base de neige et de ressenti -12°C, je réalise le temps qui passe, doucement, mais sûrement, et au delà du temps, la distance qui me sépare de « chez moi ». Chez moi. Cette expression prend un sens étrange lorsqu’on vit à 6000km de là où on est née, séparée d’un océan. Jusqu’ici, je crois que je n’avais pas complètement pris la mesure de ce qu’implique l’expatriation, mais ces derniers mois m’ont fait réaliser à quel point je suis loin. Pourtant, chez moi, c’est ici, et chaque jour plus que jamais.

Être loin, c’est une notion du temps toute particulière. J’ai parfois l’impression que si les jours s’écoulent pour moi ici, il n’en est rien là-bas, qu’on va se retrouver comme si on s’était quittés hier, que rien n’aura changé. Et puis on se retourne sur un souvenir et on réalise que ça fait six mois (déjà !) qu’on a pas vu sa famille, serré certaines personnes dans ses bras. Les gens continuent à vivre de l’autre côté de l’Atlantique, et ici le temps avance aussi. On s’appelle et cette histoire dont on a discuté hier est déjà enterrée, pour une autre, qui passera sûrement d’ici le prochain coup de fil. C’est étrange de regarder ces gens qu’on a présentés l’hiver dernier devenir amis, se fréquenter ; se dire qu’on aimerait aussi être là, partager ces soirées avec eux, voir leur relation évoluer indépendamment de nous. C’est aussi voir certaines personnes s’éloigner – ou peut être que c’est moi qui ai doucement pris mes distances. Un jour on se texte chaque semaine, et puis soudain, ça fait deux mois qu’on a pas vraiment parlé. Les départs et la distance brisent des amitiés, c’est un fait. Pourtant, il y a celles et ceux dont on s’est rapprochés, ceux qui sont venus voir, ceux qu’on aimerait voir venir s’installer ici, pour vrai.

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Être loin, c’est cette distance physique, aussi. Je rêve beaucoup de la France, en ce moment, je rêve que je rentre, que je vois certaines personnes, mes amis, ma famille, que j’emmène un barbu Québécois découvrir mon pays. Je rêve que j’ai pas le temps de voir tout le monde, que je dois sélectionner. Je me mets à devoir choisir ceux qui comptent vraiment, et il suffit de quelques doigts. Le réveil sonne, je suis toujours à Montréal et je n’ai pas encore de date pour mon prochain séjour. J’ai des envies qui fourmillent mais l’incertitude qui m’accompagne depuis des mois retient toute décision. J’espère secrètement avoir de la visite cet hiver, parce que je voudrais partager comment c’est beau sous la neige, et les convaincre que le froid c’est pas si pire.

Être loin, c’est pas pouvoir être là – physiquement – pour ceux qui passent des périodes difficiles et leur dire d’appeler quand même, à n’importe quelle heure, même pour des conneries – on essayera d’être là. C’est penser que mes deux grand-pères vieillissent, que pour la première fois de ma vie, je ne passerai pas Noël avec ma famille, qu’on ouvrira pas les cadeaux autour d’une coup de champagne après un ciné – que peut être j’aurais pas de cadeau, parce que la Poste c’est pas le Père Noël. Être loin, c’est ces soirs où on irait bien faire un câlin à sa meilleure amie, préparer des madeleines au chocolat, boire du thé-hippie et s’endormir dans la chaleur d’un petit appart parisien – comme avant.

Sauf que c’est plus comme avant. Pour rien au monde je ne rentrerai vivre en France, mais à l’arrivée de l’hiver, il y a comme un doux parfum de mélancolie. Comme la prise de conscience que c’est pas si facile, qu’on sera peut être séparés pour toujours par un océan et 6 heures de décalage horaire. Qu’on vit dans des réalités parallèles, des quotidiens plus si semblables, qu’on évolue aussi.

Je n’ai aucun regret, aucune envie que ce soit autrement. J’ai fait mon choix, en conscience, en écoutant mon coeur. Faque cette année, alors que je fêterai Noël ici avec mes amis, alors qu’on sera en famille – cette famille recomposée, parce qu’on a tous choisi Montréal, parce que ma famille, ici, c’est eux – j’aurais une pensée particulière pour tous ceux que j’aime et qui sont loin.

Parce qu’après tout, être loin, c’est juste une question de perspective…montreal-parc

les jolies photos viennent du instagram du barbu Québécois qui partage mes nuits : http://instagram.com/dany.prend.des.photos

Intime & Réflexions

avec des si

couleurs-montreal-squqre-st-louisIl est doux, ce début d’automne. Doux comme un déjeuner sur le balcon au soleil, comme porter une jupe qui vole pour aller magasiner sur Sainte Cath, doux comme me réveiller beaucoup trop souvent le nez dans son odeur, et y prendre goût. Ya les hauts, et les bas, pourtant. Les matins sourires et les après-midi qui sans raison donnent soudainement l’envie de se rouler en boule sous la couette, protection pour pas mordre les mains qui se tendent vers vous, attendre, en silence, que ça passe. Le moral aussi fluctuant que les températures, les 25°C soleil ressenti 30 qui se transforment en pluie vent 8°C bonnet gant et manteau à la fin de la semaine. C’est les tas des feuilles dans les rues qui grincent sous les pneus du vélo qui grince. Les soirées à découvrir de nouveaux bars dans le coin, boire pour rire, sourire, pour oublier demain, puisqu’on peut pas faire de plan. Les journées pour prendre l’air, respirer loin de la ville, regarder les arbres se teindre doucement.

Octobre. J’écrivais il y a quelques mois à quel point je t’aimais, Montréal, à quel point cette ville me fait sentir at home, au bon endroit, au bon moment. 9 mois et la situation, malgré les joies, les espoirs et les tentatives, n’a finalement pas évolué. Je suis à nouveau à la recherche d’une job, à temps plein, pour pouvoir lancer enfin ma demande de résidence permanente. L’évidence Montréal reste la même, si ce n’est encore plus appuyée par ces derniers mois, par cet été trop long et pourtant, par cet automne sublime, par ce Québécois barbu qui accompagne mes jours et mes nuits.

dejeuner-balconJe me dis parfois, « et si ». Et si j’avais cherché, à l’époque, si j’avais su qu’il restait des JP, si j’avais trouvé une autre job. Avec des si, je pourrais avoir lancé ma RP, on pourrait avoir un pont Champlain qui ne s’effondrera pas et des arbres qui restent rouges même en hiver. Qui sait, ce serait beau le mélange des couleurs et du blanc. J’ai pas hâte, un peu, peut être, j’espère que l’hiver sera doux, très neigeux, mais pas trop long.

Je me dis parfois « et si », mais si j’avais, j’aurais pas traîné sur les internets tard le soir et parlé jusqu’à pas d’heure de reptile en slip rouge avec ce joli garçon. Mais si j’avais, je serais sûrement pas sortie le rejoindre à minuit passé pour une bière, ni la suivante, ni. Mais si j’avais, j’aurais pas profité autant de mes amis cet été, pas visité le Saguenay et Charlevoix, et pas vécu ces nuits à rêver aux étoiles sans se poser de questions. Si j’avais, j’aurais peut être pas le même regard sur le monde, pas tracé ce tattoo sur mon épaule, pas passé autant d’heures à rouler dans les rues de Montréal le nez en l’air, pas eu toutes ces découvertes, ces envies, ces idées, ces projets que j’attends juste de pouvoir éventuellement lancer.

On y croit, maintenant, que tout ça n’était pas inutile, que ces mois passés n’ont fait que repousser l’échéance, que je vais trouver une job pour de bon, y arriver à avoir cette foutue RP, et pouvoir enfin faire des projets, savoir où je serais dans quelques mois, respirer un peu.oka

 

Intime & Réflexions

les cicatrices invisibles

tatouage-la-gueuseJ’avais dix-huit ans, la première fois. J’avais dix-huit ans, et en moi comme un besoin, une évidence, marquer ma peau pour tracer cette cicatrice invisible, dessiner la trace d’une blessure intérieure, un secret bien enfoui. J’avais dix-huit ans, et c’était un oiseau, pas parce que c’est joli, non, parce que Swallow. Parce qu’Ello, avec deux ailes, parce que je voulais jamais oublier, pour cautériser enfin la plaie de cette adolescence brûlante et douloureuse.

Une hirondelle.

J’ai mis huit ans, pour la seconde fois. Huit ans pour savoir qui j’étais. Huit ans pour ressentir à nouveau l’évidence, le besoin, et savoir, précisément, ce que je voulais. C’était en Septembre et on venait de se dire au revoir, et j’avais décidé de tout quitter pour revivre ailleurs. Ça faisait mal, peut être un peu moins que toutes ces fois où on s’était blessés toutes ces années, plus ou moins sans le vouloir, lorsque j’ai soudain pris conscience. Depuis toute petite, cette phrase qui tourne et vire dans ma tête, depuis toute petite cette histoire si belle, si poétique, et ce passage – peut être pas le plus connu, peut être pas celui que tout le monde aurait choisi. La citation n’est pas exacte, mais c’était comme ça qu’elle était gravée en moi, avec la voix de Gérard Philippe et ce petit garçon. Et puis des lignes. Des lignes pour marquer l’évolution, de cette adolescente torturée, blessée, de ce que j’étais, à ce que je suis, à ce que je serai. Des lignes, parce que huit ans pour m’épanouir, parce l’hirondelle avait pris son envol, parce que, enfin, je décidais d’être libre.

Et les épines, à quoi servent-elles ?

Montréal. Des rencontres. La liberté. L’équilibre. Montréal, ces personnes dont on croise le chemin et qui nous font prendre conscience de ce qu’on est au fond, ce dont on a besoin, ce qu’on cherche au mauvais endroit depuis si longtemps. Une évidence à nouveau, une ligne, pour la continuité, droite pour l’équilibre, graduée car on continue, toujours, à grandir, et surtout, près du coeur.

#26

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Et puis le dernier. Je ne voulais représenter que l’abstrait, un concept, un flirt avec quelque chose d’extrêmement intime. Expliquer ce sens là, c’est difficile, dire que oui, c’est du bonheur, c’est cesser de se poser des questions, se sentir libre, exister dans l’abandon. Des lignes griffonnées, un enchevêtrement de fils qui se délient, la nuque – je ne me suis plus cachée.

Lâcher-prise.

C’est des rencontres. Celle qui à Bordeaux m’a comprise, et a mis sur ma peau la couleur qui m’imprime, les gribouillis qu’on prend pour ce qu’on veut, les lignes. Le dessin s’est créé de lui même, sur les formes de mon corps, la courbe d’une épaule. C’est cette autre, qui a trouvé comment intégrer un nombre pour ne le rendre visible qu’à ceux qui savent lire au travers. C’est ce récent coup de coeur pour une artiste au trait si délicat, la légèreté de ses dessins pourtant si complexes. Porter une pièce d’art, au delà du symbole.

J’ai eu mal, parfois plus que d’autres, à me demander pourquoi je faisais ça – à nouveau. J’ai eu mal, mais une blessure ne s’appellerait pas comme ça si elle faisait du bien, j’ai souffert comme un rite de passage, le temps d’y penser, de me remémorer pourquoi, que la douleur imprègne ma peau et et que mon corps l’accepte, l’accueille, l’absorbe.tatouage-nuqueTout doucement ces cicatrices sont devenues miennes. À chaque fois plus rapidement, oubliées dans les quelques heures qui suivent, simplement rappelées à mon souvenir par le grain de la peau, différent, et ces regards qui m’arrêtent parfois – c’est un vrai ? J’ai absorbé ces cicatrices, tracées entre mes grains de beauté, j’ai fait mienne les dessins sur ma peau comme on enfile son jean fétiche. Je ne suis plus surprise, chaque matin, de me trouver ainsi, nue, mais habillée. C’est tribal, c’est symbolique, c’est esthétique, c’est ma peau, ça fait partie de moi. Mon identité illustrée graphique, on aime ou on n’aime pas, ça n’a pas d’importance, et je n’ai pas souvent de réponse à la question « c’est quoi ».

Des cicatrices invisibles. Une trace de mon histoire. Des morceaux de moi.

Je suis tatouée. Je suis marquée, par la vie, par le temps qui passe, par l’expérience, les découvertes, les voyages, par ce que j’ai vécu et qui font ce que je suis. Désormais, ces cicatrices ne sont plus invisibles. Et au travers d’elles, je respire un peu mieux.

 

 photos: Oognip, LDumasV, Dany. 
Intime & Réflexions · Voyages

le vent nous portera (encore)

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Cet été aura duré deux ans, up and downs, les amis, les soirées, le soleil, les chalets, et aussi la pluie, cette semaine d’automne en avance qui plombe le moral et renfile jeans et bottes. Les soucis, parce qu’on réalise qu’il faut repartir à nouveau en recherche de boulot, parce que le compte en banque se vide plus vite qu’il ne se remplit. Et le manque, implacable, celui qu’on a pas vu venir, celui qui te coupe les jambes et te bouffe toute envie de bouger, manger, dormir. Les nuits à tourner. Les larmes qui montent parfois. Le goût de rien.

Et puis on y est. On a beau en avoir parlé, avoir imaginé ce moment, 10 fois, 100 fois, on sait pas trop bien ce qui va se passer, finalement. Ya cette jolie robe qu’on porte pratiquement jamais, même s’il fait bien trop froid pour la saison. Ya un hall d’aéroport, rempli de monde qui se retrouve, qui attend aussi, beaucoup, fucking série noire ou retour de vacances, la moitié des vols est annoncée comme retardé. Ya ces pas qu’on fait d’un bout à l’autre, le ventre qui se serre, le coeur qui bat trop vite, l’ascenseur émotionnel qui appuie sur tous les boutons, ça monte et ça descend, on sait plus trop où se poser. Les minutes trop longues, les messages, et puis.

.

Ya plus de mots, à un moment, on a juste nos yeux et nos bouches et nos mains, et le goût que ça s’arrête plus jamais. Ya rien à dire, on a trop parlé, il faut vivre. Alors on est partis, un peu plus loin au Nord, pour retrouver le goût du sel et du vent dans nos cheveux. Quelques jours pour oublier, oublier cet été trop long, oublier l’automne qui s’en vient avec ses obligations, ses responsabilités, son stress. On y pensera plus tard. Là, on veut du présent. On veut être seuls au monde parce que c’est comme ça. Loin pour faire chier personne avec des sourires niais sur nos faces et le besoin constant de se toucher pour se dire c’est bon, t’es là, pour vrai, on se sépare plus, promis. Avoir à nouveau 17 ans.

C’était beau, le Saint-Laurent. On dirait presque la mer, tu sais, l’odeur de l’iode, je t’en avais parlé. On se croirait un peu en Bretagne, sur cette île venteuse, de gros cailloux d’ardoise qui descendent jusque dans l’eau. On a chevauché sur la plage entre les rochers ronds et sur les galets. On a grimpé cette montagne pour voir de loin, tout en haut la crête râpée par le vent et le froid, et cette nature. On s’est assis autour d’un feu de camp immense, écouté la musique jam, discuté avec des matantes en goguette dans un Westfalia. On a marché, les pieds dans le sable, jusqu’à quelque part à mi-chemin de l’horizon, et nos Vans pleines de la vase qui fait comme des limaces entre les orteils ; on a mangé beaucoup trop de fromage, de burgers et de saucisson et bu de la bière IPA ; on pris des covoitureurs – encore des Français, partout ; on a roulé roulé roulé jusqu’à rentrer sur l’île. Montréal. Retour à la réalité.

J’ai pas vraiment les mots pour raconter, et puis ya pas besoin, ya juste des sourires et le vent qui fait qu’on se sent étrangement libres. Libres et heureux.

Dis, on repart quand ?

 

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dany

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Intime & Réflexions

vingt-huit.

tibouDans quelques heures, j’ai 28 ans. Je dis dans quelques heures car si on est encore le 16 en après-midi au Québec, je suis née un 17 juillet à 2h15 du matin en France. Ce qui fait qu’ici, on était encore le 16, vers 8 heures du soir. Je vais donc changer de date d’anniversaire.

(oui cette réflexion est un peu mindfuck mais très cohérente…)

Comme souvent à l’approche de mon anniversaire, je suis prise d’un étrange blues. Je veux me persuader que non c’est pas grave de prendre un an de plus, que date d’anniversaire ou non c’est un jour comme les autres, qu’on vieillit tout le temps, que tout ça n’a pas vraiment d’importance. Pourtant, cette année encore et malgré mon état d’esprit généralement très positif de ces derniers mois, j’appréhende. Quelque mélancolie me prend doucement au ventre, et je sais que le jour J, je vais passer par toutes les émotions, pour finir au fond de moi avec cette pensée : tout ça pour ça.

Le pourquoi de cette sensation, je ne l’ai pas. On me donne bien moins que mon âge – souvent début vingtaine si on ne me connait pas – , je ne me sens pas « vieille » dans mon mode de vie – tout l’inverse – et pourtant. Je sens mes 28 ans. Pas physiquement, mais en dedans. Je sais les années, l’expérience, le temps passé. Je regarde en arrière et j’ai la sensation d’avoir déjà vécu plusieurs vies, tout en ayant encore tout à découvrir, tout à vivre, tout à réaliser. Je suis heureuse, j’ai trouvé depuis un an mon équilibre, doucement, ce que je veux vraiment, ce qui me semble bon pour moi se précise. Je ne sais pas où je serai dans 3 mois, encore moins dans un an, mais je n’ai plus peur – cette incertitude, étrangement, m’est plus confortable que le « tout est sous contrôle » qui rassure beaucoup de monde. Ma seule évidence : Montréal. Montréal mon amour, Montréal ma belle, Montréal ma vie, mes amis, mon chat, le rythme des saisons, tout ce qui reste encore à vivre ici.

Comme ça m’arrive régulièrement je ressens à chaque anniversaire le besoin de faire un rapide tour du propriétaire. Où étais-je l’an dernier. Il y a deux ans. Plus. Je ne me rappelle pas précisément tous les gâteaux que j’ai mangé, même si c’est facile, avec ma famille c’est toujours le même depuis des années, le framboisier apporté par mon grand-père pour nos anniversaires respectifs (il est du 12 juillet), fait sur commande par sa pâtisserie à Pertuis – ce sera la même chose cette année encore, monsieur Venturini ? On l’aime, ce gâteau là, comme ces habitudes qui rassurent. Cette année, mon grand-père a eu 89 ans. Je voudrais toute ma vie fêter nos anniversaires ensemble, je ne vois pas pourquoi ça s’arrêterait – pourtant. Je me souviens de l’an dernier, des messages de quasi inconnus sur Facebook et Twitter, et des oublis de ceux que j’attendais, cette sensation étrange de ne plus vraiment savoir ce qui compte à ces moments. De cette soirée improvisée où on a failli se retrouver à deux avec la copine Maryne à danser sur Marie Gillain, et puis finalement Aurélie et son chum sont arrivés, et Nico et Carole qui venaient de faire avorter Dora. Je me souviens d’il y a deux ans, une soirée de départ aussi, quitter Paris – m’imaginais-je alors que ce serait pour partir bien plus loin que Bordeaux ? Je crois. Je ne sais plus vraiment. Je me souviens de cet été de mes 19 ans où je suis rentrée en catastrophe de Malte, mon père en colère parce que j’avais écourté de quelques jours le stage qu’il m’avait trouvé dans une filiale son entreprise. Cet été là j’étais loin encore de quelqu’un qui me rendait heureuse – si j’avais su à l’époque que ça deviendrait une habitude.

28 ans c’est juste un chiffre et j’ai la vie devant moi, mais. Il y a cette envie de voyage qui est là, et penser que les PVT ferment à 30 ans pour la plupart.  Compter les années. Il y a le bonheur de vivre au jour le jour, sans me poser de questions, et me dire qu’un jour j’aurais envie d’enfants, et qu’alors il faudra grandir. Il y a l’apparence d’être forte, ma capacité à passer au travers de situations qui feraient paniquer un tas de monde, et prendre des décisions à l’instinct sans avoir peur de l’avenir parce que bah, yaura toujours quelque chose de bon au bout du compte, et pourtant la peur stupide de m’attacher et souffrir à nouveau.

Je m’appelle Élodie, j’ai 28 ans et toujours l’air d’en avoir 18, je suis forte la plupart du temps, mais chaque année c’est pareil, pour mon anniversaire je redeviens une petite fille. J’ai beau être entourée des meilleures personnes, j’ai peur d’être déçue, j’ai peur qu’on m’abandonne, j’ai peur de grandir encore un peu.

Dis, c’est quand qu’on devient adulte ?