Intime & Réflexions

et les amours

bedJe ne sais plus dire je t’aime.

Enfin, je crois. Bientôt deux ans que je suis « célibataire ». Avec des avec et des sans, des coups de coeur, des moments tendres, des moments doux, d’autres plus violents. Des gens qui s’en vont, des qui sont loin, des qui n’iront nulle part parce que c’est comme ça – question qu’on est pas compatibles. Deux ans que je vogue d’un corps à un autre, sans jamais m’accrocher vraiment. Deux ans que je n’ai pas dit je t’aime à quelqu’un d’autre que ma famille, mes amis et mon chat. Pourtant j’ai eu des papillons dans le ventre, souvent ; je suis tombé amoureuse, parfois ; j’ai pleuré tard le soir, et eu envie de frapper dans des murs quand ça faisait trop mal au ventre. J’ai crié des mots d’amour très fort dans ma tête et sur le papier quelques fois parce que c’était vrai, sur l’instant, mais j’ai gardé tout ça pour moi parce que c’est toujours éphémère, ces émotions, parce que ça implique tellement de les sortir ; parce que je sais bien que ça prend du temps d’aimer pour de bon.

Parce qu’il y a toujours eu un au revoir.

Je vais avoir 28 ans, et à 28 ans on se case et on fait des projets de vie à deux, alors j’ai droit à cette question à chaque fois – de mes parents, mon grand-père – et les amours ? Je ne réponds rien. À quoi bon raconter les histoires qui ne dureront pas – je le sais d’avance. À quoi bon engager un espoir, prendre le temps d’expliquer, alors que je ne suis jamais sûre, que tout peut changer du jour au lendemain. Comment raconter les amours impossibles, les belles rencontres, les moments tendres, et le sexe, qui s’arrêteront au petit matin, dans une semaine, ou dans deux mois.

À ma mère la dernière fois, j’ai demandé si c’était important, qu’il y ait quelqu’un dans ma vie. Si ça la rassurerait, quelque part, de me savoir « en couple ». Que j’ai quelqu’un à qui dire je t’aime, quelqu’un qui prendrait soin de moi. Ma mère m’a répondu « c’est pas important, si tu es heureuse comme ça. » Et puis « tu as l’air d’être heureuse. Tu as l’air de n’avoir besoin de personne. Tu trouveras quelqu’un, mais ce sera pas pour combler un manque. »

J’ai pas de manque. J’ai pas besoin de quelqu’un. Parce qu’en vérité, des amours, j’en ai plein : il y a mes amis (les plus géniaux du monde), il y a Dora (le seul être vivant à qui je dis mon amour), et il y a Montréal.

#26

Voilà. C’est peut être là, le fond des choses. La réponse au pourquoi je n’ai pas réussi (mais ai-je vraiment cherché ?) à me remettre dans une relation. Parce que ma liberté importe plus à mes yeux que tous les jolis garçons que j’ai rencontrés jusqu’ici. Parce que j’ai pas besoin qu’on me sauve, pas besoin qu’on me répare, pas besoin qu’on me console, pas besoin d’un mec-béquille pour avancer. Parce que j’ai plus l’envie de cette vie là dont j’ai eu un avant-goût – vivre ensemble, acheter un appart, se marier, faire des enfants. Parce que je veux rien devoir à personne, je veux ma liberté et mon indépendance, et je chéris ces dernières plus que tout le reste – même si c’est au prix de mon « célibat ».

J’ai arrêté de croire au coup de foudre. Comme un tas de monde dans mon entourage, je ne cherche pas l’amour, ni rien de très sérieux. N’empêche, ça me dérangerait pas de tomber dessus par hasard, un peu comme on trébuche et on perd l’équilibre. C’est jamais sérieux de perdre l’équilibre. Ça fait rigoler. Ça rend un peu heureux. Je cherche rien d’engageant, mais c’est toujours rassurant de savoir que y a quelqu’un pour répondre à tes SMS tard le soir parce que « j’arrive pas à dormir ». Quelqu’un qui voudra bien partir sur un coup de tête en voyage à l’autre bout du monde – ou en week-end un peu moins loin. Quelqu’un avec qui le silence ne sera jamais pesant. De ces rencontres où tout est fluide, où chaque jour passe sans se poser de questions et où on se dit « on verra bien demain », et soudain, ça fait des mois que c’est demain, on a pas vu le temps passer, et on a toujours envie de se voir et des choses à se dire. On sait que l’autre sera encore là le jour suivant, et tous les jours d’après. On a pas besoin de se le dire, c’est une évidence. Quelqu’un à qui peut être je pourrais dire je t’aime sans avoir peur que ça nous enferme et nous détruise. Et y croire cette fois-ci, sans date de péremption.

Intime & Réflexions

oiseaux de nuit

Klo écrit que la lune est pleine et remplie de corbeaux. Cette nuit la lune est pleine et remplie de mes mots, l’air chargé d’humide et la pluie qui ruisselle sur les feuilles de l’arbre. La ville respire au ralentit, slow motion sous l’orage nocturne. Respiration.

Je rêve.

Je rêve à tatouer mes bras de lignes et de mots, des traces sombres sur ma peau claire, des dessins d’enfant cicatrice entre mes grains de beauté. Je rêve de voyager, loin, ou juste ailleurs, prendre un avion ou un train ou juste la route et suivre cette ligne blanche jusqu’à ce qu’on arrive au bout – mais il est où, le bout, ya-t-il une fin à cette route – et vraiment, est-ce là le but du voyage. Je rêve que l’Océan soit moins large, et parfois non. Je rêve à me perdre encore dans ces nuits troubadour ; me trouver dans des bras anonymes, respirer le parfum de ces presque inconnus, la senteur de l’intime ; et j’aimerais revoir cette fille aux cheveux d’ambre. Je voudrais fermer les yeux et écouter la musique bruisser jusqu’au bord de mes pores, jusqu’au fond de mon ventre, s’enfoncer va et viens comme une danse indécente ; absorber les beats pour devenir l’instant ; exutoire fantastique. Je voudrais me fondre quelque part entre la fin de la nuit et le point du jour, oublier la fatigue, et redécouvrir le monde au premier jour des lueurs de l’aube – vue d’une terrasse du Mile-End. Je.

Alors le jour. Dans nos yeux fatigués se reflète le soleil. On voudrait se reposer quand on sera morts mais les corps las les pieds brûlés la redescente – et le retour à la réalité. Il est 6 heures, Montréal s’éveille. Il est temps pour nous d’aller se coucher…

Intime & Réflexions · Voyages

deux semaines

air-transat

Voilà, je suis en France. Non, c’était pas prévu, c’est pas non plus un souci de Visa, ni un retour définitif (ouf). Ma maman a eu un accident de vélo lundi dernier – un accident stupide d’enfant qui s’amuse avec ses copines, une chute version soleil, un voyage en camion rouge avec de jolis pompiers, un passage en chirurgie. Bassin fracturé, poignet cassé, immobilité forcée, plusieurs mois de rééducation à venir, et un voyage prévu au Québec en Mai pour me voir reporté jusqu’à nouvel ordre. J’ai reçu le texto de mon père, et puis j’étais là le ventre serré et puis on s’est parlés au téléphone. J’ai vu ma mère sur un lit d’hôpital, coincée. J’ai imaginé ma mère immobilisée, et comment ça devait la rendre dingue. J’ai senti comme elle devait être triste et en colère de pas pouvoir me voir.  J’ai pas trop réfléchi. J’ai pris un billet d’avion pour dans trois jours, et je suis rentrée. Puisque ma mère ne pourra pas venir à Montréal, c’est Montréal qui viendra à elle.

Deux semaines, comme une éternité. J’ai prévenu mes amis, vu en coup de vent ceux qui vont me manquer, pensé fort à ceux que je pouvais pas voir. J’ai prévenu ma coloc, changé la litière du chat, fini d’installer Albert le nouveau lave-vaisselle, fait le chèque du loyer, envoyé mes impôts, payé mes factures. J’ai mis des robes et des sandales dans ma valise, et pris beaucoup trop de fringues que je porterai pas, comme d’habitude, en me disant que ça me limiterait en shopping (comme d’habitude). J’ai texté les copains de France et pris des billets pour Paris – pour voir les amis, ceux qu’on a vu à Noël, ceux qu’on verra cet été, ceux qui disent « on viendra te voir » et qui n’ont pas l’argent/le temps/autre et dont on a arrêté d’espérer la visite ; et puis deux jours pour aller mettre mes pieds dans l’Océan et respirer l’air iodé, parce que ça fait bien trop longtemps.

depart-montreal

Alors voilà. Je suis chez mes parents. Je sais pas si c’était le truc le plus sensé à faire à ce moment mais c’était la seule chose dont j’avais envie, la seule chose qui me semblait à faire dans ces circonstances, une évidence. Le vol a été long. L’attente à l’aéroport a été longue. J’ai eu envie de m’endormir, plusieurs fois, malgré la douche et le café, et je me suis endormie – pour pas longtemps, parce qu’il fallait partir à l’hôpital, en moto pour éviter les embouteillages, même que j’ai cru que j’allais tomber tellement j’étais fatiguée. Et puis je suis arrivée avec mes 7 heures de vol et mon jetlag dans la gueule, et j’ai vu le sourire sur le visage de ma maman, ce sourire au dessus des draps bleus, dans cette chambre franchement pas joyeuse, avec cette vieille dame quasi momifiée juste à côté, et j’ai su que j’avais bien fait.

C’est bizarre d’être là. Partie si vite que j’ai pas eu le temps de m’y préparer. Deux semaines loin de Montréal, loin de mes amis, loin de Dora, loin de ma vie. Ils me manquaient déjà avant même de partir, et je sais que je serai heureuse de rentrer, en attendant, je profite d’être là. Ici, comme toujours, la sensation d’être partie hier, que rien n’a changé. Ici, les arbres verts purs, le ciel bleu, le soleil pour chauffer mon visage. Ici les pubs avec Tony Parker pour vendre des voitures et Tony Parker qui sort sa ligne de vêtements. Ici le Sud, les gars en full-look survêt’ et les filles trop maquillées, les gens qui parlent fort, les magasins bondés où on te dit pas bonjour. Ici la bouffe qui a du goût, le vin pas cher, les restos pieds dans l’eau, vu sur Marseille. Ici la France. Ici mes origines.

niolon

Je parle beaucoup trop de Montréal. Je dis « au Québec on », et je m’en veux d’avoir repris trop vite mon accent et mes expressions françaises – même si parfois j’hésite sur un mot, me disant qu’ils ne vont pas comprendre. J’ai envie de dire à ma mère et à ma famille d’arrêter de me demander si j’ai un copain, parce que non. J’ai envie de dire à mon père qui fronce les sourcils sur l’achat d’un lave-vaisselle alors que j’ai pas de boulot que non, y a pas à s’inquiéter. De leur raconter ma vie, la vraie, ma liberté, comment chaque jour qui passe est plein de surprises et de petits bonheurs, comment beaucoup de choses ont été bousculées mais que c’est bien. Je suis chez moi comme en jetlag, lieux familiers, rien n’a changé, et pourtant tout. Ce tout en dedans, ce tout bien plus profond, ce qui me fait, moi.

Deux semaines.

aix

Intime & Réflexions

les imperfections (ce qui est beau)

C’était un soir et il neigeait alors que le jour d’avant il faisait 27°C et qu’on s’était pris un orage sur la tête – mais c’est comme ça à Montréal, tu sais, la météo elle est toute croche en ce moment, on sait plus comment s’habiller  ça a pas d’allure -, j’écoutais la playlist 8tracks vraiment coule que m’a fait découvrir ma coloc en écoutant la neige tomber sur les fenêtres et en me disant qu’Andrew Bird c’est vraiment bien, que je suis frue de pas avoir vu Half Moon Run en concert – vraiment -, et que le chou-fleur ça pue – parce que j’ai fait du chou-fleur. Et puis y a quelqu’un qui a liké une vidéo partagée par quelqu’un d’autre sur Facebook – tu sais les petits news dans la colonne de droite, où c’est écrit « machin a liké le status de truc » et « bidule est maintenant ami avec chose » – et puis c’était cette vidéo.

Alors c’est du Queb’ et vous allez pas tout comprendre sûrement, mais c’est beau. C’est beau parce que cette langue elle me caresse l’oreille, et plus encore, n’en déplaise à ceux qui trouvent cet accent dégueulasse, moi j’adore sa musique et ses expressions. C’est beau parce que c’est comme un poème, de ces textes écrits à la va vite sur un coin de carnet, une nuit où on arrive pas à trouver le sommeil. C’est beau parce que cette phrase, et la suite, et le reste.

« Parfois on oublie que c’est quand on s’trompe que c’est beau
Qu’on est vulnérable que c’est beau, c’est quand on s’trompe pis qu’on sait pas trop
C’est ça qui est beau »

J’ai jamais vraiment aimé les gens parfaits. Je déteste quand c’est lisse. Quand c’est tout plate et tout brillant, y a pas d’aspérités, pas de défauts, pas de rebords où s’accrocher le coeur et gratter un peu. Moi j’aime les gens qui sont capables de montrer leurs faiblesses – les petites, les jolies, les moins jolies, celles qui font d’une personne ce qu’elle est, un caractère en relief avec tout ce qui la compose. Moi j’aime les petits défauts, les trucs un peu croches et maganés. J’aime gratter la couche supérieure pour voir ce qu’il y a dedans, ce qui se cache sous le vernis, sous les apparences qu’on se donne, la première fois, et peler doucement les couches pour m’attacher à ces choses-là plus fragiles.

J’aime pas les premières fois. On essaye tous – plus ou moins consciemment – de se montrer sous ce qu’on croit être notre meilleur jour, de paraître plutôt que d’être, de jouer le rôle qu’on pense que l’autre voudrait nous voir jouer. On se pare, on se maquille, on enfile le costume trois pièces et les talons qui vont bien ; c’est que des apparences vous me direz ; et puis on se glisse dans la peau d’un nous démembré, un nous amputé, un peut-être-même pas nous.

Je crois que je suis un peu trop intense, là-dessus. Intense voir même intolérante, parce que je suis une nazie du naturel. Pas du naturel genre venez comme vous êtes-pas lavés-débraillés-poilu, non. Nazie comme je déteste découvrir plus tard qu’en fait, la personne que j’ai rencontré la première fois, bah, c’était pas elle. Un ersatz pseudo-amélioré. Un truc calculé pour me séduire. Surtout si ça a fonctionné. Je veux dire, oui, on est tous plus ou moins nous-mêmes, la première fois, évidemment qu’on montre pas tout, qu’il ya le politiquement correct, qu’il faut protéger les apparences, qu’on s’adapte au contexte et à l’interlocuteur et qu’on crie tous intérieurement « aimez-moi ». Mais je crois que la sincérité paye. Je crois qu’on devrait tous être capables d’assumer la part croche de notre nous-même, et pas jouer un rôle – juste choisir les morceaux qu’on va dévoiler, pas (se) mentir, pas feinter.

Au fond, je sais très bien que c’est impossible, mon affaire. Ya qu’à voir comment du jour au lendemain quand on quitte quelqu’un qu’on a aimé on a l’impression que c’est une autre personne – alors qu’on se connaissait par coeur ; et comment mes anciens collègues avaient une vision de moi assez déformée – comme quoi on a des masques et des costumes pour chaque rôle qu’on tient, chaque période de notre vie, chaque pièce à jouer. Je suis la première à m’habiller pour afficher une part de moi qui m’arrange dans un contexte particulier. Ce blog ne s’appelle pas The Stage Door pour rien. Mais je crois pas que j’ai déjà déçu des gens – je suis moi, en entier, dès le départ – un peu intense, un peu too much, un peu grande gueule, un peu chiante, mais c’est moi. Ce que tu vois plus tard, c’est juste parce que t’as eu envie de peler l’oignon, de gratter – et que j’ai laissé faire un peu – et parfois ça fait peur, et parfois ça semble incohérent avec le reste, et non j’ai pas toujours autant confiance en moi que ça en a l’air. Je crois que depuis Montréal, j’apprends à moins feinter, à moins me cacher, à assumer qui je suis et mes idées. Mais je sais pas comment ils font, les gens qui jouent un rôle tout le temps pour paraître bien, pour se faire aimer, pour coller au moule dans lequel on leur a dit d’entrer ; je me demande s’ils arrivent à gérer avec ce qu’ils sont en dedans ; s’ils sont en accord avec eux-mêmes ou si les apparences finissent par les bouffer ; s’ils seront capables de vivre toute leur vie en représentation ou s’ils vont finir fucking schizophrènes. Je me demande comment font ces filles qui se remaquillent le matin avant que leur mec ne se réveille, qui sont toujours parfaitement épilées, qui se montreront jamais en mode grumpy. T’es pas fatiguée de jouer à la poupée ? Je me demande comment font les gens qui cachent savamment leurs infidélités. Tu fais comment pour mentir à la face de celle/celui que t’aime ? Je me demande à quel point la société et les apparences nous polissent, nous formatent, poussent à se soumettre, à vivre cachés.

elle0020_oognip

Je vis dans un monde idéal où on pourrait tous juste être nous mêmes. Peut-être qu’à Montréal on a un peu plus cette possibilité. Peut-être que faut apprendre à vivre avec soi-même avant d’être capable de l’assumer devant notre entourage. Peut-être qu’on est tous des oignons bien habillés qui essayent tant bien que mal de se rendre heureux en cherchant l’approbation de leurs choix dans le regard des autres. Peut-être qu’accepter de pas être parfait, de pas savoir, de pas rentrer dans des cases de magazines, c’est compliqué.

J’ai plein d’amis pas parfaits, plein d’amis qui ont du mal à croire en eux, parfois, et j’ai envie de dire t’es beau, regarde, t’es beau avec toutes tes égratignures et tes doutes et tes hésitations, t’es beau avec tes cicatrices, tes larmes que tu caches, ta peur de pas réussir et de pas être aimé assez, c’est touchant d’être flou comme ça et oui je vois toutes ces traces en dessous de ta peau et je t’aime fort tu sais, je t’aime en entier avec toutes tes fêlures, et on devrait aimer que comme ça, toujours. Mais arrête de douter. Arrête d’avoir peur. Arrête de te comparer, de rêver de trucs comme dans les films et de trouver des raisons de ne pas y aller, et fonce, et tant pis si ça marche pas, au moins, t’auras tenté, tu te seras donné une chance, tu auras fait un choix, et tu pourras être fier de toi pour ça, d’avoir avancé avec toutes ces casseroles et ces doutes que tu te trimballes parce que t’es humain et que c’est comme ça, et d’avoir tenté malgré toutes les chances que ça rate, et n’aies jamais de regrets, parce que c’est aussi en se cognant aux murs qu’on apprend à vivre.

Mais je dis rien, souvent, je m’énerve toute seule à voir ces gens là que j’aime pas réussir à s’aimer et rien pouvoir faire alors que c’est juste . Et je dis rien, parce que je suis très forte pour faire ça en amitié, aimer sans conditions, et très nulle quand il s’agit d’amour. Alors je me tais. Parce que je suis pas parfaite, moi non plus…

– photo de pas ma main, par Vincent
Intime & Réflexions

Avril

montreal-110°C. Ça parait pas comme ça, mais c’est comme une transition brutale. La ville transpire. Les trottoirs dégoulinent de torrents de flotte grise et chargée de calcium, les petits cailloux s’effritent sous les semelles, emportés par le flux et reflux de la fonte, coincés entre deux flaques, glissés dans les ornières du ciment détrempé.

La ville pue. C’est l’odeur de la décongélation, comme un frigo trop plein après que l’électricité ait été coupée. C’est le parfum de l’eau qui s’accumule sur les trottoirs, entre les voitures, dans les parcs. Les relents d’une ville qu’on avait perdus pendant quelques mois – essence et gaz des moteurs, poubelles, détritus, et puis ce parfum si caractéristique du béton qui réverbère la chaleur, en été.
Dans les parcs, une pelouse grise, sèche, brûlée par le gel et la neige ; les mouettes se partagent les étangs formés ça et là ; ça crie dans les ruelles pour un morceau de pain.

On avait oublié, que la ville était vivante. Presque cessé de croire que cet hiver allait finir. Qu’on allait revoir la couleur de l’herbe et délaisser un jour nos bottes et nos manteaux.
C’est pas cette chaleur lourde de Juillet, mais on s’approche de quelque chose. L’air pèse sous les nuages. Electricité dans l’atmosphère. Et cette odeur humide qui remonte du sol.

Le ciel a pété cette nuit. Des trombes d’eau pour nettoyer la neige sale, laver la ville de ces quatre mois d’hiver. On avait oublié, le bruit assourdissant des orages, on s’était perdus des mois dans le chuintement feutré des tempêtes de neige, et voilà soudain le printemps qui prend ses aises, nous balance sa saucée pour rappeler que tout hiver, si long soit-il, a une fin.

montreal-3

Intime & Réflexions

de ceux

Berlin - Memorial Juif

Dans la vie, je suis pas une anxieuse. J’ai bien mes petites peurs, comme tout le monde. J’ai peur de mettre mes doigts dans un trou de l’évier et que le broyeur se mette en marche (même si ya pas de broyeur, mais j’ai vu trop de films américains je crois). J’ai peur des algues (qu’elles m’attrapent et m’emportent au fond de de l’eau). Par logique, j’ai peur de quand l’eau est sombre, que je vois pas le fond. J’ai peur de m’avancer trop près d’un rebord très haut parce que j’ai un mauvais équilibre. J’ai peur d’être enfermée au milieu d’un tas de gens, ou dans une petite pièce, et surtout j’ai peur d’être enterrée vivante ou qu’on me mette un truc sur le visage pour m’étouffer. J’ai peur de la mer au large – quand le fond est loin et que y a de l’eau partout -, et des films comme Gravity où ils sont perdus dans l’immensité de l’espace. En fait, j’ai peur de tout ce qui se rapporte à l’asphyxie et les espaces confinés (et de la perspective où je serai incapable de bouger les jambes et les bras). Ca reste des peurs « gérables » – je prends le métro, les ascenseurs (sauf celui de chez Ludi et Clem parce que vraiment on dirait un cercueil à la verticale), je survis au milieu d’une foule complètement serrée comme à Igloofest, si je la sens pas hostile. J’évite la plongée, et les trucs potentiellement claustrophobes comme la spéléo ou même passer dans un boyau ou un trou dont je connais pas la longueur.

J’ai peur de la souffrance des autres. Enfin, peur. Disons que ça me met extrêmement mal à l’aise. Je peux pas regarder de films comme Saw, et je suis capable d’imaginer le pire d’une scène où rien n’est montré mais tout suggéré. J’ai pas été voir 127 heures parce que le principe même du gars qui doit s’auto découper le bras pour s’en sortir me met mal. Alors le type qui se coupe la jambe à la tronçonneuse, je t’en parle pas. Ce qui m’a le plus dérangé dans la scène du viol d’Irreversible, c’est les bruits. Je voulais qu’elle se taise, parce que le son, c’est le truc qui passe le mieux ce genre de stress et de tension. 

Intime & Réflexions

nocturne

-post écrit le 22 janvier-

Aller viens, on frissonne un peu, pas parce qu’il fait froid – même si – non, pas pour ça. Fais le silence en toi, il est tard, ou tôt, c’est un après midi, qu’importe, laisse toi emporter. Mets tes écouteurs, ou les enceintes bien fort, il faut qu’on l’entende clair, la musique, que chaque touche qui résonne se fasse un chemin jusqu’à ton oreille interne, et puis ta poitrine, et se scelle dans ton ventre; que tu puisses percevoir jusqu’aux respirations des gens dans la salle – ceux qui toussent, ou se grattent la gorge, et les froissements – c’est pas qu’ils sont malpolis, mais c’est comme si leurs bruits spectateurs faisaient un peu partie du morceau – pour donner un peu d’humanité à la sonorité du piano. Il faut que tu écoutes aussi les grincements des pédales, l’effleurement des doigts sur les touches, ailleurs le son de la tape qui grince et les cliquetis, légers, fermes, tendres, l’amour quelque part qui s’inscrit. Voilà, ferme les yeux… tu y es. Dans la musique. Entièrement.

Aller viens, on frissonne un peu parce que j’ai toujours tellement aimé le piano, et ces morceaux si doux, j’aimerais leur donner un nom – je trouve Chopin si près – Nocturnes. C’est de la musique qu’on écoute seul le soir, la nuit, au fond des draps, dans un salon allongé sur le tapis, lorsque les notes accompagnent doucement l’esprit vers le sommeil – ou ailleurs, c’est selon, selon où la musique viendra se nicher – dans nos ventres, nos têtes, nos pensées. Embrumés par la nuit qui tome et pourtant si alertes – chaque note, goutte de pluie, pas, jusqu’où ira cette course, quel est le chemin, quelle est la question.

Il est minuit, je frissonne, je le connais par coeur pourtant, avec ses bruits et ses respirations, mais la ritournelle encore une fois m’emporte sans préavis, les mots viennent.

Je disparais. À vous.