Intime & Réflexions

brille

Je ne sais pas par où commencer ce post.

Je voudrais parler de toi, de nous, de moi, aussi. Je voudrais raconter et puis pas vraiment, qu’est ce qu’il y a à dire après tout. Je voudrais dire et écrire, vider ma tête et mon coeur de tous ces maux, exprimer quelque part ces pleins et ces vides. C’est une histoire triste.

C’est toujours plus compliqué de savoir par où commencer à raconter les histoires tristes, tu ne trouves pas ?

Mon amour.

J’ai envie de te dire

Mon amour, de mes jours et de mes nuits, tu n’es plus.

Nous ne sommes plus.

Nous.

C’est difficile de raconter comment, pourquoi, un jour après l’autre et durant des mois, nous nous sommes patiemment détruits. Comment je nous ai vu perdre pied dans cette tempête invisible, comment chaque action portait un coup de plus à cette fragile embarcation, comment j’ai observé notre naufrage sans réussir à réagir correctement.

Et puis c’était quoi la bonne façon de réagir ?

Je retourne la situation, je l’observe sous toutes ses coutures, tous ses aspects, je l’analyse et le décortique depuis des mois. De mon point de vue il reste toujours un angle mort. Celui que je n’ai pas vu venir. Celui que je ne contrôle plus. Celui qui n’est pas lié à moi.

C’est difficile, de choisir entre l’amour pour soi et l’amour pour un autre. C’est difficile, de réapprendre à exister à côté de quelqu’un qui s’éteint doucement. Je brille et je flamme, et parfois, je finis par consumer ceux qui manquent de combustible. Dommages collatéraux.

Je l’ai vue, la chute. J’ai arrêté de compter les jours brûlures et les nuits à pleurer. J’ai combattu un peu, et puis j’ai abandonné.

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C’est fucké la nature humaine. Cette rage de vivre et de ressentir, et puis cette manie de s’accrocher même à ce qui nous a blessé plus que tout. Comme si, en refusant de lâcher-prise, on espérait trouver une forme de réponse, des regrets peut être, des explications, et guérir les morsures de leur venin.

On me dit « il faut faire le deuil ». Et puis « tu devrais rester seule ». « Garder les distances ». « Couper la communication ». « Tu trouveras quelqu’un qui te rendra heureuse ». Et la pire « Vous dites la même chose, finalement ».

Mes émotions s’emmêlent. De la colère parfois, de la tristesse la plupart du temps. Du déni. Et la résignation. Les tentatives de me ramener au réel m’enfoncent un peu plus par la comparaison. Je culpabilise et me juge si fort d’agir là où il semblerait que je doive juste me taire, attendre, tenter d’apprivoiser la vie sans toi. Encore et encore, je réalise que mon amour n’était pas assez fort pour te suffire, qu’il y a mille langages à l’amour, et que nous ne nous comprenons plus. Je ne peux plus partager ma tête et mon coeur, il fait froid, c’est l’automne qui frappe sur le carreau de ma fenêtre, et puis.

Je suis incapable de rester seule. La solitude embrume mon cerveau, noie mes pensées du vide que tu laisses à ma vie. Je doute et je perds le sens du tout. Me tenir occupée, toujours, chercher la tendresse et le frisson d’un regard, la douceur d’une main dans mon cou ; toujours avancer dans la tourmente, c’est comme ça que je me laisse croire que j’existe. C’est comme ça que je t’ai perdu. Alors je ne veux pas vraiment voir les amis et je ne veux pas en parler – pas encore. J’ai trop parlé, depuis des mois en boucle la même histoire infiniment. Que reste-t-il hormis l’usure ? Rien de nouveau.

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J’ai tué le hamster là-haut, rangé les plans de la vie à deux, et je me suis tue. En silence, j’attends.

J’attends que tu te retrouves, et que, quelque part sur ton chemin intérieur, ma route croise la tienne à nouveau.

 

Intime & Réflexions

la vie normale

Il y a ce client, il s’appelle M. Il est grand, brun, les tempes grisonnantes, plutôt en forme. M. a une démarche particulière, un peu voûté, un peu boiteux, le regard hésitant, un sourire timide. Les premières fois que je l’ai vu, il m’a demandé de prendre une douche avec lui. Il m’a raconté qu’il allait aux danseuses, et aux masseuses, mais que c’est trop cher finalement, et qu’il m’aimait bien. M. n’a pas de filtre. Il dit ce qui lui passe par la tête, et s’excuse après que ce soit sorti. M. a quarante et un ans. mais dans sa tête, M. est comme un enfant. Il est né croche, il dit, et il rigole. Il a beaucoup d’humour et d’autodérision, et il est vraiment gentil. Alors, quand il vient me voir, on discute. Il me raconte sa vie, un peu, sa difficulté à se faire des amis, sa famille, son appartement, sa solitude.

Ce soir comme d’habitude, on a parlé. De comment c’est de pas être comme tout le monde. Des responsabilités qu’on a quand on est un adulte, et que c’est dur de grandir. Du désordre dans sa tête. De ses difficultés à s’adapter à ce monde, et de trouver des gens avec qui il se sent bien. M. m’a dit « parfois, j’aimerais que quelqu’un puisse entrer dans ma tête, pour m’aider à me comprendre« .

J’ai répondu qu’on avait sûrement le même cerveau, lui et moi, et pas mal tout le monde. C’est juste la façon dont tout ça s’organise, qui est différente. De comment les fils se connectent. Et puis, qu’en vérité on est tous là avec nos trucs croches à l’intérieur, des cerveaux-bordels ambulants.

J’ai dit à M. Moi aussi je dois payer mon loyer, et travailler pour ça, et y a des jours où j’ai pas envie d’être responsable, je voudrais rester toute la journée dans mon lit avec mon chat. Moi non plus parfois je me sens pas adaptée à ce monde, en décalage, et c’est difficile de trouver des gens qui me correspondent, qui sont capables de me comprendre, de vivre avec moi pour de bon, de les rendre heureux. Moi aussi je doute de mes décisions, je questionne le pourquoi je fais ou ne fais pas les choses, et quand je les fais sur un coup de tête, et les conséquences, et quand je blesse du monde, et avoir quitté mon pays pour vivre loin, et tout recommencer.

Ce qui rend tout un peu plus compliqué, j’ai dit, c’est l’amour. Ce besoin d’être aimé et de partager et de pas rentrer seul, le soir chez soi. Et on dirait que si l’amour s’effondre alors le reste aussi, comme si on déposait toute la structure sur une base aussi instable qu’une relation, comme si on s’attendait jamais à ce que le truc le plus fragile qui constitue notre vie puisse vraiment se casser la gueule pour de bon.

J’ai dit au revoir à M., en le laissant déposer un gros bisou mouillé sur ma joue. J’ai nettoyé ma salle. J’ai texté les rares personnes que j’avais envie de voir. Qui avaient déjà quelque chose de prévu, évidemment. Je suis rentrée seule chez moi, où personne ne m’attendait à part Dora. J’ai pensé à tous les gens qui me relancent pour un verre depuis des semaines où je joue les sauvages en m’accrochant derrière celleux qui n’attendent pas après moi, et je me suis trouvé pathétique. J’ai pensé à mes horaires bizarres de masso-étudiante, et mes décisions de ces derniers mois, et le pourquoi j’ai choisi cette vie. Je me suis dit, ce serait si confortable pourtant de rentrer dans le moule, avoir un mari qui m’attendrait à la maison, des horaires de bureau, prendre le métro à heures fixes comme tout le monde, ces périodes où il passe assez souvent pour ne pas me geler les doigts sur mon iphone en attendant, et pouvoir rejoindre mes amis pour un 5 à 7 plutôt qu’un 10 à 2 (am). Un mari à possession mutuelle et réciproque, pas d’amant.e.s ni d’amours multiples ni de désir d’ailleurs. Une job, de bureau 9 à 5, qui me permettrait de vivre au même rythme que le monde autour, d’avoir une assurance chômage et maladie, et des congés payés, et pourquoi pas un bébé, à trente ans ça ferait du sens après tout. Un appart IKEA pour le mettre dedans, de l’argent de côté, ma famille proche de moi. J’ai pensé.

Si seulement je pouvais rentrer dans ce foutu confor(t)misme.

Si seulement mon cerveau voulait arrêter de tout remettre en question et la vie entretenir le chaos.

 

Ce soir, M. m’a offert une carte, pour l’Halloween. Dedans, il a écrit « tu prends le temps de m’écouter, me comprendre, même si ça va mal dans ma tête« .

 

Cher M.,

I feel you. 

 

Ce serait si simple, la vie normale.

Intime & Réflexions

à l’origine

Alors voilà. Je suis polyamoureuse, et bisexuelle. Ou l’inverse, chronologiquement.

Ça fait beaucoup de gros mots d’un coup, pardon.

Faque. Je vais essayer d’expliquer.

Je simplifie à bisexuelle parce qu’honnêtement (pardon pardon pardon pour celleux qui l’utilisent) les termes de pansexuel et autres étiquettes à visée inclusive m’ennuient grandement. J’ai pas la prétention d’être sexuellement/émotionnellement attirée par tous les genres, j’aime les garçons qui ressemblent à des garçons et les filles qui ressemblent à des filles. J’aime les filles parce qu’elles ont des seins des fesses des cheveux et la peau douce. J’aime les garçons parce que c’est fort parfois et sensible dedans, parce qu’ils ont des poils et des barbes et des mains d’hommes qui attrapent mes fesses différemment.

Voilà, je suis pleine de sexisme dans mes attirances, et ce serait trop compliqué d’expliquer toutes les variances, tonalités, et le reste pour justifier en quoi c’est pas pour autant sexiste. Et tu sais quoi ? On s’en fout un peu pour la suite du propos.

Je suis attirée par les filles ET les garçons depuis que j’ai commencé à avoir un univers érotique, comme une évidence. S’il y a eu plus de garçons qui sont arrivés dans mon lit, il y a toujours eu des filles dans mes fantasmes. Je n’ai jamais eu trop de questionnements à ce sujet, et par chance on ne m’a jamais reproché cette double attirance – on entend parfois qu’être bi.e, c’est ne pas être capable de choisir, c’est une crise qui passera, c’est de l’immaturité. Il y a aussi les regards concupiscents, oh, tu es bie, ce serait teeeeellement l’fun d’avoir deux filles pour moi. Et ceux qui en ont eu peur, parce que c’est paniquant de se dire que je peux avoir du plaisir sans pénis, tu comprends. J’ai souvent été la copine avec qui les filles couchent « pour voir », pour une expérience, pour un plan à trois, pour.

J’étais jamais vraiment tombée amoureuse. Pas consciemment. Pas complètement. Mais je savais que c’était là. Et si je me voyais faire ma vie (la « vraie », avec famille et enfants) avec un homme, il me semblait que quelque chose clochait quelque part. Que je ne pourrais pas me satisfaire d’un seul corps. D’un seul sexe. D’une seule peau. Qu’il y avait beaucoup trop à explorer, à rencontrer, à expérimenter pour se contenter d’aimer et de chérir une seule personne. L’aspect définitif – jusqu’à ce que la mort nous sépare – m’angoissait.

Ça a été compliqué, je l’ai souvent dit. J’ai essayé, avec plus ou moins de conviction, de rentrer dans le moule. J’étais malheureuse, mais j’étais honnête, pourtant. Je n’ai pas « trompé », pas trahi l’exclusivité sexuelle implicite que requièrent les relations de notre 21e siècle. J’ai eu beaucoup d’histoires sans trop d’engagement, aussi, et c’était bizarrement celles dans lesquelles je m’épanouissais le plus, parce qu’il ne se posait pas de question de contrôle. Et puis on finissait parfois par essayer de rendre ça plus officiel, et ça s’effondrait lamentablement.

En bref. J’ai fini par penser que j’étais pas faite pour la vie à deux. Pour le Grand Amour (note : j’y crois pas plus aujourd’hui). La romantique qui tombait facilement amoureuse a rangé ses idéaux, construit des murs bien épais autour de son coeur, et oublié le Prince Charmant.

Et puis Montréal.

C’est long et c’est court à expliquer. Il y a eu la conscience féministe. La liberté de vivre, la tolérance d’exister, d’agir, de baiser comme et qui on veut ici. Les « fréquentations », ce concept merveilleux qui n’engage rien (même concept que le dating aux États-Unis : c’est pas parce qu’on s’embrasse/qu’on couche ensemble/qu’on se voit 3 fois par semaine qu’on est ensemble avec les règles que ça implique, tant qu’on n’a rien explicité). Il y a eu une, et deux relations. L’idée que c’était possible de s’aimer, de se faire confiance, tout en ne s’interdisant rien. La possibilité de fréquenter plusieurs personnes en même temps sans se faire traiter de fille facile. Une fille. Un gars. Des amitiés améliorées. De la tendresse. Du sexe. Parfois plus. Ces différents partenaires au courant de l’existence des autres. Il ne manquait plus qu’à trouver quelqu’un avec qui construire un futur, sans renier cette liberté.

Et puis Dany. Et puis Jess. Et puis.

 

 

(à suivre)

Intime & Réflexions

scalène

poly triangle
J’ai deux amours.

Mettons quatre, avec les chats.

J’ai deux amours, puis ça fait plus peur de le dire. L’eau et le métal, il parait. Le feu au milieu.

J’ai deux amours et c’est la chose la plus merveilleuse-extraordinaire-enrichissante qu’il m’ait été donné de vivre jusqu’à présent.

Ça fait longtemps que je crois plus aux histoires d’âmes soeurs, de moitié, de Prince Charmant. Gloire au sexisme hétéronormatif de notre société. J’ai pété des murs, pour en arriver là. J’ai perdu une amie, on s’est fait du mal, on a beaucoup douté, explosé, pleuré. Et c’est loin d’être terminé. Mais criss que ça en vaut la peine.

Triangle.

Je ne suis pas une je suis multiple. Et je suis une dans ma complexité. Je ne suis pas isocèle, ni rectangle, et surtout pas équilatérale. Ça n’existe pas, les triangles parfaits. Alors, puisqu’il faut bien mettre une étiquette, j’ai choisi les pointillés pour tout ce qu’il reste à dessiner.

Au quotidien

juillet

C’est toujours difficile de reprendre le clavier lorsqu’on n’a pas écrit depuis longtemps. Je trouve. Quoi dire, par où commencer. On peut jamais rendre à l’idéal les émotions vécues, les paysages traversés, la linéarité du temps qui passe toujours trop vite, ou trop lentement.

Il était bizarre ce mois de juillet. Je me disais, il y a un an, j’ai commencé à pleurer sans raison, juste parce que mon corps saturait de toutes ces émotions avalées-pas-digérées. Il y a un an je savais pas où je serais six mois plus tard, puis c’était le chaos dans ma vie. Un beau chaos destructeur qui a mené à tout reconstruire, ou presque.

J’ai eu trente ans le 17, cette année. C’est passé comme on s’en rend pas compte, comme si je savais déjà, trente ans après tout c’est qu’une année de plus, c’est peut être et surtout le début d’autre chose. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. Et à trente, est-on un peu plus adulte ?

Il y a un an, je tombais à nouveau en amour. D’une fille.

Un an plus tard, on s’accompagne toujours dans les joies et les écueils de nos quotidiens.

Il était bizarre ce mois de juillet. Pas pire qu’un autre tu me diras, les mois de mon anniversaire amènent toujours de sales ascenseurs émotionnels, on dirait. On l’a terminé au milieu du bois, au bord d’un lac, noyés de fumée et de citronnelle pour éloigner les bibittes qui voulaient nous manger. C’était beau, si vous saviez, ce que je veux répondre à tous ceux qui me demandent « mais pourquoi t’es partie ? », je voudrais les emmener là sur ce lac miroir et sous ces ciels immenses, au milieu du vert infini. Je voudrais leur faire écouter le silence, et les cris des huards à l’aube. La douceur de l’eau qu’on pourrait presque boire. À mille miles de tous lieux habités.

Il y a quelque chose du Québec que je n’ai rencontré nulle part ailleurs. Quelque chose qu’on voudrait garder pour soi, mais qui ne nous appartiendra jamais. On est des invités, autorisés à pénétrer l’immensité des territoires sauvages à la faveur d’une météo douce et de 30 kilomètres de chemin de terre. Alors, on lâche les rames de la chaloupe, et on se tait, le temps d’une pause. Autour, la nature frémit.

Le ciel s’inverse alors.

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mastigouche-6(les photos suivantes sont de Virginie et Thomas, nos chouettes voisins-amis)

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(et celles ci de Pierre)

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Chroniques

incendies.

(Texte écrit en juillet 2005, alors que j’étais en stage à Malte, suite aux attentats de Londres, qui vient de remonter à ma mémoire. Nice, Juillet 2016)

 

Images

Et puis une explosion.

Ca veut dire quoi Blasts ?

Several Blasts Hit London. C’est écrit là, sous les images. La voix s’entend cette fois, les regards sont vers l’écran. A plusieurs milliers de kilomètres de là, l’œil d’une caméra.

Il ne savent pas quoi dire, ils répètent, et le mot, explosions, qui revient, et cet égarement. Quelque chose de déjà vu pourtant. Même si le soleil était là. Les nuages ne changent rien. On connaît l’histoire par cœur à présent.

Les regards sont vides. Sous l’hélicoptère les tentes, les ambulances, les civières. Mais il n’y a pas de corps. Pas de sang. Pas de débris. Les gens ne courent pas. Ne crient pas. Ne pleurent pas. On sait. L’histoire se répète, à présent, l’acceptation, la résignation.

Une minute de silence.

On pense, étrangement, je connaissais peut être quelqu’un… On a tous des amis, de la famille, des amis d’amis… On pense pas et si c’était nous, parce qu’on y est pas. Parce que c’est pas possible et pourtant on peut compter les rediffusions de ce même scénario catastrophe.

Pas de corps. Pas de sang. Pas de débris. Cette fois l’ombra a avalé l’horreur. Le cœur de Londres a étouffé en son sein la panique.

On ne panique plus à présent. On y croit. On sait. Il n’y a pas d’accident, ni de hasard. Il y a des hommes, seulement des hommes, et à présent des âmes muettes enfermées au fond d’un Tube…

La ville semble morte, tu dis. Elle l’est, peut être, c’est la guerre regarde. Et tout le monde se tait car il n’y a rien à dire. L’ennemi est invisible, la cible impersonnelle. Comment répondre à un aveugle qui frappe sans voir celui qu’il a choisit comme origine de son malheur ? Comment se battre contre l’invisible ? L’inconnu ? Il n’y a pas à prendre les armes. Les visages se ferment. La guerre est dans nos villes, la Mort s’y exprime en autant de noms sur des dalles sombres, et bientôt les grandes villes de l’Occident scintilleront chacune des cierges à la mémoire de leurs innocents…

Le silence. L’œil de la caméra, qui tourne. Le silence. Ces hommes en blanc, croix sang, et rien ne bouge.

La première fois, voilà l’action, des cris, des foules, la fuite, les larmes. Et puis, petit à petit, la surprise n’accompagne plus l’horreur. Celle-ci se masque en profondeur à présent. Ou peut être est ce le flegme britannique qui empêche l’explosion humaine.

A l’incapacité de réagir, et seulement attendre, faire semblant, oublier. Les livres seront réédités, il manquera deux tours, une usine. Des dalles en mémoire des trains. Et là ?

Peut-être avons nous besoin de nous rappeler que la guerre c’est pas seulement les GI à la télévision. Qu’on est pas loin de tout mais que c’est bel et bien la réalité. Qu’il n’y a pas que sous le Soleil qu’on meurt.

Les corrélations vont trop vite. Et si, et si on se dit, et si ça avait été Paris 2012 ? Un rapport. Ou peut être pas.

Hier ils faisaient la fête dans Trafalgar Square. Aujourd’hui…

Et ici, est ce que les gens vont pleurer ?

Chroniques

devenir parent(s) – ou ne pas

Il y a eu d’abord la période des prénoms, des fantasmes, un, deux, trois – je savais déjà que ce serait plusieurs. Je ressentais quelque part un jugement pour ma mère, qui s’était arrêtée après mon frère, deuxième et dernier, deux ans après ma naissance. Pourquoi tu n’as pas eu de troisième, je lui disais, oui pourquoi ? L’enfant que j’étais alors ne se tournait pas vers mon père, figure moustachue trop occupé à des « choses de grandes personnes » pour s’intéresser à mes réflexions de petite fille. Trop fatiguée, répondait ma mère, 36 ans, deux bébés, personne pour m’aider.

Je ne réalisais pas alors le courage, la patience, la force qu’il lui a sûrement fallu pour nous supporter, temps plein, nuits blanches, plus tard maison en construction, et personne autour pour la décharger. La famille absente, éloignée, fâchée. Jusqu’à mes 7 ans je n’ai eu qu’un grand père qui nous gardait parfois les week ends et nous autorisait à nous gaver de cerises rouges et juteuses à même l’arbre.

Je me disais aussi – la moi enfant et préado, pétrie d’avis péremptoires sur les choses et la vie – qu’en aucun cas je n’aurais des enfants aussi tard que ma mère. 34 et 36 ans. Pas d’allure. Chiffres inatteignables. Exception pour sa génération. Les  mères de mes ami.e.s étaient toutes plus jeunes, preuves exemplaires de la capacité à pondre un troisième « rebond« , bien souvent bébé de la dernière chance, pour éloigner le divorce ou la ligne fatidique de la quarantaine. Alors il y avait ces petits frères et soeurs qu’on gardait du haut de nos 10 ou 12 ans, gâtés de leur statut d’enfant presque unique, de petit trésor du désir, le reste de la fratrie plusieurs années devant.

Le fait est qu’hormis mes Barbies à qui je faisais vivre des aventures dignes des  meilleurs scénarios de Plus Belle la Vie – avec Action Man en guest, ma préférence allant déjà aux hommes bruns et musclés plutôt qu’à Ken gringalet-boys band – je n’ai jamais vraiment joué aux poupées, ni fait beaucoup de baby sitting, ni même eu de fascination pour les poupons en poussettes ou les petits enfants. Je me voyais pourtant devenir mère comme un ordre des choses, une nature qu’il me faudrait adopter, suivant la plupart des exemples féminins à ma disposition.

Il y a eu les premières amours. On parlait – à 15, 16, 17 ans – des prénoms, de l’âge d’enfanter, de mariage, et même de maison. À cette époque je voulais devenir architecte , j’avais imaginé et dessiné le plan d’une bâtisse chaleureuse et moderne, quatre chambres, dans laquelle nous emménagerions avec A. et nos enfants. Je voulais aussi un chien, et des poneys dans le jardin – tant qu’à rêver, pourquoi se limiter. Il y a eu Avril, pour une fille – c’était avant que la Lavigne ne fasse son entrée, et j’avoue avoir encore une petite tendresse pour ce prénom -, et plus tard Vincen pour un garçon. Sans T, à l’espagnole, d’après le prénom du père de mon amour de l’époque – pour conserver la tradition familiale qui lui avait valu d’être baptisé Edelmire, comme son grand père avant lui. Je me sentais heureuse d’hériter, pour mon fils imaginaire, de Vincen.

J’ai toujours eu du mal à décider des noms de garçon. Pas beaucoup mieux pour les filles.

Louis Dumas Veronneault

20 ans. 25 ans. En approchant doucement de la trentaine j’ai fini par dépasser l’âge que je m’étais fixé, enfant, pour tomber enceinte. Étrangement, plus la perspective de faire des enfants se concrétisait, plus je perdais l’imagination pour les jolies choses.

Je ne me souviens pas d’avoir décidé de prénom avec E. Je voulais une fille en premier, lui un garçon, et on n’était pas d’accord sur la question de se marier avant ou après. Et puis je suis partie, laissant derrière moi toute perspective de suite logique – mariage, maison, bébé. Lui voulait être père avant ses 30 ans. C’est chose faite depuis le 6 juin dernier. Il a 32 ans. C’est un garçon. Ils se sont mariés avant.

Avec mon départ – 26 ans, âge où on ne change pas de vie, mais qu’est ce qui m’arrive, suis-je bien faite pour ces choses là – est venu le temps des remises en question. Le féminisme qui s’immisce comme tant d’évidences, de pensées logiques, répondant à tous ces questionnements d’avant – comment ai-je pu tant m’égarer dans une vie qui ne me convenait pas ? Suis-je faite pour être « en couple » ? Le rêve est devenu réalité, puis s’est transformé en cauchemar, est-ce la vie conjugale qui n’est pas faite pour moi ? Ai-je réellement envie de me marier, d’avoir des enfants, ou bien tout ceci ne serait que fruit de la construction sociale, dictas de la société, pur sexisme ? Quel est le fondement de cette idée que je ne peux pas être mère sans un père, moi la femme-enfant irresponsable, éternelle instable qui a besoin d’un homme comme amarre pour me sentir assez forte ? Comment envisager un projet à si long terme alors qu’on peut, du jour au lendemain, ne plus s’aimer du tout ?

Durant une couple d’années, je fuis. Un instant je me crois si forte que je me dis que je peux avoir un enfant toute seule, la procréation n’est contrainte à aucune obligation de couple après tout, je pourrais toujours dire « j’ai aimé ton père plus que tout ».

L’instant d’après je panique. Quelle folie. Moi, mère célibataire. Avoir des enfants est-il bien nécessaire ? Ne suis-je pas complète sans progéniture ? Je peux me concentrer sur ma carrière. Voyager. Baiser qui bon me semble.

Mais la vérité sort du plus profond de mes pensées, quand je me trouve déçue d’apprendre que ce nouvel amant-amour ne se voit pas père, ou que je m’imagine fugacement en mère-double avec cette fille aux yeux rieurs.

Je voudrais des enfants. Éventuellement. Si je rencontre « la bonne personne ». Pas comme un besoin égoïste, ni une manière de m’accomplir, ni une obligation sociale, ni un état à plein temps. Un projet de vie à deux, parce que j’ai fini par comprendre ce que signifie pour moi l’idée d’être parent : la transmission des valeurs. Laisser une trace de notre amour, même si je sais qu’un jour, peut être, celui-ci peut faner.

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Il est là, dans ma vie. Il ne voulait pas d’enfants avant moi, ou plutôt, il ne s’était jamais posé la question. Les gars, dans cette société plus féministe, on leur demande pas d’y réfléchir au plus jeune âge. J’ai bousculé pas mal sa vie sans le vouloir – ce n’est pas moi qui ai abordé les sujets. Vivre ensemble. Se marier. Acheter un duplex. Avoir des enfants, deux, parce que tout seul c’est un peu triste, il trouve aussi, lui, enfant unique et solitaire. Et au milieu, le bordel auquel on ne veut surtout pas renoncer. Voyager. Découvrir. Explorer. S’ouvrir. En commençant par notre couple.

Il est de ceux qu’on ne peut s’empêcher de voir en père potentiel, et on s’amuse à imaginer l’effet combiné de nos gènes de blonds imberbes et du métissage invisible de nos origines qu’un océan sépare. Ils iront l’été en France, pour connaître d’où ils viennent, et mêler les accents, on se dit. Du côté paternel, j’ai touché le gros lot – il est écrit « grands parents merveilleux » sur le front de ma belle-famille. Plus qu’un père, plus qu’un mari, j’ai trouvé un partenaire de vie.

Mes peurs ont transité. Je n’ai plus la crainte de l’engagement, de l’enfermement, ni de la fin possible. Le hasard et les aléas, j’ai fini par réaliser qu’une bague au doigt n’a de signification que celle qu’on décide de lui donner. L’âge, j’y pense encore parfois. Au crépuscule de ma vingtaine, je ne me suis jamais sentie aussi jeune, et 34 et 36 ans font tout de suite plus de sens que je ne pouvais l’envisager il y a encore quelques temps. Je veux omettre l’idée que le temps passe et qu’il faut se presser. Je déconstruis mes craintes d’être une mauvaise mère. Ce sera le cas – qui peut se vanter du contraire ? Ces futures souches auront un papa pour la patience et le laisser-vivre, et j’imagine que j’apprendrais moi-aussi à laisser couler. Quand à l’amour – vu l’affection sans bornes que je porte à mes pensionnaires velues, je n’ai aucun doute sur le fait que je finirais par aimer ma progéniture malgré les nuits blanches.

Le moment n’est pas venu. On se dit, un an, ou deux, le temps de se stabiliser, alors que je me surprends à observer les bébés dans la rue, et m’enthousiasmer pour les grossesses et naissances des ami.e.s. Il reste une petite voix, au fond de mon ventre jamais fécondé, qui se demande timidement – et si.

Et si c’était plus compliqué. Et si ça prenait beaucoup plus de temps. Et si jamais nous étions incapables de procréer… ?

 

Post écrit durant la lecture de l’essai Les Tranchées, de Fanny Britt, sur la maternité