Intime & Réflexions

and so it is (meant to be)

charlevoix-2La vie c’est comme une boite de chocolats.

J’en aurais plein, des phrases toutes faites qui veulent tout et surtout rien dire, des citations à la con sur comment on trouve le bonheur, et let it go – ta gueule – parce que carpe diem. Ya des mecs qui ont écrit des livres sur comment on voyage pour se trouver soi-même, et pour réaliser finalement qu’on est bien dans son jardin, sous son arbre, whatever. Je suis pas philosophe, ni écrivain, ni ce genre de fille qui poste sur son mur Facebook des quotes inspirées pour faire semblant qu’elles ont trouvé une solution à la vie. J’ai pas de solution. Ya pourtant quelque chose que je peux dire, et tant pis si ça sonne quétaine – comme ce genre de vérité évidente qu’on t’assène dans les bouquins de développement personnel : le bonheur il est pas toujours là où tu l’attends ; ça fait parfois du bien de sortir de sa zone de confort pour se (re)trouver ; et enfin, une fois que t’es sorti du chemin tout tracé, ça peut vite devenir hors de contrôle – alors accroche-toi.

Tu sais pas dire quand tout a basculé – la vérité c’est que ça « bascule » pas d’un coup – on vous ment dans les films et les histoires. Dans la vraie vie, c’est comme un glissement imperceptible. Ce moment où tu sors du tout-tracé, et ça a l’air cool, et facile, et évident. T’avances, un pas, deux, jusqu’à t’enfoncer jusqu’au cou dans cette nouvelle expérience, en croyant encore contrôler la dérive, persuadé qu’au bout, ya une sortie facile.

Sauf que c’est pas comme ça. L’objectif, il change pas, mais c’est les étapes pour y arriver qui commencent à faillir. Ça commence par un premier choc, puis un deuxième, mais tu comprends pas encore ce qui t’arrive – parce que ça n’a aucun sens, aucune logique, ça ne peut pas se produire. Puis tu tombes, une fois, tu te relèves, tu avances à tâtons jusqu’à la prochaine passerelle, tu penses que c’est bon t’es sorti d’affaire là, tu vas rejoindre ce chemin que tu voulais prendre, mais non, ça ne tenait pas assez fort, ça s’effondre sous tes pieds. Alors tu repars, t’embarque sur une autre, comme un plan B, puis C, puis tu vois à chaque fois cette lumière, ton objectif qui se rapproche, et puis le mur. À nouveau. Et puis surtout, tu peux plus revenir en arrière.

Plusieurs personnes m’ont dit, à ta place, je sais pas ce que j’aurais fait. J’aurais abandonné, sûrement. T’as du courage.

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Je sais pas si j’ai du courage, je sais pas non plus toujours si je sais ce que je fais. Ya quelque chose en moi de l’ordre de la rage, de la volonté obstinée d’atteindre cet objectif, de pouvoir enfin souffler. Ya quelque chose qui me pousse en dedans, peut être aussi une forme de déni, mais dans le fond je veux y arriver, parce que ça ne peut pas être autrement. Alors j’emprunte une passerelle, puis une autre, puis la suivante, jusqu’à qu’on y arrive. Pendant ce temps ya des milliers de choses qui se passent en moi, qui bougent, mûrissent, explosent. Ya ce désir immense d’être là, d’arriver au bout.  Ya toute cette énergie qui me mobilise, ya tout cet amour qui m’inonde et cette bienveillance, et tout ce que j’ai le goût de donner en retour. Et c’est merveilleux.

Ya pas de moment où tout bascule. C’est faux. Ya des portes qui s’ouvrent, d’autres qui se ferment, des chemins à prendre, beaucoup de choses qu’on peut pas contrôler. Puis ya le reste. Ya ce qu’on croyait être des certitudes qui volent en éclats, et qui laissent la place à une réalité, une vérité, une évidence si claire et si concrète qu’on peut juste pas la nier. On désapprend la peur. On réévalue notre approche de la vie. On accepte l’injuste, l’irrationnel, la part de semi-hasard sur laquelle on n’a pas de prise.

Un jour, tu décides de sortir du chemin tout tracé, puis si t’oses et que tu pousses un peu ta chance, ça peut aller loin. Ta vie, ça devient ce gros labyrinthe, ce manège incessant, ça secoue dans les coins mais au centre, ça rend juste encore plus évidentes tes certitudes. Tu exploses pour mieux te reconstruire. Tu rejettes pour mieux ré-apprivoiser. Tu croyais savoir et tu sais plus rien, et puis à nouveau, tu sais.

Ya pas de destin, mais des milliers d’épiphanies. Ya ce chemin sinueux, tortueux, et tout ce bonheur à côté. Puis ya ce soir où tu te retrouves à magasiner des anneaux d’argent, et à vouloir y graver des mots d’enfants, des mots d’amour, des mots dont personne ne peut garantir qu’ils seront pour la vie, mais c’est pas ce qui compte. À ce moment précis, c’est simplement ce qui semble être la chose la plus évidente à faire – parce que quelque part, après avoir oublié la peur, après avoir occis les doutes, on peut enfin accepter l’idée d’être adultes. Parce que quelque part dans cette tourmente, il y a une île, un port, une ancre. Parce qu’on veut croire que ces mots là dureront toujours.

– and so it is  (meant to be).

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Au quotidien

pot-pourri

cherrios

En ce moment, j’ai beau accumuler la dose d’optimisme qui me fait d’habitude fonctionne, j’y arrive plus. C’est long, ce mois, malgré ses tout-juste 4 semaines, c’est long l’hiver, même si c’est beau, c’est beaucoup trop frette pour qu’on s’en satisfasse à l’année longue, comme on dit si bien icitte.

En ce moment, je suis tannée facilement. Tannée de tout et de pas mal de choses. C’est pas pire que le reste du temps, tu me diras, mais je suis rendue à plus supporter grand chose. J’exprime mes frustrations à mes amis et on me dit « écris, ça te fera du bien » (en vrai je parle de choses un peu moins futiles mais JUSTEMENT je vais m’exprimer ici pour éviter que ça ne devienne pire sur ces sujets futiles là).

Je suis tannée des DIY, ou Do It Yourself. Je sais pas, c’est le truc à la mode mais sérieux ça fait depuis 2010 et Pinterest qu’on y est. Fais Toi-Même ton cadre photo, colle tes posters sur un mur, pimpe ta cuisine, tes coussins, ta robe à volants, ton clavier de MacBook, transforme ton sac moche en un sac aussi-moche-mais-à-la-mode (c’est pas moi qui le dis, c’est les facheune magazines), fais-toi même tes smoothies green – waou des jus de fruits maison avec des épinards et du kale, révolution.

Je suis tannée des livetweets des Oscars/Césars/Bizarres trucs à la télé. Tannée de lire que untel aurait dû gagner parce que, et que la robe de bidule est moche, et puis tous des pourris et Xavier Dolan était même pas nominé alors on s’en fout. Anyway, je vais plus au ciné, j’ai pas la télé. Alors vous direz que je suis sûrement un peu frue à cause de ça, et vous aurez pas tort.

Je suis tannée des vidéos nulles partagées sur Facebook. Des sites clics-whores. Des Tops 100 ou Tops 10, et des « 100 photos de neige » qui font passer le Canada pour un pays inhospitalier (ce qui n’est pas complètement faux, QUI a eu l’idée étrange de venir s’installer ici à l’origine ??) (nos ancêtres étaient fous, c’est obligé). Tannée des pubs avec des couples gais (des gais hommes, hein, les lesbiennes c’est pas encore assez bien implanté), des pubs avec des femmes vieilles, grosses, ridées, rousses, noires, et j’en passe. En fait, je suis pas tannée de ces pubs, je suis tannée de lire des grands OH et AHH et BRAVO parce qu’un dude a eu les c**** (ou l’intelligence de la stratégie marketing) d’enfin montrer la (presque) réalité de la vraie vie dans un spot du Superbowl. Tiens, si vous avez du temps, lisez ce dossier chez Infopresse sur le sujet : Les gais dans la publicité, le dernier accessoire à la mode.

Parlant sexualité, je suis tannée de voir ce genre de titre d’article : « Chère fille qui veut le pain de mon chum, back off« . Déjà, chère fille qui a que ça à faire de s’essayer à de l’humour poche en copiant Rabii, occupe toi de donner de l’amour à ton chum au lieu de perdre du temps à écrire ces niaiseries. Et puis sérieux, c’est quoi cette époque où on s’octroie un droit sur son mec ou sa copine ? C’est quoi cette règle qui dit que si quelqu’un est en couple, c’est chasse gardée ? Je dis pas « trompez vous les uns les autres », ça, ça regarde seulement l’intimité de chacun, mais juste, faites confiance un peu. Si l’autre va voir ailleurs c’est pas la faute de la fille/le gars qui l’a cruisé. Il/elle sait très bien quoi faire de son entrejambe, si je puis dire. Tant qu’à faire, vas-y, tatoue lui ton nom sur le front ou mets lui un collier avec une médaille : ce mec appartient à Annie, prière de le rapporter à sa blonde si vous le trouvez.

Faut croire que je suis tannée de la presse féminine. De la mode, des tendances, des régimes « detox », de la couleur pantone, des chaussures à 4000 boules, de 50 shades partout, des boostbastille. Tannée des conneries qu’on nous enfile dans le crâne à coup de conseils mode et d’astuces déco. Je suis tannée de la énième opé de comm blogueurs, du marketing de contenu vide, de penser qu’on croit mieux vendre du shampoing ou un magazine en créant un joli site avec des vidéos qui bougent, et ce malgré la créativité. Je crois qu’en m’étant éloignée de tout ça je réalise l’inanité du truc. Je dis pas que la mode et le marketing c’est nul (crachons pas dans ma soupe non plus), juste, parfois, je regarde le concept et… pourquoi ? Puis ya cet article chez Simone de Bougeoir, et je réalise à quel point le marketing bouffe nos vies (et à quel point j’ai trouvé ça normal à une époque…). Je suis heureuse d’avoir trouvé une job dans le culturel, car je crois qu’autrement je serai plus capable de faire ce que je fais (et qui est pourtant un domaine que j’adore). Retrouvez moi dans quelques années au fin fond de la Mauricie à élever des alpagas, voilà comment tout ça finit.

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Je lisais cet article sur les causes de l’addiction aux drogues, et la manière d’aider à la désintox. La personne explique qu’en gros, le lien social est le meilleur antidote à l’addiction, le meilleur moyen d’aller mieux, de se détacher d’une drogue et de retrouver goût à la vie. Bravo Captain Obvious, n’empêche qu’on a tendance à oublier qu’on est des animaux grégaires. Et je sais pas vous, mais pour moi ça s’applique pas juste aux drogués qui tentent d’arrêter. Qu’on devrait nous aussi se désintoxiquer un peu de l’Internet, du marketing, du virtuel et des normes imposées par les magazines.

C’est juste que, parfois, derrière nos écrans d’ordis, nos Facebook et nos Twitter, on oublie un peu c’est quoi la vraie vie, c’est quoi (se) toucher, c’est quoi, ce dont on a vraiment besoin.

 

Au quotidien

les nouveaux voisins

café

On a déjà choisi la disposition des meubles, dans la chambre, et l’endroit où on mettra la litière de Dora. Faudrait pas la perturber, surtout, c’est sensible ces bêtes poilues là. Parce que j’ai peur qu’elle prenne la fuite, qu’il y ait trop de bruit, trop de gens, qu’elle panique, comme quand on passe l’aspirateur et qu’elle reste prostrée sous un fauteuil à l’autre bout de l’appart pendant 3 heures. Alors on fera attention, j’ai dit, on la mettra dans la salle de bains.

Faut savoir qu’elle a mis 3 jours à se remettre quand on a déplacé le frigo de 3 mètres dans la cuisine. Un jour par mètre.

Ça fait combien, 16 coins de rue, en mètres – 12 vers l’Est, 4 vers le Sud, je les ai comptés – est-ce qu’elle va retrouver ses repères – et puis j’ai lu que les chats aiment les boites parce que ça les apaise. Ça tombe bien, elle aura que ça, des boites pour dormir et s’apaiser dedans.

On a mesuré le tapis pour voir s’il rentrait, et le placard pour les électros. Moi j’étais sûre que y aurait pas la place pour un banc dans le couloir et j’ai raison, mais peut-être qu’on pourrait quand même poser des patères sur le mur, et mettre le banc et les souliers dans le bureau à côté de l’entrée. Anyway, du rangement, y a que ça – six placards, un pour le linge d’hiver, un pour mes robes, l’autre pour tes chemises, et tu seras pas obligé de les empiler à plusieurs sur une chaise, même la moppe et le balai pourront respirer loin de ma paire de skis dans un espace rien qu’à eux.

C’est qu’on en a, du stock, et t’as beau dire que ça va être vite empaqueté, je crois pas, j’hallucine juste sur la quantité de choses que j’ai amassées en seulement deux ans.

Je sais déjà que je vais râler, les ongles défoncées à cause de la poussière et les doigts crevassés par les boites – parce que je suis ce genre de fille qui se blesse avec du carton. Je vais chialer parce que j’ai trop de stock, que c’est chiant à ranger la vaisselle, que pourquoi ce criss de meuble IKEA se démonte pas et merde où est-ce qu’on a rangé ce truc déjà ? Je sais que je vais regretter la date du 28 février parce que c’est quand même encore l’hiver et je me rends pas bien compte c’est quoi porter des boites et des bouts de meubles sous une tempête de neige – peut-être qu’il fera frette en estie, du genre non c’est pas encore le printemps pantoute – et quelle idée stupide de faire ça si tôt. C’est clair que ça va être folko, le genre dont on se souvient des années après – comme cette fois où on a dû allumer les cigarettes avec le grille-pain parce qu’on trouvait plus les briquets, et l’histoire de la copine Maryne qui avait fait des boites pas fermées.

On va s’engueuler peut être, se prendre la tête sûrement, et tant pis si c’est la pire idée de déménager un 1er mars. Je sais que ça durera pas.

Du rien du tout, ce déménagement. On aura encore plein de raisons de chialer encore plus, après ça. S’engueuler sur des trucs à base de rangement anarchique de fringues, de comment on étale le beurre et de nettoyage de pot de Nutella ; de pourquoi j’ai abandonné Albert le lave-vaisselle et t’as laissé des poils de barbe dans le lavabo ; et puis des conflits territoriaux entre Dora et le mini-chien du voisin, du bruit à cause du nouveau né du palier d’à côté.

Tant pis, parce qu’il est beau cet appart. Il a du parquet et des fenêtres et une jolie-mini-salle de bains. Et du soleil, du soleil partout par les fenêtres. Et tant pis si on se chicane sur des affaires de la vie en commun. Tant pis si on s’ostine un peu, parfois, si on part bouder chacun dans son coin, et si on jette quelques assiettes (en plastique) et qu’on claque fort les portes pour faire plus cinéma.

Au final, ce qui compte, c’est qu’on aura enfin de vraies raisons pour du make-up sex. C’est qu’on va pouvoir se promener à poil si on a trop chaud, et pas se poser de questions si on fait du bruit. Ce qui compte, c’est que je vais pouvoir te dire bonne nuit chaque soir, et voir ta face de gamin au réveil chaque matin.

Et ça, c’est bien.

Montréal, Québec · Voyages

trente mots pour dire neige

ruelle villeray

Deux ans.

Ça faisait deux ans le 4 février que j’ai posé mes valises à Montréal, et deux ans que j’apprivoise doucement cette nouvelle vie qui me semble pourtant si naturelle. Il y a deux ans, en survolant le Québec, j’avais été submergée d’une émotion difficile à décrire. Sous les hublots de mon Boeing Air France s’étendait à perte de vue des plaines blanches, striées de tâches sombres et de lignes déboisées – le tracé des kilomètres de lignes électriques qui traversent le pays pour alimenter un bon bout de l’Amérique. Au Nord, cette immensité vallonée, ces fjords, ces lacs recouverts de glace. Au Sud, une énorme trouée bleue, cicatrice coupant le pays en deux rives que j’apprendrais plus tard à connaître : le majestueux Saint-Laurent. J’avais sans le savoir survolé Baie Saint-Paul, l’Île aux Coudres, et l’ïle d’Orléans. Vu du ciel, le fleuve était couvert d’écailles de glace formant de mystérieux dessins. Et puis Montréal. Je ne me lasse pas d’atterrir au dessus de ce qui est désormais ma ville, d’observer le tracé des rues, le Mont Royal qui parait si petit vu d’en haut, les tas de neige, les parcs.

En deux ans, j’ai apprivoisé une nouvelle culture, mais j’ai surtout apprivoisé une nouvelle météo.

On vous a dit que l’hiver était long, et rude, par ici. On vous a parfois aussi mentionné que l’été est tout aussi brutal, lourd d’orages violents et d’une humidité poisseuse. On vous a raconté cet automne flamboyant, l’été des Indiens qui recouvre ce territoire de couleurs indescriptibles, comme le bouquet final avant d’entrer dans l’hiver. Ce long hiver. Ce dur hiver.

jacques cartier

Ici, j’ai appris la neige, ou plutôt les neiges. Les premiers flocons de Novembre ou Décembre, qui fondent aussitôt cristallisés. Les premières vraies tempêtes de Décembre, qui piègent la ville dans un doux manteau cotonneux, et marquent le coup d’envoi de la saison hivernale. J’ai découvert qu’il pouvait neiger par -25, que cette neige est sèche, brillante, et qu’on ne peut pas faire de boule de neige car elle ne s’agglomère pas. J’ai découvert aussi que la neige et la glace peuvent fondre à des températures négatives, sans quoi on serait sous l’eau de Décembre à Février. Et la slush, pourriture des trottoirs, cette sensation de marcher dans de la vase glissante pendant trois mois, ces gravillons qui collent et se foutent partout, qu’on retrouve encore lors des grands ménages de printemps.

J’ai appris le froid. Ce froid tellement différent de notre climat Européen. Un froid sec, et presque agréable quand on reste entre -5 et -15, qui se fait cassant et brûlant si le vent s’installe ; et qui glace tout sur son passage lorsque la neige tombe à l’horizontale. J’ai réalisé que j’aimais mieux ce froid là de Janvier-Février que celui de Novembre, ce froid parisien humide et pluvieux qui s’immisce partout et nous colle à la peau. J’ai fini par comprendre pourquoi les gens se mettent en t-shirt dès les premiers beaux jours de Mars, lorsque le thermomètre atteint les 0. Ils ne sont pas fous. Ils sortent d’hibernation.

J’ai appris les pluies d’hiver, les pluies verglaçantes qui gèlent à peine l’eau touche le sol – ou les arbres, ou les vêtements, ou. Le sol gelé par une couche de glace qui ne s’en va pas, piégeant de trous les routes et les trottoirs. J’haïs la pluie, tellement.

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Et surtout, j’ai réappris les saisons. Le printemps, qui dure deux semaines. Le printemps qu’on attend, ou qu’on n’attend plus, pogné quelque part entre fin Avril et mi Mai. Une vision extraordinaire de la nature qui se réveille en sursaut, alors que le sol finit enfin par dégeler, que l’herbe et les feuilles sortent en même temps que les fleurs, dans une inconcevable anarchie végétale.

Et puis l’été. Cet été si court, et si long à la fois. Juin, Juillet, Août. Le 38 degrés facteur humidex qui te plaque au sol. La chaleur liquide qui s’écoule sur les trottoirs, rendant la marche difficile. Les journées passées allongée sous un ventilateur, parce qu’il n’y a pas d’autre solution, que bouger est rendu impossible. Les orages, qui éclatent en quelques minutes et noient Montréal telle une mousson, faisant des rues des torrents, inondant tout sans exception d’une eau tiède et vivifiante.

Été, Hiver, coincés entre un printemps et un automne de deux semaines, noyés dans l’existence plate des intersaisons.

Montréal est une réalité saisonnière, notre quotidien rythmé par des phénomènes météorologiques qui seraient une apocalyspe ailleurs, et qui ne sont ici qu’une réalité avec laquelle il faut vivre. Deux ans pour me laisser bercer dans cet univers. Deux ans à apprivoiser ces humeurs. Et je l’espère encore beaucoup à venir…

Chroniques

tu dors-tu

fenetre

Tu dors ?

Distribué.

Ça marque en dessous de la bulle bleue.

Distribué, pas lu, pas de réponse.

Évidemment que tu dors. Ya que moi qui reste les yeux ouverts jusqu’à 3h du matin à tourner dans des draps en coton égyptien. Tu t’es effondré depuis longtemps, ou ton cell est en « ne pas déranger« , ou juste tu dors, et je t’envie pour ça. Je me lève dans 5 heures. Ya que moi pour pas m’endormir straight avec la journée que j’ai passée, avec celle qui m’attend demain.

Classique.

C’est pas ma faute si je vis souvent en mode hibou, pas foutue de couper décemment les ponts avec la journée qui se termine. J’suis née comme ça je crois, sorti la tête à 2h15 du matin, faut croire que j’étais prédestinée à vivre la nuit. En tous cas, depuis toute petite j’y arrive pas, à m’endormir, j’suis pas capable de débrancher mon cerveau, alors que toi le soir tu mets tout en off et pouf. Disparition.

Ça marche pas comme ça ici. Au moment de fermer les yeux mes pensées s’emballent, tout un tas de choses qui avaient jusque là pas eu le temps de se rendre dans ma tête, bloqués par 10.000 autres préoccupations. Je pense à ma job, à toi, à notre futur appart, à Dora. À mes projets, au courriel que je dois écrire à ma boss, à ce week end à New York, à ma famille, à l’été. Parfois ça s’emmêle et ça se met à créer des tas de scénarios plus ou moins plausibles, à refaire la disposition des murs de chez moi, à imaginer comment sortir le chat de l’appart si un incendie se déclarait. Parfois je panique un peu. Un joli bordel, tu vois.

Je suis dans un hôtel, encore une fois, ça faisait longtemps. Les voyages payés par la job, après Londres Rome ou Madrid, après Toronto et Ottawa, voici Québec, et cette chambre aux draps blancs qui ressemble à toutes les chambres de tous les hôtels de tous mes voyages de job. Je suis seule, je suis loin et il fait beaucoup trop froid alors je joue les princesses, j’appelle le room service pour commander un sandwiche et je fais ce que je fais jamais, je regarde la télé et je mange mon sandwiche sur le lit, adossée dans les 1000 oreillers. J’aime ça les lits d’hôtels où ya plein d’oreillers. Dans la salle de bains je découvre les serviettes bien pliées et les savons – ici c’est une gamme à l’huile d’argan, et ça sent bon. J’aime ça l’odeur du propre et de la buanderie, les miroirs sans traces et le papier toilette plié en coin, et la robe de chambre moelleuse, la charlotte pliée dans sa petite boite en carton, le téléphone à côté des toilettes – pour si on reste coincé en position caca. J’ai l’impression, le temps d’un séjour, de vivre la vie d’une autre. Ça m’amuse.

Pour un temps.

Il est l’heure, lumière éteinte, mélatonine pour le kick final. Je pense à tous ces hôtels où j’ai séjourné, les avions, les bus, les trains. Je regarde le thermomètre descendre lentement dehors, ça fait quoi, « ressenti -43° » ? Je pense aux événements bouleversants de cette journée, et l’ascenseur émotionnel mêlant l’excitation de ce nouveau boulot et tristesse face aux tweets qui ne se sont pas tus de la journée. Je pense que dans quelques heures, malgré le deuil, la vie va reprendre ses droits. Je ne crois pas qu’on se souviendra du 7 janvier comme du 11 septembre. On ajoutera juste un tiret de plus dans une liste déjà longue. Puis on oubliera doucement, peut-être, peut-être pas. N’empêche, quoiqu’il advienne, c’était beau, ce mouvement.

Tu dors ?

Je regarde les chiffres verts briller dans la lumière sombre de cette chambre anonyme. 3:14am. Je n’attends plus de réponse.

Moi, comme d’habitude, je ne dors pas…

 

{texte écrit le 7 janvier 2015}

Intime & Réflexions

les petits bonheurs

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J’aurais pu titrer «le bonheur», tout court. Mais c’est un fait avéré, je serai incapable de définir ce qu’est LE Bonheur, avec un grand B (comme dans Barbie). C’est comme «être heureux». Ya des centaines d’occasions pour sourire. Des milliers de raisons d’être bien. Des millions de façons de ressentir le bonheur. Uniques, à chaque fois que ça arrive.

Être heureux, c’est pas un état constant. J’ai eu des hauts et des bas, des jours où je savais clairement pas pourquoi je me levais (en fait j’avais pas de raison), d’autres où j’étais juste bien à trainer au lit ; des soirs à pleurer sans raison parce que trop de (on sait pas quoi mais ça craque), et des larmes de bonheur qui coulent toutes seules, parce que c’était beau. Être heureux, c’est pas un truc inné, je crois, en fait il faut apprendre à en prendre conscience, à repérer ces petits moments là qui se détachent de la monotonie, les accepter, les observer, les laisser nous atteindre au plus profond. Et puis le bonheur, ça s’apprivoise, ça s’entretient, je dirais même, ça se créée. Et si parfois on a juste envie de se rouler en boule et de cracher au visage de tous ceux qui s’approchent (et on a le droit d’avoir ces moments là), il faut aussi s’obliger/s’aider à en sortir.

Être heureux, c’est un mode de vie, un angle avec lequel on regarde notre nombril et le monde autour, c’est apprendre à (se) faire du bien, aussi.

Ya pas de recette du bonheur. Ya pas de règle à suivre si ce n’est (s’)écouter, s’ouvrir à tout ce qui vient chatouiller notre existence, se protéger au besoin. C’est apprendre à dire oui, et savoir dire non. C’est donner la chance à l’inattendu. Rappeler la part de nous qui s’émerveille encore, cet enfant qui n’a pas d’attentes, pas d’a prioris, pas de peurs ni de doutes.

C’est être dans le présent.

Pour moi, le bonheur en ce moment, c’est me lever chaque matin pour aller travailler (bizarre de le dire mais après 10 mois d’un rythme compliqué je suis HEUREUSE de retrouver un job et des horaires stables). Me balader avec mes skis dans les transports en commun pour partir skier après ma journée de boulot. Retrouver les sensations de glisse en se tirant la bourre avec un bon ami, et crier très fort sur les pistes parce qu’on est tous seuls et que ça fait du bien.

Mon bonheur, c’est marcher dans ces rues enneigées (je dirais slushées en ce moment…), et ne toujours pas me sentir lassée de cette ville. C’est continuer d’être charmée par cet accent, ces expressions, cette culture. Parcourir Kijiji pour trouver mon prochain chez nous – un vrai chez nous, pas juste à la manière Québécoise où on se «nousnoie» parfois. Organiser un week-end en chalet avec des gens biens, penser au printemps dans (pas) trop longtemps, à ce séjour à New York pour voir MonFrère et sa chérie, regarder indéfiniment – et toujours aussi émerveillée – les flocons tomber sur Montréal, sauter dans les tas de neige fraîche.

Et puis il y a ces nuits, ces soirées jusqu’au petit matin, danser nu-pieds dans un loft d’artistes, entourée de tous ces gens déguisés qu’on serre fort dans ses bras, fermer les yeux, se laisser emporter par la musique, ne plus se poser de questions. Ces soirs et ces matins où on se colle, respirer l’odeur rassurante d’une nuque, caresser la douceur d’une peau, observer le profil d’une barbe blonde. Savourer l’évidence de cette réalité, sans crainte, sans doutes, sans date de péremption. On se dit simplement qu’il n’y aura pas d’après – et même si c’est toujours la même chose, cette fois on y croit pour vrai.

Malgré les quelques inconnues qui pèsent encore, 2015 pue le bonheur à plein nez. J’en ai beaucoup à revendre, même si c’est jamais trop, je suis encore plus heureuse quand je peux partager tendresse et affection, quand je vois les gens que j’aime sourire et rire, quand le monde autour aussi est heureux.

Pour 2015, je vous souhaite tout le bonheur du monde. Et que plein de gens vous prennent la main.

Intime & Réflexions

comme un manège

metro beaudry
J’aime pas trop les bilans de l’année qui s’est écoulée. Je veux dire, j’en fais tout le temps, des bilans, et puis j’ai pas besoin d’occasion pour ça, et puis ces dernières années ont été beaucoup trop foutoir et bousculantes (oui, j’adjectivise) pour écrire quelque chose de l’ordre d’un « bilan », et 2014 beaucoup trop intense et chargée de tas de choses que je peux pas vraiment raconter ici (et que j’ai tenu pratiquement aucune de mes « résolutions »). Puis comme toujours j’ai plein d’autres idées de posts que peut être j’écrirai un jour quand j’aurais arrêté de stresser et que je pourrais souffler, enfin (comme des histoires d’écureuils et de fromage en grains).

Puis.

Ya Ginie et Camille qui ont écrit de biens jolis posts, et puis ces dernières semaines de Décembre ont été encore un peu plus foutoir, chargées de belles choses, et de larmes aussi un peu. Alors je me dis que j’ai le goût d’écrire un peu quand même, que peut être je vais publier ça avant 2015 pour laisser tout ce bordel derrière, refermer la porte sur cette année étrange, attaquer la suite. Comme Camille, 2014 n’aura pas été ma meilleure année ever. Comme Camille, peut être que 2013 a été un peu trop bien pour que ça continue. Tsé, parfois semblerait que la vie veuille pas que tout glisse tout seul, que quelque chose décide que tu dois en chier un petit peu – au moins – pour que tu saches, ça fait quoi de galérer, d’avoir à faire des choix, des vrais ; pour que tu saches vraiment pourquoi t’es là.

Faque c’est ça. 2014 a commencé sur les quais de Seine, une bouteille de champagne dans une main et le bras d’un ami cher dans l’autre. Je suis revenue à Montréal, ya eu le Polar Vortex, Igloofest, les week-ends en chalet, et j’ai perdu ma job. Perdu comme dans la version Nord-Américaine, ou : « se faire mettre dehors en 15 minutes avec un minimum d’explications et ton bureau dans un carton » (j’ai appris plus tard que c’était pour des raisons économiques). Ou la version immigrante : « il me manquait 3 semaines pour faire ma demande de résidence » et « mon visa est lié à ma job. plus de job, plus de visa, plus de visa, plus de…« . Le monde qui s’effondre. La panique un peu. Avec pour seule évidence Montréal. Rester ici, chez moi.neige

Il y a eu des semaines entre deux eaux, à flotter là dans l’incertitude, chercher des solutions, des réponses, essayer de comprendre, de savoir où je suis, ce que je fais. Faire le tri dans ma vie, d’une certaine façon, mettre fin à certaines relations parce qu’on réalise qu’on ne peut pas continuer ainsi, parce que je pouvais pas tout gérer. Une chose à la fois. Mon premier amour, Montréal, le Québec.

Avril. Ma maman a un accident. Sur un coup de tête je prends un avion pour Marseille, et deux semaines de retour aux sources pour respirer. Deux semaines pour retrouver ma famille, mes amis, et d’autres, deux semaines les cheveux dans le vent et les pieds dans le sable, deux semaines pour essayer d’aller mieux. Il y a ces sourires, ces retrouvailles, et ces au-revoir. À mon retour à Montréal début Mai le printemps commence à peine. Je me remets tout juste de mes émotions, je ne sais pas encore que ça vient juste de commencer, que j’ai embarqué sur un manège infernal de up & downs qui va durer jusqu’à… si je savais.

En Mai, un ami me propose une job dans la compagnie qu’il vient de créer, et j’apprends qu’il reste des places pour le permis Jeune Pro. Joie. Je me pensais sortie d’affaire, malheureusement le projet ne génère pas suffisamment de revenus et je n’ai pas pu cumuler le temps plein nécessaire à la demande de ma résidence permanente. Après avoir passé l’été à travailler pour un super projet (le Village Éphémère), je repars donc à la recherche de boulot.

C’était long, ces quatre mois. Long parce que j’ai jamais eu à galérer pour trouver un emploi. Long comme parfois le sentiment d’inutile, de n’être personne, attendre des réponses qui ne viennent pas, le téléphone qui garde le silence, envoyer des CVs, encore, attendre. Long comme je me serre la ceinture depuis trop de mois, malgré l’aide de mes parents. Long comme cette menace qui pèse et de le stress de ne pas retrouver de job, de ne pas pouvoir rester ici. Et les rêves de la France toutes les nuits, les semaines où je croyais voir MonFrère partout, les jours qui raccourcissent, la crève et la déprime automnale, l’approche des Fêtes, et toujours, l’incertitude. L’impossibilité de faire des projets, la crainte de finir chaque mois à découvert, ne pas savoir quand je pourrais à nouveau rentrer, ni si je devais continuer à espérer, ou envisager d’autres solutions.bouche

Je viens d’avoir une offre de job. Un super poste dans lequel j’espère m’épanouir et continuer d’apprendre. J’en parlerai plus tard peut être parce que je réalise toujours pas, que je suis en cours de changement d’employeur, que je me sentirai jamais complètement rassurée tant que j’aurais pas un nouveau permis et une demande de CSQ approuvée. Mais on voit le bout du tunnel. Et ça fait du bien…

2014, c’est aussi des expériences incroyables. Des découvertes. Des redécouvertes. Des voyages. Des amis. Des nuits à danser jusqu’au petit matin, des soirées complètement improbables comme seul Montréal sait révéler ; la beauté d’une baie, l’odeur iodée du Saint-Laurent, les couchers de soleil et les levers de soleil ; des discussions jusqu’à beaucoup trop tard, les gens qu’on serre trop fort, des sourires et des larmes ; des moments magiques où le temps s’arrête parce que plus rien n’a d’importance que le présent.

2014 c’est une rencontre. Une personne. Un amour. Un Québécois barbu qui a croisé mon chemin à un moment où je savais plus très bien si j’étais capable d’aimer, d’être en « couple »; où la notion même d’amour avait perdu son sens. Y a eu un mois de nuits chaudes, et d’après-midi sous les arbres. J’ai eu à nouveau 17 ans, je suis tombée en douceur, sans violence, sans trop réaliser ce qui se passait, et surtout sans me poser de questions. C’était tendre, c’était doux, c’était simple et évident. Et puis l’été, il est parti travailler aux États-Unis, et je me suis effondrée tout d’un coup – comme si tous les mois passés à tenir debout toute seule m’avait fragilisée, et son départ achevé de me mettre à genoux. La distance pour mettre des mots sur ce qu’on s’est jamais dit et réapprendre à y croire. Des retrouvailles qui se passent de mots, et les mois qui depuis s’alignent pour conforter l’évidence, éteindre les peurs, rassurer les doutes ; et tous ces matins où je me réveille près de lui, tous ces matins qui donnent juste le goût que ça ne s’arrête plus jamais, parce qu’on est juste bien.

dany

Je sais pas ce que je dois retirer de cette année. Il y aurait tellement à raconter. J’ai grandi, et je suis redevenue une petite fille. J’ai réalisé ce qui me tenait vraiment à coeur, et pour la première fois de ma vie je me suis battue pour quelque chose au lieu de laisser faire le hasard. J’ai aussi appris à laisser faire, laisser aller, lâcher prise, accepter de ne pas toujours avoir le contrôle et prendre ce qui vient sans tout remettre en question. J’ai réappris à aimer, différemment, à donner, à recevoir, et pas seulement pour mes amis. J’ai pris conscience de tellement de choses sur moi et sur la vie, sur ce que je suis et ce que je veux, les valeurs que je veux défendre, ce dont j’ai besoin pour être heureuse, ce que je suis capable de supporter et de partager, et d’une certaine façon, j’aimerais croire que cette chute brutale m’a permis de renaître un peu.

Je m’appelle Elodie, j’ai 28 ans, et je crois qu’en 2014, je suis finalement devenue adulte. Tu peux venir 2015. Je n’ai plus peur de grandir…

(photo ci dessous d’une des jolies cartes de voeux PaperMiint)

2015