Intime & Réflexions

oiseaux de nuit

Klo écrit que la lune est pleine et remplie de corbeaux. Cette nuit la lune est pleine et remplie de mes mots, l’air chargé d’humide et la pluie qui ruisselle sur les feuilles de l’arbre. La ville respire au ralentit, slow motion sous l’orage nocturne. Respiration.

Je rêve.

Je rêve à tatouer mes bras de lignes et de mots, des traces sombres sur ma peau claire, des dessins d’enfant cicatrice entre mes grains de beauté. Je rêve de voyager, loin, ou juste ailleurs, prendre un avion ou un train ou juste la route et suivre cette ligne blanche jusqu’à ce qu’on arrive au bout – mais il est où, le bout, ya-t-il une fin à cette route – et vraiment, est-ce là le but du voyage. Je rêve que l’Océan soit moins large, et parfois non. Je rêve à me perdre encore dans ces nuits troubadour ; me trouver dans des bras anonymes, respirer le parfum de ces presque inconnus, la senteur de l’intime ; et j’aimerais revoir cette fille aux cheveux d’ambre. Je voudrais fermer les yeux et écouter la musique bruisser jusqu’au bord de mes pores, jusqu’au fond de mon ventre, s’enfoncer va et viens comme une danse indécente ; absorber les beats pour devenir l’instant ; exutoire fantastique. Je voudrais me fondre quelque part entre la fin de la nuit et le point du jour, oublier la fatigue, et redécouvrir le monde au premier jour des lueurs de l’aube – vue d’une terrasse du Mile-End. Je.

Alors le jour. Dans nos yeux fatigués se reflète le soleil. On voudrait se reposer quand on sera morts mais les corps las les pieds brûlés la redescente – et le retour à la réalité. Il est 6 heures, Montréal s’éveille. Il est temps pour nous d’aller se coucher…

Au quotidien

alors on est allés voir la mer

metro

C’est toujours trop court. Le temps de se dire salut ça va, de rattraper les nouvelles, ton visa, ton boulot, les amours, et on commence à peine à parler de vraies choses – des choses dont on discutait quand on se voyait, avant – que c’est déjà le moment de se dire au revoir. Next. Traverser Paris sous terre, les lignes s’enchaînent et se ressemblent toujours un peu, je connais presque par coeur le tracé des couleurs sur le plan, changement, couloirs blancs, les 4×3, l’odeur de la pisse. Raconter pour la 5e fois la même chose, répétition absurde qu’on enchaîne pourtant presque avec plaisir, parce que ça fait du bien de se voir. Vraiment. C’est frustrant, aussi, parce qu’il suffit d’un mauvais jour, d’une fatigue passagère, et on se loupe – c’est la vie. La sensation d’avoir raté quelque chose, alors, et l’impression d’être vide – vide d’avoir beaucoup donné, et peu reçu, vide d’avoir raconté, encore et encore, la vie, vide des kilomètres avalés, de l’enchaînement des personnes, de toutes ces retrouvailles toujours trop courtes, ces déjeuners trop rapides, ces sujets dont on a oublié de discuter. La fatigue, les nuits trop courtes et les réveils bouffés par le décalage horaire, les verres de vin et de bière qu’on enchaîne, les cafés, les bars, les restaurants. Et les amis, ceux qui se plient en quatre pour qu’on puisse se voir malgré mes changements de programme et mon planning chargé, ceux qui t’hébergent en dernière minute, ceux qui font des madeleines et sortent du saucisson, ceux qui parlent de cul trop fort dans le resto, ceux qui t’emmènent dans un café des chats (parce que je suis bien la seule personne qui trouverait ça cool), ceux qui se sont mariés, ceux à qui tu sais pas trop comment dire qu’ils te manquent, vraiment, ceux qui.

Un TGV pour Nantes. J’avais besoin d’air après ces quelques jours à Paris, besoin de me poser, loin du métro, loin de l’hôpital et des petits vieux Alzheimer du service où était ma mère, arrêter les aller-retours, les gens, juste être là, mettre mes pieds dans le sable. J’avais décidé de faire ce détour, profiter d’être là un peu plus longtemps, pour une fois, pour aller dire bonjour à l’Océan, rouvrir une parenthèse.

noirmoutierpieds-sable

C’est toujours délicat, des retrouvailles avec quelqu’un à qui on a dit au revoir il y a presque un an, sans savoir quand serait la prochaine fois. C’est cette boule au ventre, l’excitation mêlée de crainte, et le temps compté : deux jours, 48 heures, un peu moins de 3000 minutes. Va-t-on avoir des choses à se dire ? S’engueuler pour des conneries ? Enchaîner les discussions vides ? Ou bien.

On a pris la voiture, direction Noirmoutier. La destination au hasard, Guérande et le Morbihan, je connais, alors on a choisi la possibilité d’une île. Le temps de traverser des champs et des marais, et ce pont au dessus de l’eau boueuse à marée montante, et on y était. Des rochers granites, du sable couvert de coquillages et des galets pour faire des ricochets. Il faisait bon, sous le vent, derrière les arbres,  je perdais complètement au jeu de la comparaison des tâches de rousseur – le soleil me manque, et l’Océan, et nos sourires. J’ai beaucoup souri, je crois, parce que j’étais bien là sur cette plage face à la marée haute, parce qu’on a discuté de tout et de rien, parce qu’on s’est même pas pris la tête sur nos divergences politiques. On a mangé dans un resto presque choisi au hasard, au moment de payer l’addition on a parlé de Montréal avec les proprios – de comment c’est bien, là-bas, de la ville souterraine, de la mentalité. Et puis le lendemain il pleuvait, alors on est rentrés à Nantes et on s’est baladés sur les bords de l’Erdre et dans les ruelles, je voulais manger des crêpes mais c’était pas aussi bon que dans mon souvenir, et puis on est allés voir cette grande flaque derrière l’aéroport, une grande flaque pleine d’oiseaux et baignée de soleil, et c’était beau. Alors il a fallu partir, un avion pour Marseille, vol nocturne. Dire à nouveau au revoir sans savoir quand serait la prochaine fois. Pas vraiment savoir quoi se dire, finalement, parce que fuck les au revoirs, parce qu’un quai de métro, une chambre baignée de soleil, un hall d’aéroport, aucun lieu n’est vraiment fait pour ça.

Tu as remarqué comme vu d’avion, la nuit, toutes les villes ressemblent à des îles… ?

aeroport-nantes

flou-avion

Intime & Réflexions · Voyages

deux semaines

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Voilà, je suis en France. Non, c’était pas prévu, c’est pas non plus un souci de Visa, ni un retour définitif (ouf). Ma maman a eu un accident de vélo lundi dernier – un accident stupide d’enfant qui s’amuse avec ses copines, une chute version soleil, un voyage en camion rouge avec de jolis pompiers, un passage en chirurgie. Bassin fracturé, poignet cassé, immobilité forcée, plusieurs mois de rééducation à venir, et un voyage prévu au Québec en Mai pour me voir reporté jusqu’à nouvel ordre. J’ai reçu le texto de mon père, et puis j’étais là le ventre serré et puis on s’est parlés au téléphone. J’ai vu ma mère sur un lit d’hôpital, coincée. J’ai imaginé ma mère immobilisée, et comment ça devait la rendre dingue. J’ai senti comme elle devait être triste et en colère de pas pouvoir me voir.  J’ai pas trop réfléchi. J’ai pris un billet d’avion pour dans trois jours, et je suis rentrée. Puisque ma mère ne pourra pas venir à Montréal, c’est Montréal qui viendra à elle.

Deux semaines, comme une éternité. J’ai prévenu mes amis, vu en coup de vent ceux qui vont me manquer, pensé fort à ceux que je pouvais pas voir. J’ai prévenu ma coloc, changé la litière du chat, fini d’installer Albert le nouveau lave-vaisselle, fait le chèque du loyer, envoyé mes impôts, payé mes factures. J’ai mis des robes et des sandales dans ma valise, et pris beaucoup trop de fringues que je porterai pas, comme d’habitude, en me disant que ça me limiterait en shopping (comme d’habitude). J’ai texté les copains de France et pris des billets pour Paris – pour voir les amis, ceux qu’on a vu à Noël, ceux qu’on verra cet été, ceux qui disent « on viendra te voir » et qui n’ont pas l’argent/le temps/autre et dont on a arrêté d’espérer la visite ; et puis deux jours pour aller mettre mes pieds dans l’Océan et respirer l’air iodé, parce que ça fait bien trop longtemps.

depart-montreal

Alors voilà. Je suis chez mes parents. Je sais pas si c’était le truc le plus sensé à faire à ce moment mais c’était la seule chose dont j’avais envie, la seule chose qui me semblait à faire dans ces circonstances, une évidence. Le vol a été long. L’attente à l’aéroport a été longue. J’ai eu envie de m’endormir, plusieurs fois, malgré la douche et le café, et je me suis endormie – pour pas longtemps, parce qu’il fallait partir à l’hôpital, en moto pour éviter les embouteillages, même que j’ai cru que j’allais tomber tellement j’étais fatiguée. Et puis je suis arrivée avec mes 7 heures de vol et mon jetlag dans la gueule, et j’ai vu le sourire sur le visage de ma maman, ce sourire au dessus des draps bleus, dans cette chambre franchement pas joyeuse, avec cette vieille dame quasi momifiée juste à côté, et j’ai su que j’avais bien fait.

C’est bizarre d’être là. Partie si vite que j’ai pas eu le temps de m’y préparer. Deux semaines loin de Montréal, loin de mes amis, loin de Dora, loin de ma vie. Ils me manquaient déjà avant même de partir, et je sais que je serai heureuse de rentrer, en attendant, je profite d’être là. Ici, comme toujours, la sensation d’être partie hier, que rien n’a changé. Ici, les arbres verts purs, le ciel bleu, le soleil pour chauffer mon visage. Ici les pubs avec Tony Parker pour vendre des voitures et Tony Parker qui sort sa ligne de vêtements. Ici le Sud, les gars en full-look survêt’ et les filles trop maquillées, les gens qui parlent fort, les magasins bondés où on te dit pas bonjour. Ici la bouffe qui a du goût, le vin pas cher, les restos pieds dans l’eau, vu sur Marseille. Ici la France. Ici mes origines.

niolon

Je parle beaucoup trop de Montréal. Je dis « au Québec on », et je m’en veux d’avoir repris trop vite mon accent et mes expressions françaises – même si parfois j’hésite sur un mot, me disant qu’ils ne vont pas comprendre. J’ai envie de dire à ma mère et à ma famille d’arrêter de me demander si j’ai un copain, parce que non. J’ai envie de dire à mon père qui fronce les sourcils sur l’achat d’un lave-vaisselle alors que j’ai pas de boulot que non, y a pas à s’inquiéter. De leur raconter ma vie, la vraie, ma liberté, comment chaque jour qui passe est plein de surprises et de petits bonheurs, comment beaucoup de choses ont été bousculées mais que c’est bien. Je suis chez moi comme en jetlag, lieux familiers, rien n’a changé, et pourtant tout. Ce tout en dedans, ce tout bien plus profond, ce qui me fait, moi.

Deux semaines.

aix

Intime & Réflexions

les imperfections (ce qui est beau)

C’était un soir et il neigeait alors que le jour d’avant il faisait 27°C et qu’on s’était pris un orage sur la tête – mais c’est comme ça à Montréal, tu sais, la météo elle est toute croche en ce moment, on sait plus comment s’habiller  ça a pas d’allure -, j’écoutais la playlist 8tracks vraiment coule que m’a fait découvrir ma coloc en écoutant la neige tomber sur les fenêtres et en me disant qu’Andrew Bird c’est vraiment bien, que je suis frue de pas avoir vu Half Moon Run en concert – vraiment -, et que le chou-fleur ça pue – parce que j’ai fait du chou-fleur. Et puis y a quelqu’un qui a liké une vidéo partagée par quelqu’un d’autre sur Facebook – tu sais les petits news dans la colonne de droite, où c’est écrit « machin a liké le status de truc » et « bidule est maintenant ami avec chose » – et puis c’était cette vidéo.

Alors c’est du Queb’ et vous allez pas tout comprendre sûrement, mais c’est beau. C’est beau parce que cette langue elle me caresse l’oreille, et plus encore, n’en déplaise à ceux qui trouvent cet accent dégueulasse, moi j’adore sa musique et ses expressions. C’est beau parce que c’est comme un poème, de ces textes écrits à la va vite sur un coin de carnet, une nuit où on arrive pas à trouver le sommeil. C’est beau parce que cette phrase, et la suite, et le reste.

« Parfois on oublie que c’est quand on s’trompe que c’est beau
Qu’on est vulnérable que c’est beau, c’est quand on s’trompe pis qu’on sait pas trop
C’est ça qui est beau »

J’ai jamais vraiment aimé les gens parfaits. Je déteste quand c’est lisse. Quand c’est tout plate et tout brillant, y a pas d’aspérités, pas de défauts, pas de rebords où s’accrocher le coeur et gratter un peu. Moi j’aime les gens qui sont capables de montrer leurs faiblesses – les petites, les jolies, les moins jolies, celles qui font d’une personne ce qu’elle est, un caractère en relief avec tout ce qui la compose. Moi j’aime les petits défauts, les trucs un peu croches et maganés. J’aime gratter la couche supérieure pour voir ce qu’il y a dedans, ce qui se cache sous le vernis, sous les apparences qu’on se donne, la première fois, et peler doucement les couches pour m’attacher à ces choses-là plus fragiles.

J’aime pas les premières fois. On essaye tous – plus ou moins consciemment – de se montrer sous ce qu’on croit être notre meilleur jour, de paraître plutôt que d’être, de jouer le rôle qu’on pense que l’autre voudrait nous voir jouer. On se pare, on se maquille, on enfile le costume trois pièces et les talons qui vont bien ; c’est que des apparences vous me direz ; et puis on se glisse dans la peau d’un nous démembré, un nous amputé, un peut-être-même pas nous.

Je crois que je suis un peu trop intense, là-dessus. Intense voir même intolérante, parce que je suis une nazie du naturel. Pas du naturel genre venez comme vous êtes-pas lavés-débraillés-poilu, non. Nazie comme je déteste découvrir plus tard qu’en fait, la personne que j’ai rencontré la première fois, bah, c’était pas elle. Un ersatz pseudo-amélioré. Un truc calculé pour me séduire. Surtout si ça a fonctionné. Je veux dire, oui, on est tous plus ou moins nous-mêmes, la première fois, évidemment qu’on montre pas tout, qu’il ya le politiquement correct, qu’il faut protéger les apparences, qu’on s’adapte au contexte et à l’interlocuteur et qu’on crie tous intérieurement « aimez-moi ». Mais je crois que la sincérité paye. Je crois qu’on devrait tous être capables d’assumer la part croche de notre nous-même, et pas jouer un rôle – juste choisir les morceaux qu’on va dévoiler, pas (se) mentir, pas feinter.

Au fond, je sais très bien que c’est impossible, mon affaire. Ya qu’à voir comment du jour au lendemain quand on quitte quelqu’un qu’on a aimé on a l’impression que c’est une autre personne – alors qu’on se connaissait par coeur ; et comment mes anciens collègues avaient une vision de moi assez déformée – comme quoi on a des masques et des costumes pour chaque rôle qu’on tient, chaque période de notre vie, chaque pièce à jouer. Je suis la première à m’habiller pour afficher une part de moi qui m’arrange dans un contexte particulier. Ce blog ne s’appelle pas The Stage Door pour rien. Mais je crois pas que j’ai déjà déçu des gens – je suis moi, en entier, dès le départ – un peu intense, un peu too much, un peu grande gueule, un peu chiante, mais c’est moi. Ce que tu vois plus tard, c’est juste parce que t’as eu envie de peler l’oignon, de gratter – et que j’ai laissé faire un peu – et parfois ça fait peur, et parfois ça semble incohérent avec le reste, et non j’ai pas toujours autant confiance en moi que ça en a l’air. Je crois que depuis Montréal, j’apprends à moins feinter, à moins me cacher, à assumer qui je suis et mes idées. Mais je sais pas comment ils font, les gens qui jouent un rôle tout le temps pour paraître bien, pour se faire aimer, pour coller au moule dans lequel on leur a dit d’entrer ; je me demande s’ils arrivent à gérer avec ce qu’ils sont en dedans ; s’ils sont en accord avec eux-mêmes ou si les apparences finissent par les bouffer ; s’ils seront capables de vivre toute leur vie en représentation ou s’ils vont finir fucking schizophrènes. Je me demande comment font ces filles qui se remaquillent le matin avant que leur mec ne se réveille, qui sont toujours parfaitement épilées, qui se montreront jamais en mode grumpy. T’es pas fatiguée de jouer à la poupée ? Je me demande comment font les gens qui cachent savamment leurs infidélités. Tu fais comment pour mentir à la face de celle/celui que t’aime ? Je me demande à quel point la société et les apparences nous polissent, nous formatent, poussent à se soumettre, à vivre cachés.

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Je vis dans un monde idéal où on pourrait tous juste être nous mêmes. Peut-être qu’à Montréal on a un peu plus cette possibilité. Peut-être que faut apprendre à vivre avec soi-même avant d’être capable de l’assumer devant notre entourage. Peut-être qu’on est tous des oignons bien habillés qui essayent tant bien que mal de se rendre heureux en cherchant l’approbation de leurs choix dans le regard des autres. Peut-être qu’accepter de pas être parfait, de pas savoir, de pas rentrer dans des cases de magazines, c’est compliqué.

J’ai plein d’amis pas parfaits, plein d’amis qui ont du mal à croire en eux, parfois, et j’ai envie de dire t’es beau, regarde, t’es beau avec toutes tes égratignures et tes doutes et tes hésitations, t’es beau avec tes cicatrices, tes larmes que tu caches, ta peur de pas réussir et de pas être aimé assez, c’est touchant d’être flou comme ça et oui je vois toutes ces traces en dessous de ta peau et je t’aime fort tu sais, je t’aime en entier avec toutes tes fêlures, et on devrait aimer que comme ça, toujours. Mais arrête de douter. Arrête d’avoir peur. Arrête de te comparer, de rêver de trucs comme dans les films et de trouver des raisons de ne pas y aller, et fonce, et tant pis si ça marche pas, au moins, t’auras tenté, tu te seras donné une chance, tu auras fait un choix, et tu pourras être fier de toi pour ça, d’avoir avancé avec toutes ces casseroles et ces doutes que tu te trimballes parce que t’es humain et que c’est comme ça, et d’avoir tenté malgré toutes les chances que ça rate, et n’aies jamais de regrets, parce que c’est aussi en se cognant aux murs qu’on apprend à vivre.

Mais je dis rien, souvent, je m’énerve toute seule à voir ces gens là que j’aime pas réussir à s’aimer et rien pouvoir faire alors que c’est juste . Et je dis rien, parce que je suis très forte pour faire ça en amitié, aimer sans conditions, et très nulle quand il s’agit d’amour. Alors je me tais. Parce que je suis pas parfaite, moi non plus…

– photo de pas ma main, par Vincent
Intime & Réflexions

Avril

montreal-110°C. Ça parait pas comme ça, mais c’est comme une transition brutale. La ville transpire. Les trottoirs dégoulinent de torrents de flotte grise et chargée de calcium, les petits cailloux s’effritent sous les semelles, emportés par le flux et reflux de la fonte, coincés entre deux flaques, glissés dans les ornières du ciment détrempé.

La ville pue. C’est l’odeur de la décongélation, comme un frigo trop plein après que l’électricité ait été coupée. C’est le parfum de l’eau qui s’accumule sur les trottoirs, entre les voitures, dans les parcs. Les relents d’une ville qu’on avait perdus pendant quelques mois – essence et gaz des moteurs, poubelles, détritus, et puis ce parfum si caractéristique du béton qui réverbère la chaleur, en été.
Dans les parcs, une pelouse grise, sèche, brûlée par le gel et la neige ; les mouettes se partagent les étangs formés ça et là ; ça crie dans les ruelles pour un morceau de pain.

On avait oublié, que la ville était vivante. Presque cessé de croire que cet hiver allait finir. Qu’on allait revoir la couleur de l’herbe et délaisser un jour nos bottes et nos manteaux.
C’est pas cette chaleur lourde de Juillet, mais on s’approche de quelque chose. L’air pèse sous les nuages. Electricité dans l’atmosphère. Et cette odeur humide qui remonte du sol.

Le ciel a pété cette nuit. Des trombes d’eau pour nettoyer la neige sale, laver la ville de ces quatre mois d’hiver. On avait oublié, le bruit assourdissant des orages, on s’était perdus des mois dans le chuintement feutré des tempêtes de neige, et voilà soudain le printemps qui prend ses aises, nous balance sa saucée pour rappeler que tout hiver, si long soit-il, a une fin.

montreal-3

Au quotidien

de ma fenêtre

laptopChaque matin, c’est la même routine. Je comate sous ma couette en checkant Twitter et Instagram, échange de textos avec les copains/copines, puis je me lève et je m’installe dans la cuisine. J’ouvre mon ordi, je prépare mon déjeuner, et j’observe ce qui se passe dehors. J’ai la journée devant moi, tout est calme, je peux choisir de mettre la musique trop fort et traîner en pyjama si je veux. De ma fenêtre, j’observe l’arrivée du printemps. La famille d’écureuils qui s’agite pour regagner le gras perdu pendant l’hiver. La neige qui fond, et puis la nouvelle chute de neige, et le vent, et la pluie, et l’herbe sèche qui commence doucement à apparaître sous les plaques de neige sale. La buse qui se fait un festin d’un malheureux moineau, et l’écureuil qui vient pointer son nez parce que c’est SON arbre. Les couchers de soleil. Les dizaines de couchers de soleil, les jours qui rallongent, le chat qui perd ses poils, les branches grises de l’arbre qui vont bientôt se couvrir de vert.

Vous l’avez peut-être compris, mais depuis plusieurs semaines, je « travaille » chez moi. Un concours de circonstances, Jeune Pro refusé*, mouvements dans la compagnie où je travaillais, bref ça a été un début d’année très complexe, et je me suis retrouvée du jour au lendemain en congés-sans-solde-à-durée-indéterminée (parce qu’en tant que PVT-iste, pas de chômage pour moi, et sans visa, impossible de travailler), à quelques semaines de pouvoir lancer ma demande de résidence permanente**. Ca a été des semaines intenses sur pas mal de plans, car il a été clair dès le début que je ne voulais pas rentrer – pas tant que je n’aurais pas épuisé toutes mes options. J’ai donc envisagé toutes les solutions possibles pour rester dans cette ville que j’aime, dont celle de retourner aux études. Passé le moment de panique, j’ai aussi pris cette situation comme une opportunité pour me recentrer sur moi-même (souvenez vous, mon post de « résolutions ») et avancer sur la liste de toutes ces choses que j’avais envie de faire, tous ces projets que je trouvais pas le temps d’avancer. 

J’ai beaucoup dormi, j’ai refait le design de mon blog, j’ai enfin lancé un projet dont je parlais depuis des mois, j’ai repris les publications sur mon ancien blog cuisine (ça a pas duré mais bon on y croit), j’ai fait du jardinage, on a revu la déco de notre cuisine, j’ai lu, rattrapé des séries, des films. De manière étrange suite à la perte de ma job, une fois le choc passé et les conséquences « acceptées », j’ai pris cette nouvelle comme un soulagement. On est parfois pas bien dans une situation, mais on ne trouve pas la force/la motivation/les bonnes raisons pour changer. Alors on absorbe et on serre les dents. C’est là que je réalise que j’en pouvais plus, moralement, que j’encaissais mais que ça n’était pas sain comme situation, que je n’épanouissais pas du tout.

Il y a quelques semaines, on m’a proposé un nouveau boulot. Un boulot vraiment intéressant, le genre pour lequel je crois que j’aurais pas de difficulté à me lever le matin, le genre avec un projet qui m’emballe, le genre où on te dit « c’est à toi de créer et développer ton poste » ; et puis avec ce boulot, la possibilité d’avoir un visa. En une heure, l’horizon s’est ouvert et tout est redevenu possible. Ca a été tellement soudain et inattendu que j’ai cru à un rêve, un truc un peu irréel que j’attendais sans vraiment y croire, et je pensais qui n’arriverait jamais.

Je suis en ce moment dans les joies des dossiers pour présenter une demande de permis de travail. Rien n’est encore joué, je suis pour le moment revenue en statut « visiteur » (touriste longue durée) et je n’ai pas de garantie que cette nouvelle demande de visa soit acceptée, mais je crois vraiment que ce qui s’est passé a été un mal pour un bien. Pour la première fois de ma vie (je pense), je me suis « battue » (c’est un grand mot mais bon) pour quelque chose qui me tient à coeur, pour un choix que j’ai fait. J’ai pris conscience de l’importance d’être à Montréal pour moi, d’à quel point j’aime ma vie, à quel point je suis bien, et ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé de me sentir au bon endroit, au bon moment. Quelques mois qui m’ont aussi permis de me rendre compte de la chance que j’ai d’être entourée par des personnes géniales, ces (belles) rencontres dont on sait jamais vraiment comment elles vont évoluer – la réponse est : bien. Comme un d’entre eux m’a dit, « tu vois, tu avais raison d’y croire. »

A venir, encore beaucoup d’autres couchers de soleil…

coucher-de-soleil

* je ne rentrerai pas dans les détails ici mais pour résumer le JP a été refusé car on n’a pas établi que mon poste à Montréal constituait une évolution pour moi sur le plan professionnel. **Quant à la RP je comptais faire le PEQ qui nécessite 12 mois de travail à temps plein pour être lancé. J’étais à 11 mois.
Voyages

amsterdam.

amsterdam-weekendCa fait plus d’un an et demi maintenant que j’ai découvert Amsterdam, et je sais pas vraiment pourquoi je n’ai jamais pris/trouvé le temps d’en parler sur mon blog. C’est dommage, un peu. J’ai beaucoup aimé Amsterdam. C’était en Novembre 2012, un week end prolongé, le genre de plan pour lequel ta meilleure amie te dit « tu viens, on part à Dam avec Clem et Gi, et on va dormir sur une péniche« . Alors tu dis oui, parce que tu viens de te séparer, que t’es au chômage et que ta vie consiste à attendre que le PVT ouvre. Tu dis oui, parce que c’est cool, les weekends avec les amis.

C’est tout début Novembre, au retour de Montréal, et encore jetlaguée. Un aller sur Paris, une nuit sur un matelas gonflable qui se dégonfle, et le départ à 6 heures le lendemain matin. A quatre dans une Twingo, direction la Belgique puis les Pays-Bas. A l’arrière on est tassées entre les sacs et les duvets, on finit notre nuit.

Amsterdam Amsterdam Amsterdam Vélos traversier amsterdam

Ce weekend à Amsterdam, outre la découverte d’une très jolie ville, c’est plein de souvenirs. Le genre de weekend un peu WTF où tu préfères rire que pleurer. Parce qu’il fait froid et humide et que la péniche est pas chauffée. Alors on dort tout habillés et on se serre sous les couvertures. Parce que ya pas vraiment d’eau chaude et qu’on prend des douches en gueulant que putain il fait froid – quand ya pas deux cons qui s’amusent à faire tanguer le bateau. Parce que la « salle de bains » comporte un toilette qu’il faut pomper pour vider, et qu’on ira tous squatter les WC du super-resto-café italien où on va petit-déjeuner chaque matin avant de prendre le traversier pour rejoindre la ville.

C’est les soirées à rire comme des débiles en jouant au Times Up enroulés dans nos sacs de couchage. C’est les journées à arpenter la ville et les canaux en vélos, et rentrer trempés parce qu’il pleut-neige et qu’on a pas d’imperméables. C’est la balade en péniche où on cherche les volets (parce que je sais pas si vous avez remarqué mais ya plein de pays où il n’ya pas de volets. c’est très Français/Italien/Espagnol les volets. et moi ça me perturbe que y ait pas de volets dans des pays aussi froid que la Suède ou le Canada. ou les Pays-Bas) (mais on a vu plein de fake volets à Amsterdam, et ça c’est bien).

Amsterdam AmsterdamAmsterdam Vélo Adidas Amsterdam Amsterdam canauxA Amsterdam, outre l’herbe, les filles et les vélos, il y a des canaux, et des façades en briques. Et puis des tags, des magasins de didjeridoos, de la bonne bière. On est passés sur et sous des petits ponts trop cutes. On a mangé pakistanais. On a failli se faire écraser par des vélos et mourir environ 12 fois. On a découvert que le Gouda c’est vraiment trop super bon en fait. J’ai trouvé mon nouveau jean fétiche chez Gsus (tellement fétiche qu’il a trépassé il y a 3 semaines). Et on a acheté des tulipes pour rapporter à nos parents.

Alors j’ai pris beaucoup trop de photos, parce qu’on avait une lumière extraordinaire et que Amsterdam, c’est beau.

Et puis on est rentrés, toujours en Twingo, en faisant un énorme détour pour trouver un Burger King bien caché au fond d’un centre commercial au milieu du trou du cul de la Hollande. Mais on a mangé Burger King. Et on a beaucoup rigolé.

Bref, c’était bien.

Tag Amsterdam
Tag Amsterdam Amsterdam Marché aux Fleurs Amsterdam Tag Amsterdam Amsterdam gay
Vélos Amsterdam Amsterdam Amsterdam faux volets Amsterdam Coffee  shop Amsterdam

Amsterdam city theaterAmsterdam Ludi & Clem