Développement(s) personnel(s)

polyamour 101

Alors voilà, je suis polyamoureuse. C’est plus vraiment un secret aujourd’hui et j’en parle facilement, mais la vérité c’est que la plupart des personnes ne comprennent pas exactement ce que ça signifie. Pour être honnête, j’ai été la première à avoir des a priori sur ce qu’est le polyamour, et à ne pas me reconnaître immédiatement dans cette vision des relations.

À force d’en parler autour de moi, il m’a semblé que ce serait une bonne idée d’en parler plus ouvertement sur mon blogue, et pourquoi pas de faire une petite série d’articles sur le sujet, en fonction des questions et commentaires. Le terme est aussi de plus en plus utilisé, et autour de moi nombreu.ses.x sont les personnes à se questionner sur le modèle de couple hétéro-normatif exclusif/monogame.

**À noter** Je souhaite préciser que l’avis exprimé ici reste le mien : ma vision de ce qu’est le polyamour, comment je l’interprète, via mon expérience personnelle de cisfille bie à tendance hétéro. Il est évident que certain.e.s ne se reconnaîtront pas dans là-dedans, même si je souhaite définir et reconnaître un polyamour inclusif et fluide. Aussi je vais m’efforcer d’utiliser le plus possible l’écriture inclusive. 

Polyamour, donc.

La première chose que je souhaite mentionner, c’est qu’être polyamoureux, n’est pas une orientation sexuelle (homo-bie-asexuel etc), mais un choix. À mon sens, le polyamour est une vision des relations suivant plusieurs valeurs, à savoir : la liberté, l’honnêteté, la  bienveillance, le respect, et l’équité. Tout ceci concerne tou.te.s les partenaires impliqué.e.s, et se passe idéalement dans un cadre de communication authentique.  Je reviendrais plus tard sur ces valeurs et ce que ça signifie pour moi. Comme pour le féminisme*, une fois qu’on a ouvert son esprit à certaines (remises en) questions, on réalise à quel point notre vie amoureuse et nos relations en général sont impactées et contraintes par des constructions sociales, une éducation, un modèle imposé par la société. Être polyamoureux, c’est reconnaître et partager ces valeurs, et les appliquer au sein de sa/ses relations.

Être polyamoureux, ce n’est pas forcément avoir plusieurs relations, coucher avec plein de gens, ni être en amour avec tout le monde.

Être polyamoureux, ce n’est pas tromper saon partenaire.

Être polyamoureux, ce n’est pas être libertin, échangiste, polygame, … même si, en quelque sorte, ces modes relationnels peuvent être inclus dans le polyamour sous réserve de respecter certaines valeurs (c’est là que ma vision est assez large et risque de choquer certain.e.s poly)

Être polyamoureux, ce n’est pas forcément être en triade femme-homme-femme, malgré les nombreuses représentations de ce type d’arrangement relationnel.

Être polyamoureux, ce n’est pas « ne pas être jaloux ». La jalousie, comme de nombreux sentiments s’ils sont exprimés et gérés correctement, a sa place dans une relation polyamoureuse.

Enfin, être polyamoureux « actif » ce n’est pas pour tout le monde, mais je crois que n’importe qui pourrait trouver de merveilleux outils de gestion relationnelle et sujets de réflexion en se penchant un peu sur la question.

Fred Gingras

Alors, comment on devient polyamoureux ? 

 

Pour moi, le premier pas vers le polyamour serait de reconnaître et admettre quelques points concernant nos relations modernes, à savoir :

– Nous ne sommes pas exactement des animaux monogames (ou bien plutôt des monogames en série pour notre nouvelle génération) : l’Amour-passion exclusif à long terme dans le cadre du mariage est le fruit d’une construction sociale, mais aussi et surtout, qu’il est naturel, et pas malsain, d’avoir une attirance sexuelle (et pourquoi pas amoureuse) envers quelqu’un d’autre que notre partenaire principal.e. (Olala, les gros mots.)

– On ne possède pas une personne. Malgré ce que la culture populaire (sexiste, ajouterais-je) nous inculque, les désirs et actions de l’être aimé ne nous appartiennent pas, et ce quelle que soit la puissance des sentiments partagés.

– Il est difficile voire impossible de satisfaire tous ses besoins et désirs, qu’ils soient affectifs, sexuels ou autres, avec une seule personne.

De mon point de vue, la monogamie et les relations exclusives ne sont qu’une forme d’ententes relationnelles parmi d’autres. Je ne pose pas ici de jugement contre celleux qui choisissent ce type de relations, qui le respectent, et sont heureu.x.ses là-dedans. Il y en a, j’en ai fait partie, et j’ai beaucoup d’estime pour celleux qui s’y épanouissent. Il est certain qu’être en relation non exclusive amène son lot d’insécurités, de remises en question, de doutes, de problématiques diverses, et je respecte infiniment celleux qui reconnaissent ne pas pouvoir faire face à ces vagues là.

Je critique simplement l’illusion que nous donne notre éducation, de penser qu’il n’y a qu’un seul modèle viable et valide, et la construction sociale qui nous a appris que coucher avec un.e autre, ou même fantasmer sur un.e autre va amener un désastre et mérite un cruel châtiment.

Je crois alors que le polyamour est une façon de sortir de la boite, de voir plus large, de ré-envisager les relations, d’apprendre à gérer des émotions complexes telles que la jalousie, et surtout l’occasion d’amener des changements profonds dans nos relations aux autres et à nous-même.

Je m’arrête ici pour ce premier volet. Dans le prochain article, on entrera un peu plus dans le vif du sujet : comment ça marche, concrètement ?

 

En attendant, voici quelques liens pour approfondir le sujet :

Un super podcast très court sur le polyamour (France Culture) https://www.franceculture.fr/conferences/quest-ce-que-le-polyamour

Les Tedtalk d’Esther Perel sur le désir dans le couple moderne, qui ont grandement influencé mon cheminement vers le polyamour (on peut mettre les sous-titres en français)

*Je mentionne le féminisme, car je crois que le modèle normatif exclusif est très sexiste. En ce qui me concerne, être polyamoureuse est un choix politique et féministe (je reviendrais éventuellement sur ce point).

Intime & Réflexions

la délicatesse

J’écris plus. Ici, j’écris un peu ailleurs, parfois. J’écris plus, je poste plus tant de photos sur IG, je partage moins ma vie sur les internettes, hormis peut être twitter.

J’écris plus, j’ai perdu la routine et l’entrainement pour trouver la musique originale des mots. Je suis occupée, souvent, je suis moins sur mon ordi surtout. Ma vie est un si beau tourbillon depuis des mois, si doux, si joli, si plein de ces personnes merveilleuses et du printemps sans fin, de l’été pas si chaud, de Montréal, de musique, de nuits blanches, de lacs, de forêts, d’avions, aussi.

J’écris plus parce que j’ai plus grand chose à dire, j’ai moins de mots qui circulent dans ma tête et demandent à sortir. Je les vis, les choses, dans mon corps et ma peau.

En fait si j’aurais tant et tant à raconter, mais ce serait si long, et si compliqué de trouver les mots justes, les mots qui disent « je suis heureuse, je suis centrée, je suis enfin« . Et aussi, je suis amoureuse, follement, je les aime plusieurs, et tou.te.s à la fois dans leurs beautés singulières, et je fais l’amour avec mon corps mes yeux mes mains mes mots et toute cette vie qui brûle en dedans. Je suis passionnée, si passionnée de ce métier qui me remplit et m’apporte tant. Je suis libre, surtout. Libre comme j’ai jamais été, libre d’être moi toute entière, libre d’aimer, de dormir, de vivre, de baiser, de dire non et stop, libre d’exister.

Au travers d’eux, de moi, de nous, au travers des mois qui s’écoulent et des changements d’heure, j’ai eu 31 ans. Je grandis encore chaque jour un peu plus. Je change, ou plutôt, je me découvre.

Dans ces nouveaux paysages, je me promène. J’expérimente des sensations inconnues, je développe des réflexions, je m’observe et j’apprends des autres, aussi, doucement, je me mets à croire pour vrai en mes rêves. Et puis il ya ce sentiment étrange. Plus j’avance, plus j’accumule de certitudes et d’évidences. Et pourtant, plus j’avance, et plus j’accède à l’immensité de tout ce que je ne sais plus.

Je plume. Couche par couche, des mues successives qui s’arrachent parfois dans les cris, la douleur et les respirations. Renaissances infinies, je me sens parfois si vulnérable, et si nue sans ma peau dure et mon armure de contrôle. J’acquiers l’équilibre tandis que le chaos achève de me (dé)construire. Et je me vois alors, enveloppée d’un litre d’huile chaude sous les mains d’une présence chaleureuse, je me vois, si fragile.

Je suis fragile. Je me répète, presque nue sur cette table. Je suis fragile, et si vulnérable, et sensible, et c’est là toute ma force et ma faiblesse à la fois. Je perçois l’autour avec tant de violence, je dois mettre mes limites – ces fameuses limites qu’il m’a fallu apprendre à concevoir, établir, puis à poser – mais comment se protéger dans un monde de grandes personnes et de responsabilités ? Comment faire savoir qu’on est multiple, force et fragile, sérénité et mouvement, transformation constante, éponge empathique, hyper intuition, déstabilisation facile ?

C’est peut être votre évidence. Pour moi, c’est encore un effort à chaque pas. Accepter cette vulnérabilité, m’ouvrir, apprendre à percevoir, à recevoir, pour mieux accompagner les autres à trouver les portes et leur propre cheminement sans trop m’impliquer, et surtout, ne pas me perdre, là-dedans. Me fabriquer ce cocon qui me permet d’exister au dehors. Reconstruire autour de moi la peau qui s’est parfois violemment arrachée sous la tempête, les coups et les émotions.

Le mot-clé c’est bienveillance, et authenticité, et on est quelques uns à en avoir fait notre philosophie. On est un petit tas qui se serrent les uns contres les autres, la nuit pour se tenir chaud. On est une bande de doux rêveurs et d’hypersensibles qui croyons qu’on peut créer pour vrai le monde utopique qu’on s’est inventé. On est cette bulle Bizarre au milieu du vrai monde.

C’est eux, mon fuel, mon île, mon espace sûr. C’est eux, mes amants, mes amours, mon polycule.

C’est parmi eux, multiples, que je me tiens désormais debout.

Mots par Fred Gingras

Intime & Réflexions

cellophane

Pendant longtemps, et jusqu’à récemment, j’ai cru que grandir, vieillir, devenir adulte, c’est acquérir des certitudes. J’ai cru qu’en avançant on finissait par savoir, que les doutes s’effaceraient au fur et à mesure, que je saurais comme des évidences, que je trouverais des réponses, que j’arrêterais, enfin, d’avoir peur.

Ces dernières années ont été les plus riches, les plus intenses, et sûrement les plus constructives de ma vie. Patiemment, méticuleusement, j’ai tout déconstruit pour tout réapprendre, j’ai cheminé, zig zagué, pris des claques immenses, défoncé des murs, tracé des routes où il n’en existait pas vraiment. Je suis devenu la pire, de ces personnes qui te disent que rien n’est impossible si tu y crois assez fort, qu’il suffit de se donner les moyens. Qu’on peut créer sa propre vie, inventer son univers si celui-ci n’est pas préexistant. Qu’il suffit parfois de pousser une porte invisible, de se donner le droit pour que ça existe, que les barrières qui nous entravent ne sont que celles qu’on s’autorise.

J’ai changé de continent. J’ai changé de métier. J’ai changé de vie. Et surtout j’ai changé, moi. J’ai touché le fond à plusieurs reprises, on m’a tendu la main parfois, la plupart du temps j’ai l’impression de m’être remontée toute seule, à la force des bras. Je me suis perdue, et je me suis retrouvée.

De ces années chaotiques, je ressors avec l’impression de me connaitre comme jamais. De savoir qui je suis, ce que je veux, où je veux m’en aller, ce qui me fait du bien. D’être emplie d’une énergie immense, d’une envie de vivre qui brille si fort, d’une foi en moi et en les autres que peu de choses sauraient arrêter.

Et pourtant. Je ne sais parfois pas qui je cherche à convertir.

Il y a toujours une fissure, sous l’apparente facilité d’exister. Il y a ces moments de vide qui me prennent, m’entraînent, me noient. Il y a ces doutes qui s’immiscent. Il y a ces pensées parasites que je ne cherche plus à éloigner.

L’été dernier j’ai perdu, à nouveau, un amour. Un amour que je croyais immense et sans faille, un amour que je croyais unique, infini, indestructible. Comme à chaque fois. Et puis un jour l’indestructible s’effondre, inexorablement, et je regarde amère disparaître tout ce qu’on a construit.

La même histoire, qui joue encore. Et encore. Et encore.

Alors, quelque part, je n’ai plus confiance. En ce que je ressens, en mon intuition, en mes sentiments. Je me suis trompée tant de fois, sur les gens, les situations. Rencontrer, découvrir, explorer, investir, s’engager, s’ouvrir, partager. La chute. Tomber de haut. Le déni, et puis renoncer. Accepter la fin. Effacer les traces. Pleurer les dommages collatéraux.

Parfois, retomber sur des mots, une photo, croiser une pensée vagabonde et se demander – où est passé ce temps ? À quel moment est-ce que le bonheur a laissé sa place à l’amertume, à la colère, à la haine ?

Je voudrais que quelqu’un me prenne par la main et m’emmène quelque part. Je voudrais retrouver mon innocence. J’aimerais arrêter d’avoir peur de me tromper. Retrouver cette facilité à me glisser dans la vie d’un autre sans penser aux conséquences. Être capable de me laisser aimer, à nouveau.

Il y a sur mon coeur une pellicule de cellophane.

Intime & Réflexions

alors les épines

Moi aussi, j’ai peur d’être seule.

Je dis moi aussi, parce que je crois qu’on est tous un peu dans le même bateau, avec notre besoin d’amour et de se sentir entourés. On est des animaux sociaux, des bibittes à émotions, plein de sentiments avec lesquels on sait pas toujours trop quoi faire.

Puis j’ai réalisé récemment, j’ai beau avoir l’air de tenir debout comme une grande, l’air que je m’en sors et que je m’en sortirais toujours, l’air que j’ai besoin de rien ni personne, l’air forte et solide et de savoir où je vais et ce que je veux… et même si tout ça c’est un peu vrai, même si je m’efforce de tenir le cap quoiqu’il arrive et que je travaille dur pour me débrouiller et assumer les conséquences de mes décisions, là, sous ma carapace de fille-forte-qui-en-a-vu-d’autres, j’ai la chienne.

J’ai eu trente ans cet été. J’ai eu trente ans, et j’ai encore perdu au jeu de l’Amour.

Oui, l’Amour avec un grand A. Celui dont je criais haut et fort que je n’y croyais plus. La vie est d’une ironie parfaitement violente.

Faut croire que l’âge et l’expérience ne protègent de rien. On a beau prévenir, on a beau déployer des efforts de communication, d’authenticité, de transparence, mettre mille avertissements avant de se lancer… on s’écrase pareil à la fin. Un jour, la personne à qui tu crois avoir tout offert te fait sentir à quel point elle s’est brisée dans ton halo, parce que tu es ce que tu es.

Alors, une fois de plus, je suis pétrifiée. Je peux pas m’en empêcher. J’ai peur de faire peur, j’ai peur de faire mal, j’ai peur de briser les jolies choses, d’être trop, d’être tout, d’être moi. En entier.

J’ai peur de ne jamais convenir. J’ai peur de jamais réussir à m’arrêter. J’ai peur de brûler celleux que j’aime et qui s’approchent de trop près pour voir tout ce qui brille. J’ai peur de ce que je suis.

J’ai peur d’avoir mal. Parce que j’aime si fort. Parce que je crois en la force de l’amour et que tout est possible, quand on veut. Parce que je ne veux pas me retenir. Parce que je ne peux pas m’en empêcher. Parce que quand on aime aussi intensément, la chute est violente lorsqu’on se retrouve seule face à feu-nous deux.

J’ai peur de faire mal. Parce que j’ai besoin d’être aimée si fort, et que l’amour me rend plus entière, plus insensée aussi, je me sens invulnérable et fabuleuse, et que de cette énergie naît l’indépendance d’exister par moi-même. Parce que je me nourris pour m’embraser toujours plus. Parce que j’ai si peur de disparaître si je me fonds dans le deux.

J’ai peur de me montrer vulnérable. J’ai peur d’ouvrir un peu la carapace qui me protège et dire, voilà. C’est si fragile en dedans. Si vous saviez comment chaque micro déchirure invisible met du temps à se réparer. Comment plus tu es proche et plus tu touches profond, et comment les mots peuvent laisser des traces indélébiles.

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Pendant des années, j’ai sorti les épines à chaque fois que je sentais le besoin de me protéger. J’ai blessé à la mesure de ce que j’avais mal, frappé dans le vide, repoussé violemment pour trouver dans l’insistance du retour une preuve de l’amour qu’on me portait. Je retournais ainsi l’arme contre moi-même, me jugeant si fort de mon incapacité à l’adéquation. Et puis j’ai appris, doucement, à faire confiance. J’ai appris l’amour et la bienveillance, j’ai appris à me tourner vers les autres plutôt que contre moi-même lorsque je me perds, pour que vous me réaffirmiez cette belle image que vous avez de moi, que vous me rappeliez que je suis inspirante, et la façon dont je peux resplendir, et qu’à travers le regard de mon entourage je me souvienne pourquoi c’est important que je ne me laisse pas tomber.

C’est ma vulnérabilité que j’expose ainsi. C’est demander de l’aide, en silence parfois, c’est retrouver le chemin pour (m’)aimer à nouveau.

Parfois, ça ne suffit pas. Parfois, il y a un mur si grand à franchir que l’autre s’est construit. Parfois, je crois que je ne sais plus comment aimer sans tout dé(cons)truire.

Parfois, je suis terrorisée.

Intime & Réflexions

brille

Je ne sais pas par où commencer ce post.

Je voudrais parler de toi, de nous, de moi, aussi. Je voudrais raconter et puis pas vraiment, qu’est ce qu’il y a à dire après tout. Je voudrais dire et écrire, vider ma tête et mon coeur de tous ces maux, exprimer quelque part ces pleins et ces vides. C’est une histoire triste.

C’est toujours plus compliqué de savoir par où commencer à raconter les histoires tristes, tu ne trouves pas ?

Mon amour.

J’ai envie de te dire

Mon amour, de mes jours et de mes nuits, tu n’es plus.

Nous ne sommes plus.

Nous.

C’est difficile de raconter comment, pourquoi, un jour après l’autre et durant des mois, nous nous sommes patiemment détruits. Comment je nous ai vu perdre pied dans cette tempête invisible, comment chaque action portait un coup de plus à cette fragile embarcation, comment j’ai observé notre naufrage sans réussir à réagir correctement.

Et puis c’était quoi la bonne façon de réagir ?

Je retourne la situation, je l’observe sous toutes ses coutures, tous ses aspects, je l’analyse et le décortique depuis des mois. De mon point de vue il reste toujours un angle mort. Celui que je n’ai pas vu venir. Celui que je ne contrôle plus. Celui qui n’est pas lié à moi.

C’est difficile, de choisir entre l’amour pour soi et l’amour pour un autre. C’est difficile, de réapprendre à exister à côté de quelqu’un qui s’éteint doucement. Je brille et je flamme, et parfois, je finis par consumer ceux qui manquent de combustible. Dommages collatéraux.

Je l’ai vue, la chute. J’ai arrêté de compter les jours brûlures et les nuits à pleurer. J’ai combattu un peu, et puis j’ai abandonné.

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C’est fucké la nature humaine. Cette rage de vivre et de ressentir, et puis cette manie de s’accrocher même à ce qui nous a blessé plus que tout. Comme si, en refusant de lâcher-prise, on espérait trouver une forme de réponse, des regrets peut être, des explications, et guérir les morsures de leur venin.

On me dit « il faut faire le deuil ». Et puis « tu devrais rester seule ». « Garder les distances ». « Couper la communication ». « Tu trouveras quelqu’un qui te rendra heureuse ». Et la pire « Vous dites la même chose, finalement ».

Mes émotions s’emmêlent. De la colère parfois, de la tristesse la plupart du temps. Du déni. Et la résignation. Les tentatives de me ramener au réel m’enfoncent un peu plus par la comparaison. Je culpabilise et me juge si fort d’agir là où il semblerait que je doive juste me taire, attendre, tenter d’apprivoiser la vie sans toi. Encore et encore, je réalise que mon amour n’était pas assez fort pour te suffire, qu’il y a mille langages à l’amour, et que nous ne nous comprenons plus. Je ne peux plus partager ma tête et mon coeur, il fait froid, c’est l’automne qui frappe sur le carreau de ma fenêtre, et puis.

Je suis incapable de rester seule. La solitude embrume mon cerveau, noie mes pensées du vide que tu laisses à ma vie. Je doute et je perds le sens du tout. Me tenir occupée, toujours, chercher la tendresse et le frisson d’un regard, la douceur d’une main dans mon cou ; toujours avancer dans la tourmente, c’est comme ça que je me laisse croire que j’existe. C’est comme ça que je t’ai perdu. Alors je ne veux pas vraiment voir les amis et je ne veux pas en parler – pas encore. J’ai trop parlé, depuis des mois en boucle la même histoire infiniment. Que reste-t-il hormis l’usure ? Rien de nouveau.

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J’ai tué le hamster là-haut, rangé les plans de la vie à deux, et je me suis tue. En silence, j’attends.

J’attends que tu te retrouves, et que, quelque part sur ton chemin intérieur, ma route croise la tienne à nouveau.

 

Intime & Réflexions

scalène

poly triangle
J’ai deux amours.

Mettons quatre, avec les chats.

J’ai deux amours, puis ça fait plus peur de le dire. L’eau et le métal, il parait. Le feu au milieu.

J’ai deux amours et c’est la chose la plus merveilleuse-extraordinaire-enrichissante qu’il m’ait été donné de vivre jusqu’à présent.

Ça fait longtemps que je crois plus aux histoires d’âmes soeurs, de moitié, de Prince Charmant. Gloire au sexisme hétéronormatif de notre société. J’ai pété des murs, pour en arriver là. J’ai perdu une amie, on s’est fait du mal, on a beaucoup douté, explosé, pleuré. Et c’est loin d’être terminé. Mais criss que ça en vaut la peine.

Triangle.

Je ne suis pas une je suis multiple. Et je suis une dans ma complexité. Je ne suis pas isocèle, ni rectangle, et surtout pas équilatérale. Ça n’existe pas, les triangles parfaits. Alors, puisqu’il faut bien mettre une étiquette, j’ai choisi les pointillés pour tout ce qu’il reste à dessiner.

Intime & Réflexions

les amours dérisoires

Dans la vie, il y a les chagrins d’amour. On en parle, de ceux là, on en fait des livres, des films, des kilomètres de phrases aussi plates que « un.e de perdu.e, dix de retrouvé.e.s » (dix quoi, je ne sais pas), ou encore « ça va passer« , « vous étiez pas faits pour être ensemble« , « on attendait pas les mêmes choses de la vie ». Ya même des guides pour gérer les ruptures. Faut manger des pots de Häagen Daz en linge mou dans son canapé, et pleurer devant des films romantiques. Créer des montagnes au pied du lit à base de mouchoirs humides. Passer des heures au téléphone avec les amies pour faire la liste des défauts de l’ex. Tout casser. Adopter un chat, ou un sextoy. Partir en voyage et s’envoyer en l’air à l’autre bout du monde avec un bel inconnu. Et ça finit par passer. Ça passe toujours. On est forts, les humains, avec ce truc magique qui s’appelle résilience et qui guérit (presque) tout.

J’en ai connu, des peines d’amour. Beaucoup. Des ruptures plus ou moins chaotiques. Des « je t’aime plus » et le mur de verre sur lequel on explose. Des « ça fait des mois que ça va plus il faut se rendre à l’évidence« . Et puis « on fonctionne mal ensemble, tant pis, restons amis« . Des qui disparaissent un jour en ayant eu à peine le temps de dire au revoir. Des qui voulaient autre chose, ou c’était moi. Des qui mettent des années à se terminer.

Je suis rendue bonne je crois, pour finir ce genre d’histoires. Du sexe d’adieu, ou une grosse discussion, ou les deux, relever la tête, me dire que ça va aller, qu’on restera amis, que c’était beau le temps que ça a duré, que le bout de chemin nous a fait grandir, qu’on a eu du fun après tout. Ne pas s’attarder. Passons à la suite.

Puis y a d’autres types de ruptures. De celles qu’on tait, parce qu’elles se passent souvent sans cris, sans heurts, sans bris, mais qui n’en sont pas moins douloureuses. Pas de films ni de livres pour savoir comment réagir, pas d’overdose de chocolat ni de bête à poils pour combler le vide, juste un nom sur Facebook, des souvenirs, et le silence.

On n’en parle pas, des chagrins d’amitié. Comme si « amis » c’était un statut pour la vie. Comme si ça blessait pas, quand on perd une personne qui a été là pendant des années, pour écouter nos gros et petits malheurs, partager les bonheurs, aussi, quelqu’un qu’on a écouté, rassuré, consolé jusqu’au milieu de la nuit – et réciproquement ; avec qui on s’est saoulé, on a dragué, dansé, partagé des moments inavouables, et des expériences inoubliables. C’est comme si, sur le plan des blessures émotionnelles et de la compassion qu’on doit démontrer pour les autres, ça comptait moins que la mort d’un animal de compagnie.

amis-barcelone

J’ai eu beaucoup d’amitiés perdues. Il y a celles que le temps et la distance délitent, doucement, inexorablement. Et cette personne qui faisait autrefois partie de mon quotidien devient une inconnue, un nom et quelques photos noyées dans le nuage Facebook. J’ai beaucoup bougé depuis l’adolescence, changé de cercle social, de ville, de pays. Je me suis fait de nouveaux amis, j’en ai gardé certains, et je suis toujours aussi fascinée de voir passer les relations amicales au filtre de l’éloignement, de celles qu’on pensait garder pour toujours et qui finissent par s’éteindre, à ces amitiés inattendues que la distance semble renforcer. Il y a aussi ces amitiés semi-virtuelles, ces gens dont je me sens étrangement plus proche que ceux qui ont autrefois partagé ma vie, à force de tweets, Instagram, Snapchat et autres status Facebook.

Il y a des ruptures au travers desquelles je suis passée sans encombre, des relations usées et affaiblies par le travail de sape du temps, jusqu’à n’avoir plus de raison d’être ; des relations encombrantes et quasi nocives dont il fallait se défaire. C’est facile alors de lâcher-prise. On change, on évolue, et c’est parfois même positif de se libérer du « poids » d’une amitié dont on ne trouvait plus le sens.

Et puis il y a les autres. De celles qui te pètent dans la face et que t’as pas vues venir. Un peu comme quand du jour au lendemain ton amoureu.se.x t’annonce « je t’aime plus, car je pense que tu es une personne détestable« .

Je t’aime plus, après toutes ces années à penser l’amitié insubmersible, après avoir exploré ensemble les recoins les plus sombres et traversé les mois les plus difficiles en se soutenant jusqu’au bout, ça fait bizarre. Bizarre mal, comme dans planter un couteau et le tourner doucement dans la plaie. Sur le moment, la réaction est simple – quelle que soit la part de vérité dans les mots qui sont prononcés, c’est trop douloureux pour être accessible. Il faut couper le lien. Se protéger. Si je suis devenue nuisible, alors à quoi bon continuer à nourrir cette relation ? Les semaines passent, on réalise alors l’impact de cette blessure, la manière dont elle a finit par se répandre, les morceaux invisibles en dedans, la fragilité sournoise qu’elle dessine sous la peau. À qui le dire alors – je suis triste, et blessée, ma confiance a été trahie – et j’ai moi aussi déçu quelqu’un à qui je tenais. Il faut l’annoncer pourtant, alors qu’on était inséparables, « je ne suis plus amie avec X., on ne se parle plus, ça pourrait être bizarre si tu nous invites en même temps« . Se préparer peut être à recroiser l’autre chez des amis communs. Raconter le pourquoi, rester objective, espérer pourtant quelques mots de réconfort, un parti pris pour se rassurer. Supprimer finalement son nom des réseaux sociaux, parce que ça faisait juste raviver la coupure.

Dit comme ça, ça ressemble de très près à ces histoires de couples en pleine séparation. Sauf que. J’ai pas vraiment changé de mode de vie. J’ai pas pensé qu’une de perdue dix de retrouvés. J’ai pas vraiment cherché de réconfort en pleurs au téléphone, pas même auprès de ma psy. J’ai voulu faire comme si ça m’avait pas brisé – je crois que c’était déjà fait bien avant, finalement, que c’était juste le coup de grâce.

Peut être que j’aurais dû manger de la crème glacée à la petite cuillère en pleurant devant un film de copines. Peut être que j’aurais dû prendre un autre chat. Peut être que j’aurais pu faire un post Facebook lancinant pour régler mes comptes. À la place j’ai fait comme d’habitude. J’ai mis ça dans une nouvelle boite que j’ai poussé bien au fond, le temps que ça passe.

Ça va passer. Ça passe toujours.

On est forts, les humains, avec ce truc magique qui s’appelle résilience et qui guérit (presque) tout.