Intime & Réflexions

alors les épines

Moi aussi, j’ai peur d’être seule.

Je dis moi aussi, parce que je crois qu’on est tous un peu dans le même bateau, avec notre besoin d’amour et de se sentir entourés. On est des animaux sociaux, des bibittes à émotions, plein de sentiments avec lesquels on sait pas toujours trop quoi faire.

Puis j’ai réalisé récemment, j’ai beau avoir l’air de tenir debout comme une grande, l’air que je m’en sors et que je m’en sortirais toujours, l’air que j’ai besoin de rien ni personne, l’air forte et solide et de savoir où je vais et ce que je veux… et même si tout ça c’est un peu vrai, même si je m’efforce de tenir le cap quoiqu’il arrive et que je travaille dur pour me débrouiller et assumer les conséquences de mes décisions, là, sous ma carapace de fille-forte-qui-en-a-vu-d’autres, j’ai la chienne.

J’ai eu trente ans cet été. J’ai eu trente ans, et j’ai encore perdu au jeu de l’Amour.

Oui, l’Amour avec un grand A. Celui dont je criais haut et fort que je n’y croyais plus. La vie est d’une ironie parfaitement violente.

Faut croire que l’âge et l’expérience ne protègent de rien. On a beau prévenir, on a beau déployer des efforts de communication, d’authenticité, de transparence, mettre mille avertissements avant de se lancer… on s’écrase pareil à la fin. Un jour, la personne à qui tu crois avoir tout offert te fait sentir à quel point elle s’est brisée dans ton halo, parce que tu es ce que tu es.

Alors, une fois de plus, je suis pétrifiée. Je peux pas m’en empêcher. J’ai peur de faire peur, j’ai peur de faire mal, j’ai peur de briser les jolies choses, d’être trop, d’être tout, d’être moi. En entier.

J’ai peur de ne jamais convenir. J’ai peur de jamais réussir à m’arrêter. J’ai peur de brûler celleux que j’aime et qui s’approchent de trop près pour voir tout ce qui brille. J’ai peur de ce que je suis.

J’ai peur d’avoir mal. Parce que j’aime si fort. Parce que je crois en la force de l’amour et que tout est possible, quand on veut. Parce que je ne veux pas me retenir. Parce que je ne peux pas m’en empêcher. Parce que quand on aime aussi intensément, la chute est violente lorsqu’on se retrouve seule face à feu-nous deux.

J’ai peur de faire mal. Parce que j’ai besoin d’être aimée si fort, et que l’amour me rend plus entière, plus insensée aussi, je me sens invulnérable et fabuleuse, et que de cette énergie naît l’indépendance d’exister par moi-même. Parce que je me nourris pour m’embraser toujours plus. Parce que j’ai si peur de disparaître si je me fonds dans le deux.

J’ai peur de me montrer vulnérable. J’ai peur d’ouvrir un peu la carapace qui me protège et dire, voilà. C’est si fragile en dedans. Si vous saviez comment chaque micro déchirure invisible met du temps à se réparer. Comment plus tu es proche et plus tu touches profond, et comment les mots peuvent laisser des traces indélébiles.

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Pendant des années, j’ai sorti les épines à chaque fois que je sentais le besoin de me protéger. J’ai blessé à la mesure de ce que j’avais mal, frappé dans le vide, repoussé violemment pour trouver dans l’insistance du retour une preuve de l’amour qu’on me portait. Je retournais ainsi l’arme contre moi-même, me jugeant si fort de mon incapacité à l’adéquation. Et puis j’ai appris, doucement, à faire confiance. J’ai appris l’amour et la bienveillance, j’ai appris à me tourner vers les autres plutôt que contre moi-même lorsque je me perds, pour que vous me réaffirmiez cette belle image que vous avez de moi, que vous me rappeliez que je suis inspirante, et la façon dont je peux resplendir, et qu’à travers le regard de mon entourage je me souvienne pourquoi c’est important que je ne me laisse pas tomber.

C’est ma vulnérabilité que j’expose ainsi. C’est demander de l’aide, en silence parfois, c’est retrouver le chemin pour (m’)aimer à nouveau.

Parfois, ça ne suffit pas. Parfois, il y a un mur si grand à franchir que l’autre s’est construit. Parfois, je crois que je ne sais plus comment aimer sans tout dé(cons)truire.

Parfois, je suis terrorisée.

Intime & Réflexions

de ceux

Berlin - Memorial Juif

Dans la vie, je suis pas une anxieuse. J’ai bien mes petites peurs, comme tout le monde. J’ai peur de mettre mes doigts dans un trou de l’évier et que le broyeur se mette en marche (même si ya pas de broyeur, mais j’ai vu trop de films américains je crois). J’ai peur des algues (qu’elles m’attrapent et m’emportent au fond de de l’eau). Par logique, j’ai peur de quand l’eau est sombre, que je vois pas le fond. J’ai peur de m’avancer trop près d’un rebord très haut parce que j’ai un mauvais équilibre. J’ai peur d’être enfermée au milieu d’un tas de gens, ou dans une petite pièce, et surtout j’ai peur d’être enterrée vivante ou qu’on me mette un truc sur le visage pour m’étouffer. J’ai peur de la mer au large – quand le fond est loin et que y a de l’eau partout -, et des films comme Gravity où ils sont perdus dans l’immensité de l’espace. En fait, j’ai peur de tout ce qui se rapporte à l’asphyxie et les espaces confinés (et de la perspective où je serai incapable de bouger les jambes et les bras). Ca reste des peurs « gérables » – je prends le métro, les ascenseurs (sauf celui de chez Ludi et Clem parce que vraiment on dirait un cercueil à la verticale), je survis au milieu d’une foule complètement serrée comme à Igloofest, si je la sens pas hostile. J’évite la plongée, et les trucs potentiellement claustrophobes comme la spéléo ou même passer dans un boyau ou un trou dont je connais pas la longueur.

J’ai peur de la souffrance des autres. Enfin, peur. Disons que ça me met extrêmement mal à l’aise. Je peux pas regarder de films comme Saw, et je suis capable d’imaginer le pire d’une scène où rien n’est montré mais tout suggéré. J’ai pas été voir 127 heures parce que le principe même du gars qui doit s’auto découper le bras pour s’en sortir me met mal. Alors le type qui se coupe la jambe à la tronçonneuse, je t’en parle pas. Ce qui m’a le plus dérangé dans la scène du viol d’Irreversible, c’est les bruits. Je voulais qu’elle se taise, parce que le son, c’est le truc qui passe le mieux ce genre de stress et de tension.