Intime & Réflexions

si peu de choses

C’est un article un peu vide, désolée. Décembre est arrivé sur Montréal, apportant la neige, le froid, un peu. Et puis ça a fondu, mais on a eu quelques journées blanches, ce genre de moments de grâce où tu peux marcher la bouche ouverte pour attraper les (gros) flocons qui tourbillonnent du ciel, et les matins gelés au ressenti -20°C et au ciel bleu poudré de fumées blanches.

C’est pas vraiment beau, Montréal en hiver, et puis c’est beau malgré tout. C’est un ciel blanc et lourd, c’est les rues détrempées, la neige sale amassée sur les trottoirs entre deux flaques d’eau grise. C’est ces matins clairs où un tapis blanc recouvre la laideur de la ville – le béton des trottoirs, les pelouses grillées, les détritus.

J’aime l’hiver. Malgré ces journées trop courtes, j’aime ce froid vif qui fait les jours rouges et assèche mes lèvres. J’aime enfiler mes bottes et mon gros manteau pour sortir. J’aime marcher sur la neige fraîche, sentir le craquement sous mes pieds, et voir mon manteau se couvrir de flocons. Le ciel bleu et le froid sec me rappelle mes hivers en Provence – avec une vingtaine de degrés en moins.  J’aime Noël qui s’en vient, la frénésie des Fêtes, les vacances, bientôt. Continue reading « si peu de choses »

Intime & Réflexions

November

Il est long, ce mois de Novembre. Il est long comme ces mois pourris, entre deux, qui semblent s’étendre indéfiniment.

Hier encore, c’était Octobre, ses arbres dorés-rouges et son été Indien. L’Halloween, les citrouilles, les gamins partout. Hier encore on prenait la route pour un week-end au chalet, en rêvant de la neige. Bientôt, on se disait, bientôt. Et pourtant.

Novembre s’étire en longueur. Les jours gris sont trop courts, le ciel est lourd de nuages informes, le soleil se couche à 16h depuis qu’on est passés à l’heure d’hiver. Mais c’est même pas l’hiver. C’est un de ces mois intermédiaires qui ne servent à rien. On attend le (vrai) froid. On attend la neige. On attend que les PVT ouvrent. On attend les vacances, à Noël, ce moment de prendre l’avion pour dix jours qu’on sait déjà trop courts. On met des t-shirts de licornes et des pulls à chiens pour tromper la morosité de ces journées qui se ressemblent.

 

passion selfie-animaux. et non je fais pas la gueule dans la vraie vie.

C’est de ces semaines où la distance pèse un peu plus – ou se multiplient les sessions Skype et les texto – et où on a l’impression que le monde autour est submergé de mauvaises nouvelles. On a beau avoir eu dix mois pour reconstruire une vie ici, avec l’hiver qui arrive, le cocon semble soudain fragile. On sort moins, peut être, la chaleur du chez nous rassurant – on se prépare pour l’hibernation – et le vide se fait plus présent.

-16°C dimanche. On a ressorti les tuques et les manteaux. Ce soir, les premiers flocons sont enfin tombés sur Montréal. Soudain c’est un avant goût de ce qui nous attend – ces trois mois qui arrivent, blancs, secs, et froids. Ces journées au ciel d’un bleu trop pur pour être honnête, qui nous réservent la brûlure du vent. Ces jours gris presque tièdes, en comparaison. Continue reading « November »

Montréal, Québec · Voyages

expatriée

Ca fait longtemps que je voulais écrire ce post. Non pas pour ternir l’atmosphère, mais pour partager avec vous certaines réalités, car j’ai souvent l’impression de ne vous donner qu’une partie (idéale) de ma vie ici, et d’omettre ce qui n’est pas parfait (et qui est pourtant vrai). Je me rends compte qu’on donne souvent une vision « idyllique » de l’expatriation parce qu’on est bien ici (j’englobe tous les Français qui comme moi se plaisent à Montréal), et aussi parce que c’est chiant de parler des trucs qui fâchent (et que c’est tellement Français de râler quand on peut se concentrer sur the bright side of life). C’est pourtant la réalité.

Alors voilà, je le dis : la vie à Montréal n’est pas toujours aussi douce et facile que je la décris.

Malgré les nombreux reportages qui semblent pulluler sur la télé française pour vous dire que le Québec, c’est le nouvel eldorado; malgré mon expérience pour le moment extrêmement positive; et tous ces Français expatriés qui s’éclatent ici (et bien que tout ça soit en grande partie vrai), je pense sincèrement que non, Montréal n’est pas le paradis, et surtout que la décision de venir ici n’est pas à prendre à la légère. Et si je peux vous parler principalement de mon expérience, je crois que les points qui suivent sont valables pour pas mal d’expatriations, qu’on parte à Montréal, au Québec ou ailleurs dans le monde. J’espère donc – sans refroidir les plus motivés – vous amener à y réfléchir avant de prendre une décision, ou simplement vous aider à partir mieux « armés ».

tiré de l’excellent post d’Odieux Connard sur le Québec

Depuis que je suis à Montréal, je n’arrête pas de répéter à quel point je suis épanouie, que tout est génial, et comment tout se passe bien pour moi.

Pour moi. Continue reading « expatriée »

Intime & Réflexions · Montréal, Québec

un an.

(NB: post écrit il y a une semaine, j’ai -juste- pas eu le temps pour le finaliser)

Je sais. Ça a l’air que je vais « encore vous faire un post en mode « je regarde vers mon passé et je fais le point ». Je vous ai parlé d’un tas de choses ces derniers mois sur ma vie mon oeuvre mon cul – je devrais peut être renommer ce blog en « moi je », -quoique The Stage Door est assez explicite sur le concept de « je me raconte en public ». Mais bref.

En ce moment, je suis dans une période « l’année dernière ». Non pas que je passe mon temps à penser au passé, mais juste que là, j’ai comme un point de repère visible et comparable avec mon présent: mon voyage à Montréal. À la même période en 2012 j’étais en effet venue passer deux semaines et demi à Montréal pour voir si cette ville me plairait, si je pouvais m’installer ici, un voyage de pré-visite en somme. Et j’étais tombée sous le charme. Je regarde les photos de mon voyage et je réalise que ce décor est devenu mon quotidien.

Fait qu’un an plus tard, au regard de cette date, je commence à tirer des lignes. Des lignes entre le « il y a un an je », et ce où je suis aujourd’hui. Tu sais, ces moments où tu te dis merde, ça fait DÉJÀ un an ??!!. Et tu hallucines un peu. Parce qu’un an, c’était hier, que y a quelques semaines à peine tu voyais encore la Tour Eiffel et que y a trois jours tu te promenais en short au bord du Saint-Laurent.

Et puis, en bizarrerie à ça, j’ai tendance à dire « l’année dernière » à propos d’un tas de trucs qui se sont passés en 2013. Comme si y avait un avant et un après. Même si certains trucs de « l’année dernière » se sont passés cet été, et que si j’y retourne j’ai l’impression que c’était hier.

Ma relativité au temps qui passe est très tordue vous noterez.

Tout ça pour dire que ça fait un an. Un peu plus d’un an que je quittais Paris, mon ex-job, ma vie là-bas, pour Bordeaux. Un peu plus d’un an que je me séparais de l’exGarçon et que je décidais sur un coup de tête (décision prise en une semaine même si j’ai mis 5 mois à partir pour de bon) de partir vivre à Montréal. Un peu plus d’un an que je mettais les pieds pour la première fois dans cette ville qui est devenue mon chez moi. Un peu moins d’un an que je stressais pour mon PVT (je compatis pour vous les gens qui sont en plein dedans). Un peu moins d’un an que je me faisais tatouer. Que je retournais vivre chez mes parents. Que je recevais mon accord conditionnel pour partir au Canada. Que je prenais mon billet d’avion. Que j’allais à Londres. Que je prenais finalement cet avion. Que je posais mes valises ici, un 4 Février. Continue reading « un an. »

Montréal, Québec · Voyages

le vent fera craquer les branches

L’automne est finalement arrivé sur Montréal. On a d’abord cru qu’il était en avance, pressant sa pluie et ses dix degrés sur nos visages dès le mois de Septembre. Et puis les Couleurs ont fait leur entrée, et ce redoux qu’on espère n’être pas un vrai Été des Indiens, parce que si c’est le cas, ça signifie que c’est terminé, après ça, qu’on ne retrouvera plus de 20° au soleil d’Octobre ou de Novembre. Alors on s’accroche au fait que non, il a pas gelé, que c’est juste un beau début d’Automne, qu’on va revivre ça.

Depuis une dizaine de jours, les arbres commencent vraiment à perdre leurs feuilles. C’est pareil, à cette période, l’automne ne tient qu’à un fil. Un coup de vent, une grosse averse, et on pourra shooter dans les feuilles mortes – les arbres se trouveront nus, l’hiver frappera à la porte. Tant qu’il y a des couleurs, on peut y croire, ces rouges et ces jaunes flamboyants illuminent Montréal et les cantons autour. En attendant on hésite chaque matin sur la tenue à adopter de 10°C au réveil, à 20 / 25°C dans l’après midi, et puis depuis quelques jours ça redescend à nouveau et on a juste pas envie d’y croire, pas envie de ressortir le gros manteau en laine, les bottes, pas envie de se dire « ça y est ». Alors on empile les couches devant son miroir en croisant les doigts pour qu’il pleuve pas.

Il y a deux semaines, on est partis en week-end en chalet dans les Laurentides. Le chalet, à Montréal, c’est un peu l’équivalent de la maison de campagne pour les parisiens. Un peu comme quand on part à Deauville ou en Bretagne, sauf que là c’est toute l’année. L’été, au chalet, on se fait bouffer par les moustiques et on se baigne dans les lacs. L’hiver, au chalet, on fait du ski / de la raquette / du ski de fond, et le soir on mange gras et on profite de la cheminée. Et l’automne, on fête les anniversaires des copains dans un immense chalet vintage-quétaine avec piscine intérieure…  Continue reading « le vent fera craquer les branches »

Montréal, Québec · Voyages

vers l’Est

Au mois de Septembre, mes parents sont venus me voir à Montréal, et en ont profité pour visiter un peu le Québec. Le premier week-end, nous sommes partis ensemble passer quelques jours dans les Cantons de l’Est, entre Bromont et Sherbrooke. Ce qu’on appelle « Cantons de l’Est », c’est cette région au Sud-Est de Montréal, entre le Saint-Laurent et les Etats-Unis. En réalité on a seulement fait un bout des Cantons de l’Est, et une partie du « Brome-Missisquoi », un autre canton au Sud de Montréal.

Mes parents avaient prévu de se rendre sur la rive Nord du Saint-Laurent, et de remonter vers la Gaspésie. J’ai donc cherché un endroit pour passer notre week-end qui soit un peu différent des paysages du Nord. Mes collègues Québécoises m’ont conseillé d’aller vers l’Est, pour changer un peu. Comme la météo n’était pas très favorable je me suis dit qu’on aurait aussi une partie plus « culturelle » dans ce coin là que vers les Laurentides ou la Mauritie. J’étais seulement allée à Bromont pour skier – je n’avais donc pas vu grand chose à part l’autoroute, les pistes de ski et le Tim Hortons.

Il faisait pas très beau, mais nous avons quand même pu profiter de quelques rayons de soleil le deuxième jour. On a dormi à Bromont, dans un super gîte, et la journée on est partis sur les petites routes. Parfois, les « routes » se transforment en chemins, et puis on se retrouve au milieu des champs, entre des hectares de maïs, des vaches et des silos colorés. A d’autres moments, on traverse des villages. Ca a traumatisé ma mère, ce terme de village : une route avec quelques maisons sur le bord. Et puis on revient au milieu des champs, ou des forêts.

Parmi les villes/villages traversés: Bromont, Farnham, Cowansville, Stanbridge, Dunham, Bedford, Frelighsburg, Abercorn, Sutton, Mansonville, Bolton, Eastman, Magog, Georgeville, Stanstead, Aber’s Cliff, Coaticook, North Hatley (on sent qu’on est proches de la frontière US…), Venise-en-Québec, Lacolle, Saint Jean sur Richelieu, Chambly.

Le premier jour on est partis vers le Sud, sur la « Route des Vins ». Au programme, quelques petits villages (traduire: route avec quatre maisons autour), des forêts, des collines, des forêts, et encore des villages. Dans les villages, il y avait des granges rondes, des moulins, et des jolies maisons – et des antiquaires, mais on a finalement rien acheté.

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Montréal, Québec

I love you Montréal

Il y a un an, je prenais la décision de quitter la France pour le Québec, et plus particulièrement cette ville, Montréal. Il y a un an, je n’en connaissais pas grand chose, si ce n’est rien. Les avis des amis qui disaient tu verras, Montréal, c’est génial. Tu vas aimer. Tu vas t’y plaire.

J’espérais. Je voulais y croire. Comme on croit quand on a plus que ça.

Il y a un an, je prenais la décision de quitter ma vie pour l’inconnu, quitter mes amis, ma famille, m’éloigner des gens qui comptent pour aller voir plus loin. J’avoue que je n’espérais plus grand chose – j’étais dans une période où je n’avais pas d’autre option que d’aller de l’avant. J’attendais tout et n’importe quoi, pourvu que ce soit différent, pourvu que je change d’air, que je puisse reprendre une vie, autrement.

Il y a un an, je ne savais pas vraiment où j’allais, mais c’était comme ça. Un quelque chose au fond de moi qui savait, depuis longtemps, une envie cachée pas loin qui s’exprimait enfin. Ca a été long; l’attente, les mois de chômage, le PVT, la préparation. Un an, je n’ai jamais douté. J’ai eu peur, oui, je me suis souvent demandé si j’avais bien fait de dire non à cette proposition de job à Bordeaux, si j’avais pas complètement déconné en quittant une vie toute tracée avec quelqu’un qui m’aimait plus que tout pour un avenir incertain. Bien sûr que je me suis remise en question, que j’ai eu des moments de vide, des moments de flou, où je ne savais plus rien. Et puis j’ai posé le pied sur le sol Canadien, armée de mon Visa, de trois (trop) grosses valises, et de mon envie d’avancer.

Je n’ai pas eu un seul jour de regret. Pas un seul jour de doute. Pas un seul moment à me demander ce que je foutais là. On m’a souvent demandé si j’allais rentrer. Pour retrouver quelqu’un. Pour retrouver ma vie. Pour mes amis. pour le vin et le fromage. N’importe. Je sais que la réponse parait étrange et même brutale pour certains, mais la réponse est non. Aujourd’hui, ma vie est ici. Montréal est une évidence, cette ville m’a dans la peau, je suis tombée amoureuse et c’est elle qui passera avant tout – pour le moment du moins. Tombée en amour avec la ville, la culture, la mentalité, les gens. Oui, même les Français que je rencontre ici – parce que je crois au fond que si on s’était rencontrés à Paris, tout aurait été différent. Amoureuse de cette sensation de liberté qui est là, en moi, l’envie de vivre à fond, au présent, sans me poser de limites ni de questions. Et même si les amis me manquent, même Skype, les mails/text messages et le téléphone ne comblent ce vide que modérément, même si tout n’est pas rose et que je me souviens parfois que je suis là avec un Visa d’un an, en probation, je ne doute pas. Je voudrais dire à tous, venez, passer deux semaines ici, pour comprendre. Cette vibration. Cette ambiance. Cette lumière, cette putain de lumière sur la ville, et ces ciels immenses, et les arbres, partout.

Montréal m’a changée. Cette année m’a changée. C’est bon de le dire, je ne renie pas tout ce qui s’est passé avant – car ça m’a permis d’être là, aujourd’hui – mais c’est là. Alors peut être que la ville n’y est pour rien, et peut être simplement que l’éloignement – la rupture concrète avec ma vie d’avant – m’a permis de libérer certaines choses, d’oublier certaines peurs, de trouver ce putain d’équilibre pourtant si instable. Peut être que c’est juste une question de moment, de rencontres, de ressentit, mais putain c’est là, et ça vibre en moi.

J’ai 27 ans, et parfois l’impression d’en avoir 15 à nouveau, sans la peur de souffrir – et c’est merveilleux je crois. Alors la tête dans la musique du Piknic Electronik, les yeux perdus sur la ville qui doucement s’allume, je peux le dire – le crier peut être – et même si c’est indécent – Je t’aime, Montréal. Que notre histoire ne s’arrête pas…