Intime & Réflexions

dommages collatéraux

Il y a quelques jours, alors que je montais à Paris, j’ai écrit une lettre à mon grand père. Une lettre que j’aurais dû lui écrire il y a bien longtemps mais que je repoussais, toujours, pour lui dire voilà, c’est fini avec le Garçon. C’est peut être un détail, cette lettre, et ça peut sembler étrange d’avoir attendu deux mois pour le faire qui plus est par courrier, mais au delà de la relation parfois compliquée avec mon grand père paternel, il y a beaucoup d’autres choses derrière cette annonce. Le Garçon était le premier – le seul – que je lui ai présenté. Un Alsacien, comme lui, un mec que je pensais être le bon, et que mon grand père avait complètement adopté comme faisant partie de la famille. Et pour lui, c’est quelque chose… Dire à mon grand père « c’est fini », c’est aussi repousser les chances qu’il (et mon grand père maternel de 86 ans…) me voie jamais mariée, et connaisse ses arrières petits-enfants.

Lorsqu’on se sépare de quelqu’un, il y a un tas de choses auxquelles on  pense, ou pas. Des choses auxquelles on s’attend, des choses plus ou moins logiques. Les complications logistiques viennent très rapidement – il faut trouver un autre appart, déménager, régler les questions financières – c’est chiant mais il faut y passer. Et puis il y a le reste.

Alors oui, il y a des choses auxquelles on s’attend – peut être sans en connaitre la violence, mais on sait. Qu’on va en chier, pleurer, passer des nuits blanches à se poser 2000 questions, se remettre en question pour tout peut être aussi. Que c’est dur de se retrouver seul tout d’un coup, de n’avoir plus personne à qui raconter les histoires du quotidien (celles qu’on raconte par habitude mais qui comptent tellement), plus personne pour partager les sorties ciné, les week ends, les vacances. C’est dur de dormir dans un grand lit aussi, et de s’endormir sans penser qu’on aimerait bien un câlin.

Tout ça, on s’y attend plus ou moins. Le manque, la douleur, les moments de bad, la solitude. Et puis il y a le reste. Tout ce à quoi on ne pense pas forcément, mais qui rend les choses encore plus difficiles parfois.

Il y a l’annonce. Aux amis, aux parents, à la famille. Comment tu dis toi, à tous ces gens qui t’ont connu à deux que désormais tu viendras seule le week end, aux soirées, que non vous ne vivez plus ensemble, que c’est compliqué – et tout ça sans rentrer dans les détails de ta vie ? Comment on gère les questions qui s’ensuivent, et qu’est ce qui s’est passé, et pourquoi si c’est pas indiscret, et je peux faire quelque chose pour toi ? C’est toujours indiscret, on en parle si on veut, ou on n’en parle pas, et non tu peux pas faire grand chose, merci quand même de proposer et t’inquiètes pas je suis pas malade, je vais pas mourir, je suis juste malheureuse. Rassurer quand même, non il ne s’est rien passé de grave, pas d’évènement particulier, oui ça coulait depuis longtemps. Pourquoi on est partis ? Mais oui pourquoi, on doit être un peu cons de quitter notre vie en sachant que ça déconne, peut être pour essayer, pour voir, pour aller jusqu’au bout. Parce qu’on y croyait encore un peu…

C’est pas facile de dire les choses, pas facile d’annoncer à celles et ceux qu’on a pas vus depuis longtemps, ceux qui n’ont rien vu venir – mais peut-on vraiment voir venir… ? – des plus ou moins proches que ça y est c’est fini, que la vie a changé, qu’on n’est plus vraiment ni à Bordeaux, ni à Paris, et qu’on a toujours pas de boulot, qu’on veut se barrer de l’autre côté d’un Océan – oui mais tout est lié. Très vite on apprend les mots réflexes, quelques phrases types pour résumer sans trop en dire, pour annoncer sans s’étaler. Et puis on remercie Facebook qui fait passer l’info indirectement – et puis le blog, c’est plus simple d’écrire, moins brutal qu’un statut – même si.

Ce qu’on ne réalise pas quand on se quitte, c’est qu’on perd aussi une famille. Celle de l’autre, ces gens qui nous ont accueilli, entouré, avec qui on a passé du temps, des vacances, des soirées. On s’entend toujours plus ou moins bien avec sa belle-famille, j’adorais la mienne, tout comme le Garçon avait été apprivoisé par ici.

On perd aussi des amis, les gens qu’on voyait à deux, et qui ont plus ou moins volontairement pris un parti, choisi un camp. On ne dit pas seulement adieu à une personne, non. On dit adieu à toute une vie. Et les dommages collatéraux…

Et puis  tous ces détails auxquels on (re)pense après coup, les cadeaux qu’on s’est faits, la photo de New York qu’on a laissée – ça n’avait pas tellement d’importance sur le moment -, la vie qu’on avait construit à deux et qui n’existe plus. Les acquis qui s’évaporent, on repart de zéro. Alors on avance, parce qu’il n’ya pas d’autre choix.

Post sans conclusion, parce que je n’en trouve pas. Je crois qu’on se rend juste compte de ce que signifie partager sa vie à ce moment.

NB: Ce post est peut être un  peu trop « intime », désolée. J’avais juste besoin d’exprimer, un peu.  Je me tais souvent parce que c’est plus facile de gérer, mais c’est là. Chaque jour. Chaque instant. Et je remercie les gens qui sont là, les messages, les commentaires, tous ces petits gestes qui comptent malgré tout.

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19 Comments

  1. Un magnifique article, plein de sentiments, qui nous emporte avec lui. Malheureusement il n’y a pas grand chose a rajouter, tu as déjà dit tellement…
    Juste bon courage pour cette reconstruction, je comprend que ça soit difficile. Des pensées positives et du soutien pour t’accompagner.
    Bises

  2. Un article très touchant, je découvre ton blog à l’instant.
    Je me reconnais à travers tes mots, pas simple de l’annoncer et d’assumer les questions des gens.
    Je suis de tout coeur avec toi car je sais (comme beaucoup d’autres le savent) que les ruptures sont souvent plus compliquée à cause des autres et plus particulièrement de l’entourage proche.
    Bisous à toi

  3. C’est fort, touchant et poignant! Bravo pour ces mots que tu as posés si justement! Je t’embrasse fort, pour ce que ça vaut! On n’est jamais étouffé par un trop plein de bisous…

  4. J’ai connu ça il y a plus de quatre ans maintenant. Tout ce que tu y décris, je l’ai ressenti. C’est dur, très dur, ça met du temps à panser les plaies, mais ça passe et on en ressort plus fort. Aujourd’hui, j’ai un Chéri avec une belle-famille que j’aime beaucoup. Je pense de temps en temps au « si ça s’arrête, tout ça s’en va ». Ça me fait mal rien que d’y penser. Alors maintenant, j’arrête de penser et je vis le moment présent.

    Tout ça pour te dire : courage <3

  5. Joli billet qui évoque beaucoup de choses pour moi qui suit en pleine phase de remise en question de mon couple … Tout ces aspects là, je les ai bien en tête mais quand ce n’est plus possible , ce n’est plus possible.

  6. Comme tu le dis si bien, non tu n’est pas malade et ceux qui te connaissent ne peuvent pas faire grand chose pour toi à part être là tout simplement.

    Tout ce que je peux te souhaiter, c’est de trouver un nouvel endroit ou repartir du bon pied, peut-être ici de ce côté de l’Atlantique qui sait? 😉

    Ne perds jamais espoir d’un avenir meilleur car que ce que tu perds, c’est toujours pour y gagner autre chose… A bientôt <3

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