Développement(s) personnel(s)

polyamour 101

Alors voilà, je suis polyamoureuse. C’est plus vraiment un secret aujourd’hui et j’en parle facilement, mais la vérité c’est que la plupart des personnes ne comprennent pas exactement ce que ça signifie. Pour être honnête, j’ai été la première à avoir des a priori sur ce qu’est le polyamour, et à ne pas me reconnaître immédiatement dans cette vision des relations.

À force d’en parler autour de moi, il m’a semblé que ce serait une bonne idée d’en parler plus ouvertement sur mon blogue, et pourquoi pas de faire une petite série d’articles sur le sujet, en fonction des questions et commentaires. Le terme est aussi de plus en plus utilisé, et autour de moi nombreu.ses.x sont les personnes à se questionner sur le modèle de couple hétéro-normatif exclusif/monogame.

**À noter** Je souhaite préciser que l’avis exprimé ici reste le mien : ma vision de ce qu’est le polyamour, comment je l’interprète, via mon expérience personnelle de cisfille bie à tendance hétéro. Il est évident que certain.e.s ne se reconnaîtront pas dans là-dedans, même si je souhaite définir et reconnaître un polyamour inclusif et fluide. Aussi je vais m’efforcer d’utiliser le plus possible l’écriture inclusive. 

Polyamour, donc.

La première chose que je souhaite mentionner, c’est qu’être polyamoureux, n’est pas une orientation sexuelle (homo-bie-asexuel etc), mais un choix. À mon sens, le polyamour est une vision des relations suivant plusieurs valeurs, à savoir : la liberté, l’honnêteté, la  bienveillance, le respect, et l’équité. Tout ceci concerne tou.te.s les partenaires impliqué.e.s, et se passe idéalement dans un cadre de communication authentique.  Je reviendrais plus tard sur ces valeurs et ce que ça signifie pour moi. Comme pour le féminisme*, une fois qu’on a ouvert son esprit à certaines (remises en) questions, on réalise à quel point notre vie amoureuse et nos relations en général sont impactées et contraintes par des constructions sociales, une éducation, un modèle imposé par la société. Être polyamoureux, c’est reconnaître et partager ces valeurs, et les appliquer au sein de sa/ses relations.

Être polyamoureux, ce n’est pas forcément avoir plusieurs relations, coucher avec plein de gens, ni être en amour avec tout le monde.

Être polyamoureux, ce n’est pas tromper saon partenaire.

Être polyamoureux, ce n’est pas être libertin, échangiste, polygame, … même si, en quelque sorte, ces modes relationnels peuvent être inclus dans le polyamour sous réserve de respecter certaines valeurs (c’est là que ma vision est assez large et risque de choquer certain.e.s poly)

Être polyamoureux, ce n’est pas forcément être en triade femme-homme-femme, malgré les nombreuses représentations de ce type d’arrangement relationnel.

Être polyamoureux, ce n’est pas « ne pas être jaloux ». La jalousie, comme de nombreux sentiments s’ils sont exprimés et gérés correctement, a sa place dans une relation polyamoureuse.

Enfin, être polyamoureux « actif » ce n’est pas pour tout le monde, mais je crois que n’importe qui pourrait trouver de merveilleux outils de gestion relationnelle et sujets de réflexion en se penchant un peu sur la question.

Fred Gingras

Alors, comment on devient polyamoureux ? 

 

Pour moi, le premier pas vers le polyamour serait de reconnaître et admettre quelques points concernant nos relations modernes, à savoir :

– Nous ne sommes pas exactement des animaux monogames (ou bien plutôt des monogames en série pour notre nouvelle génération) : l’Amour-passion exclusif à long terme dans le cadre du mariage est le fruit d’une construction sociale, mais aussi et surtout, qu’il est naturel, et pas malsain, d’avoir une attirance sexuelle (et pourquoi pas amoureuse) envers quelqu’un d’autre que notre partenaire principal.e. (Olala, les gros mots.)

– On ne possède pas une personne. Malgré ce que la culture populaire (sexiste, ajouterais-je) nous inculque, les désirs et actions de l’être aimé ne nous appartiennent pas, et ce quelle que soit la puissance des sentiments partagés.

– Il est difficile voire impossible de satisfaire tous ses besoins et désirs, qu’ils soient affectifs, sexuels ou autres, avec une seule personne.

De mon point de vue, la monogamie et les relations exclusives ne sont qu’une forme d’ententes relationnelles parmi d’autres. Je ne pose pas ici de jugement contre celleux qui choisissent ce type de relations, qui le respectent, et sont heureu.x.ses là-dedans. Il y en a, j’en ai fait partie, et j’ai beaucoup d’estime pour celleux qui s’y épanouissent. Il est certain qu’être en relation non exclusive amène son lot d’insécurités, de remises en question, de doutes, de problématiques diverses, et je respecte infiniment celleux qui reconnaissent ne pas pouvoir faire face à ces vagues là.

Je critique simplement l’illusion que nous donne notre éducation, de penser qu’il n’y a qu’un seul modèle viable et valide, et la construction sociale qui nous a appris que coucher avec un.e autre, ou même fantasmer sur un.e autre va amener un désastre et mérite un cruel châtiment.

Je crois alors que le polyamour est une façon de sortir de la boite, de voir plus large, de ré-envisager les relations, d’apprendre à gérer des émotions complexes telles que la jalousie, et surtout l’occasion d’amener des changements profonds dans nos relations aux autres et à nous-même.

Je m’arrête ici pour ce premier volet. Dans le prochain article, on entrera un peu plus dans le vif du sujet : comment ça marche, concrètement ?

 

En attendant, voici quelques liens pour approfondir le sujet :

Un super podcast très court sur le polyamour (France Culture) https://www.franceculture.fr/conferences/quest-ce-que-le-polyamour

Les Tedtalk d’Esther Perel sur le désir dans le couple moderne, qui ont grandement influencé mon cheminement vers le polyamour (on peut mettre les sous-titres en français)

*Je mentionne le féminisme, car je crois que le modèle normatif exclusif est très sexiste. En ce qui me concerne, être polyamoureuse est un choix politique et féministe (je reviendrais éventuellement sur ce point).

Intime & Réflexions

la délicatesse

J’écris plus. Ici, j’écris un peu ailleurs, parfois. J’écris plus, je poste plus tant de photos sur IG, je partage moins ma vie sur les internettes, hormis peut être twitter.

J’écris plus, j’ai perdu la routine et l’entrainement pour trouver la musique originale des mots. Je suis occupée, souvent, je suis moins sur mon ordi surtout. Ma vie est un si beau tourbillon depuis des mois, si doux, si joli, si plein de ces personnes merveilleuses et du printemps sans fin, de l’été pas si chaud, de Montréal, de musique, de nuits blanches, de lacs, de forêts, d’avions, aussi.

J’écris plus parce que j’ai plus grand chose à dire, j’ai moins de mots qui circulent dans ma tête et demandent à sortir. Je les vis, les choses, dans mon corps et ma peau.

En fait si j’aurais tant et tant à raconter, mais ce serait si long, et si compliqué de trouver les mots justes, les mots qui disent « je suis heureuse, je suis centrée, je suis enfin« . Et aussi, je suis amoureuse, follement, je les aime plusieurs, et tou.te.s à la fois dans leurs beautés singulières, et je fais l’amour avec mon corps mes yeux mes mains mes mots et toute cette vie qui brûle en dedans. Je suis passionnée, si passionnée de ce métier qui me remplit et m’apporte tant. Je suis libre, surtout. Libre comme j’ai jamais été, libre d’être moi toute entière, libre d’aimer, de dormir, de vivre, de baiser, de dire non et stop, libre d’exister.

Au travers d’eux, de moi, de nous, au travers des mois qui s’écoulent et des changements d’heure, j’ai eu 31 ans. Je grandis encore chaque jour un peu plus. Je change, ou plutôt, je me découvre.

Dans ces nouveaux paysages, je me promène. J’expérimente des sensations inconnues, je développe des réflexions, je m’observe et j’apprends des autres, aussi, doucement, je me mets à croire pour vrai en mes rêves. Et puis il ya ce sentiment étrange. Plus j’avance, plus j’accumule de certitudes et d’évidences. Et pourtant, plus j’avance, et plus j’accède à l’immensité de tout ce que je ne sais plus.

Je plume. Couche par couche, des mues successives qui s’arrachent parfois dans les cris, la douleur et les respirations. Renaissances infinies, je me sens parfois si vulnérable, et si nue sans ma peau dure et mon armure de contrôle. J’acquiers l’équilibre tandis que le chaos achève de me (dé)construire. Et je me vois alors, enveloppée d’un litre d’huile chaude sous les mains d’une présence chaleureuse, je me vois, si fragile.

Je suis fragile. Je me répète, presque nue sur cette table. Je suis fragile, et si vulnérable, et sensible, et c’est là toute ma force et ma faiblesse à la fois. Je perçois l’autour avec tant de violence, je dois mettre mes limites – ces fameuses limites qu’il m’a fallu apprendre à concevoir, établir, puis à poser – mais comment se protéger dans un monde de grandes personnes et de responsabilités ? Comment faire savoir qu’on est multiple, force et fragile, sérénité et mouvement, transformation constante, éponge empathique, hyper intuition, déstabilisation facile ?

C’est peut être votre évidence. Pour moi, c’est encore un effort à chaque pas. Accepter cette vulnérabilité, m’ouvrir, apprendre à percevoir, à recevoir, pour mieux accompagner les autres à trouver les portes et leur propre cheminement sans trop m’impliquer, et surtout, ne pas me perdre, là-dedans. Me fabriquer ce cocon qui me permet d’exister au dehors. Reconstruire autour de moi la peau qui s’est parfois violemment arrachée sous la tempête, les coups et les émotions.

Le mot-clé c’est bienveillance, et authenticité, et on est quelques uns à en avoir fait notre philosophie. On est un petit tas qui se serrent les uns contres les autres, la nuit pour se tenir chaud. On est une bande de doux rêveurs et d’hypersensibles qui croyons qu’on peut créer pour vrai le monde utopique qu’on s’est inventé. On est cette bulle Bizarre au milieu du vrai monde.

C’est eux, mon fuel, mon île, mon espace sûr. C’est eux, mes amants, mes amours, mon polycule.

C’est parmi eux, multiples, que je me tiens désormais debout.

Mots par Fred Gingras

Intime & Réflexions

à l’origine

Alors voilà. Je suis polyamoureuse, et bisexuelle. Ou l’inverse, chronologiquement.

Ça fait beaucoup de gros mots d’un coup, pardon.

Faque. Je vais essayer d’expliquer.

Je simplifie à bisexuelle parce qu’honnêtement (pardon pardon pardon pour celleux qui l’utilisent) les termes de pansexuel et autres étiquettes à visée inclusive m’ennuient grandement. J’ai pas la prétention d’être sexuellement/émotionnellement attirée par tous les genres, j’aime les garçons qui ressemblent à des garçons et les filles qui ressemblent à des filles. J’aime les filles parce qu’elles ont des seins des fesses des cheveux et la peau douce. J’aime les garçons parce que c’est fort parfois et sensible dedans, parce qu’ils ont des poils et des barbes et des mains d’hommes qui attrapent mes fesses différemment.

Voilà, je suis pleine de sexisme dans mes attirances, et ce serait trop compliqué d’expliquer toutes les variances, tonalités, et le reste pour justifier en quoi c’est pas pour autant sexiste. Et tu sais quoi ? On s’en fout un peu pour la suite du propos.

Je suis attirée par les filles ET les garçons depuis que j’ai commencé à avoir un univers érotique, comme une évidence. S’il y a eu plus de garçons qui sont arrivés dans mon lit, il y a toujours eu des filles dans mes fantasmes. Je n’ai jamais eu trop de questionnements à ce sujet, et par chance on ne m’a jamais reproché cette double attirance – on entend parfois qu’être bi.e, c’est ne pas être capable de choisir, c’est une crise qui passera, c’est de l’immaturité. Il y a aussi les regards concupiscents, oh, tu es bie, ce serait teeeeellement l’fun d’avoir deux filles pour moi. Et ceux qui en ont eu peur, parce que c’est paniquant de se dire que je peux avoir du plaisir sans pénis, tu comprends. J’ai souvent été la copine avec qui les filles couchent « pour voir », pour une expérience, pour un plan à trois, pour.

J’étais jamais vraiment tombée amoureuse. Pas consciemment. Pas complètement. Mais je savais que c’était là. Et si je me voyais faire ma vie (la « vraie », avec famille et enfants) avec un homme, il me semblait que quelque chose clochait quelque part. Que je ne pourrais pas me satisfaire d’un seul corps. D’un seul sexe. D’une seule peau. Qu’il y avait beaucoup trop à explorer, à rencontrer, à expérimenter pour se contenter d’aimer et de chérir une seule personne. L’aspect définitif – jusqu’à ce que la mort nous sépare – m’angoissait.

Ça a été compliqué, je l’ai souvent dit. J’ai essayé, avec plus ou moins de conviction, de rentrer dans le moule. J’étais malheureuse, mais j’étais honnête, pourtant. Je n’ai pas « trompé », pas trahi l’exclusivité sexuelle implicite que requièrent les relations de notre 21e siècle. J’ai eu beaucoup d’histoires sans trop d’engagement, aussi, et c’était bizarrement celles dans lesquelles je m’épanouissais le plus, parce qu’il ne se posait pas de question de contrôle. Et puis on finissait parfois par essayer de rendre ça plus officiel, et ça s’effondrait lamentablement.

En bref. J’ai fini par penser que j’étais pas faite pour la vie à deux. Pour le Grand Amour (note : j’y crois pas plus aujourd’hui). La romantique qui tombait facilement amoureuse a rangé ses idéaux, construit des murs bien épais autour de son coeur, et oublié le Prince Charmant.

Et puis Montréal.

C’est long et c’est court à expliquer. Il y a eu la conscience féministe. La liberté de vivre, la tolérance d’exister, d’agir, de baiser comme et qui on veut ici. Les « fréquentations », ce concept merveilleux qui n’engage rien (même concept que le dating aux États-Unis : c’est pas parce qu’on s’embrasse/qu’on couche ensemble/qu’on se voit 3 fois par semaine qu’on est ensemble avec les règles que ça implique, tant qu’on n’a rien explicité). Il y a eu une, et deux relations. L’idée que c’était possible de s’aimer, de se faire confiance, tout en ne s’interdisant rien. La possibilité de fréquenter plusieurs personnes en même temps sans se faire traiter de fille facile. Une fille. Un gars. Des amitiés améliorées. De la tendresse. Du sexe. Parfois plus. Ces différents partenaires au courant de l’existence des autres. Il ne manquait plus qu’à trouver quelqu’un avec qui construire un futur, sans renier cette liberté.

Et puis Dany. Et puis Jess. Et puis.

 

 

(à suivre)

Intime & Réflexions

scalène

poly triangle
J’ai deux amours.

Mettons quatre, avec les chats.

J’ai deux amours, puis ça fait plus peur de le dire. L’eau et le métal, il parait. Le feu au milieu.

J’ai deux amours et c’est la chose la plus merveilleuse-extraordinaire-enrichissante qu’il m’ait été donné de vivre jusqu’à présent.

Ça fait longtemps que je crois plus aux histoires d’âmes soeurs, de moitié, de Prince Charmant. Gloire au sexisme hétéronormatif de notre société. J’ai pété des murs, pour en arriver là. J’ai perdu une amie, on s’est fait du mal, on a beaucoup douté, explosé, pleuré. Et c’est loin d’être terminé. Mais criss que ça en vaut la peine.

Triangle.

Je ne suis pas une je suis multiple. Et je suis une dans ma complexité. Je ne suis pas isocèle, ni rectangle, et surtout pas équilatérale. Ça n’existe pas, les triangles parfaits. Alors, puisqu’il faut bien mettre une étiquette, j’ai choisi les pointillés pour tout ce qu’il reste à dessiner.

Au quotidien

juillet

C’est toujours difficile de reprendre le clavier lorsqu’on n’a pas écrit depuis longtemps. Je trouve. Quoi dire, par où commencer. On peut jamais rendre à l’idéal les émotions vécues, les paysages traversés, la linéarité du temps qui passe toujours trop vite, ou trop lentement.

Il était bizarre ce mois de juillet. Je me disais, il y a un an, j’ai commencé à pleurer sans raison, juste parce que mon corps saturait de toutes ces émotions avalées-pas-digérées. Il y a un an je savais pas où je serais six mois plus tard, puis c’était le chaos dans ma vie. Un beau chaos destructeur qui a mené à tout reconstruire, ou presque.

J’ai eu trente ans le 17, cette année. C’est passé comme on s’en rend pas compte, comme si je savais déjà, trente ans après tout c’est qu’une année de plus, c’est peut être et surtout le début d’autre chose. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. Et à trente, est-on un peu plus adulte ?

Il y a un an, je tombais à nouveau en amour. D’une fille.

Un an plus tard, on s’accompagne toujours dans les joies et les écueils de nos quotidiens.

Il était bizarre ce mois de juillet. Pas pire qu’un autre tu me diras, les mois de mon anniversaire amènent toujours de sales ascenseurs émotionnels, on dirait. On l’a terminé au milieu du bois, au bord d’un lac, noyés de fumée et de citronnelle pour éloigner les bibittes qui voulaient nous manger. C’était beau, si vous saviez, ce que je veux répondre à tous ceux qui me demandent « mais pourquoi t’es partie ? », je voudrais les emmener là sur ce lac miroir et sous ces ciels immenses, au milieu du vert infini. Je voudrais leur faire écouter le silence, et les cris des huards à l’aube. La douceur de l’eau qu’on pourrait presque boire. À mille miles de tous lieux habités.

Il y a quelque chose du Québec que je n’ai rencontré nulle part ailleurs. Quelque chose qu’on voudrait garder pour soi, mais qui ne nous appartiendra jamais. On est des invités, autorisés à pénétrer l’immensité des territoires sauvages à la faveur d’une météo douce et de 30 kilomètres de chemin de terre. Alors, on lâche les rames de la chaloupe, et on se tait, le temps d’une pause. Autour, la nature frémit.

Le ciel s’inverse alors.

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mastigouche-6(les photos suivantes sont de Virginie et Thomas, nos chouettes voisins-amis)

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(et celles ci de Pierre)

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