Intime & Réflexions

moi, féministe

mustache

Il y a quelques années, j’ai écrit sur ce blog un post intitulé « pourquoi je ne suis pas féministe« . Je parle rarement de mes engagements et valeurs socio-politiques ici, pourtant ces dernières années – et particulièrement ces deux dernières à Montréal – m’ont permis de réaliser à quel point certaines choses m’importent.
Je disais il y a 4 ans « je ne me sens pas féministe parce que« . Aujourd’hui, j’ai envie de l’assumer enfin, de le dire non plus comme un secret honteux mais comme une fierté : je suis féministe. Parce qu’il ne peut en être autrement.

Mon féminisme est né il y a longtemps, mais je n’avais pas conscience de cette réalité à cette époque. Ma vision de ces valeurs était étriquée et biaisée par les quelques personnes et mouvements qui prenaient le devant de la scène, j’avais des idées préconçues du féminisme faute d’avoir lu/vu autre chose.

Mon féminisme est né de lectures, de rencontres, de débats d’idées. Je n’ai jamais considéré être le genre de personne qui a besoin du féminisme, faisant partie de cette catégorie de femmes relativement « aidées », née dans un corps qui me convenait, qu’on m’a appris à aimer ; blanche, mince, avec les capacités de faire des études et travailler dans un milieu relativement peu macho. J’ai réalisé il y a peu à quel point j’ai grandi dans un contexte qui ne m’a que très peu bridée, avec la chance d’avoir un frère avec qui j’ai autant joué aux Barbies qu’aux Lego ou Action Man, des parents qui m’ont appris le respect, de moi et des autres. Je ne me souviens pas avoir eu de tabou, on m’a laissé explorer et découvrir sans honte, sans culpabilisation.

Mon féminisme est né de cette liberté, cette ouverture d’esprit qu’on m’a donné l’opportunité de développer. J’ai fait mes expériences, mes découvertes, eu des réflexions, des prises de conscience. Un jour j’ai réalisé que je ne me reconnaissais pas (plus ?) dans ce moule, dans ces cases, dans cette « norme » et ce chemin que la société avait tracé pour moi. Faire des études pour avoir un bon travail, rencontrer un gentil garçon, me marier, jurer fidélité devant un Dieu qui ne me parle pas pour se tromper dans quelques années, divorcer, pourquoi pas. Être jolie, épilée, bien habillée, sexuellement disponible, mais surtout pas avec quelqu’un d’autre que mon copain. Vivre dans la contrainte d’un modèle de couple dans lequel je me sentais à l’étroit, et qui ne me proposait que peu d’alternatives. Je voulais faire mon propre cheminement, avoir le choix de ma sexualité, mes pratiques, mon ouverture sentimentale. J’ai rencontré des gens, j’ai lu, j’ai échangé, j’ai expérimenté. Et j’ai construit mon modèle, selon mes envies, mes valeurs, mes besoins. Ce modèle ne m’a été imposé par personne, il est souple, en constante évolution, parfois difficile à comprendre pour les autres. Je le construis encore, au quotidien, avec celui que j’aime, avec ceux qui m’entourent, avec ce que la vie m’apporte.

Mon féminisme est né d’une prise de conscience. Mon corps m’appartient, j’en fais ce que je veux. Je me fais tatouer, et oui ce sera visible, et étendu, et je l’assume. Je fais des photos nue, parce que je trouve ça beau, parce que je n’ai pas de tabou concernant ma nudité et qu’il n’appartient qu’à moi de décider à qui je montre mes fesses et mes seins, parce que je considère que l’intime, c’est bien plus qu’un bout de peau. Je porte des jupes et des talons si ça me chante, et tant pis pour ceux qui trouvent que c’est provocant. Je porte des jeans, et des chemises, et je coupe mes cheveux, et tant pis pour ceux qui trouvent que c’est pas assez « féminin ». Je parle de cul parfois trop fort, je bois, je couche avec des gens que je ne rappelle pas le lendemain, j’expose mes idées même si tout le monde n’est pas d’accord, je suis incapable me contenter d’être « jolie et tais-toi ».

femmes-beauvoir_nobs2008

Mon féminisme est né d’un départ à l’étranger, et de la découverte d’une réalité différente. Parce qu’à Montréal, c’est rare qu’on vienne t’aborder dans la rue parce que « t’es bonne salope« , qu’on n’a pas peur de rentrer seule le soir, qu’ici l’égalité entre hommes et femmes est beaucoup plus concrète qu’en France, que l’apparence a moins d’importance. Que ce sont plutôt les filles qui draguent, qui mènent la danse. Qu’on ne se sent pas autant jugé sur ses choix de vie, son look, sa sexualité. Que j’ai pris conscience de ce qui se passe en France, que même si tout n’est pas parfait ici, il y a quand même un grand pas à faire.

Mon féminisme est né de nombreuses prises de conscience. Comprendre ce qu’est la construction du genre, comment on nous inculque une notion de ce qui est plus « féminin » ou « masculin », alors que ça n’a que peu de valeur réelle – que l’impact qui en découle sur les relations interpersonnelles et la société ; comment on nous impose une « norme » qui n’est qu’une construction sociale, issue d’une évolution de plusieurs centaines d’années certes, mais que rien ne nous oblige aujourd’hui à accepter. Découvrir comment la société/l’Église ont doucement « imposé » la norme du mariage hétérosexuel romantique et exclusif  pour (entre autres) contrôler la sexualité des populations et brider la liberté des femmes. Expliquer la colère qui me rongeait doucement lorsque j’étais ado et que je me faisais mater par des « vieux » de 40 ans – d’où venait ce « droit de regard » sur mon corps ? Accepter qu’un homme puisse aussi être « faible », décrocher de ses responsabilités d’homme et délaisser sa « virilité » – parce qu’homme ou femme, on est tous faits pareils, nous sommes des êtres humains aux personnalités diverses. Avoir honte de cette France conservatrice, de ceux (même des gens proches) qui refusent de reconnaître le droit à TOUS d’être parents.

La chose la plus importante que j’ai comprise, c’est qu’il n’y a pas UN féminisme. Et qu’on n’a pas besoin d’avoir besoin du féminisme pour partager ses valeurs. Les combats et les sujets de réflexion ont évolué avec la société, et continueront d’évoluer en fonction de ceux qui relaient ces idées. À mon sens, le féminisme devrait être l’affaire de tous, et pas seulement d’une poignée de militantes qui l’incarnent à leur façon.

Je suis féministe. Je suis pour la liberté de choix, l’égalité des chances, l’apprentissage du respect de l’autre et de soi-même. Je suis contre le sexisme, la soumission à la « norme », la loi d’un modèle patriarcal sans fondement. J’aimerais que tout le monde, hommes et femmes, filles et garçons, aient la liberté d’être et de grandir comme bon leur semble, avec la possibilité et la capacité de faire ce choix en conscience, en sachant respecter ceux qui les entourent en tant que personnes. Je crois qu’il ya encore beaucoup de chemin à faire même dans nos sociétés occidentales, que le féminisme n’est pas réservé aux femmes, et ne concerne pas que le droit de celles-ci, mais bien la liberté de tout le monde.

Voilà pourquoi je suis fière aujourd’hui de dire « je suis féministe ».

Photo moustache par Oognip
Photo de Simone de Beauvoir nue, par Arthur Shay
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36 Comments

  1. Si tu savais à quel point ce genre de billet fait chaud au cœur.

    Je suis toujours super fière et émue quand je vois les consciences s’éveiller peu à peu. Je me dis qu’enfin on va y arriver, et c’est si cool <3

  2. Super article ! ca fait plaisir de trouver un blog qui parle de sujet intéressant et qui n’est pas seulement rempli de selfie mode ! je te garde dans mes favoris tiens 🙂

    Moi aussi je suis féministe et j’en suis fière ! Enfin quand je dis féministe, je suis pour l’évanouissement de la femme, sa protection contre des mentalités encore barbare mais surtout je suis pour la liberté de chacun (et donc des femmes) sans marcher sur celle des autres ! Je pense notamment aux papas qui ont du mal à avoir les mêmes droits que les mamans ! je veux pas que les filles contrôlent le monde au détriment des hommes, je voudrais simplement qu’une femme puisse être libre de ces choix.
    Et non les garçons (débiles) la jupe n’est pas une appel aux viols !

    « La liberté de chacun s’arrête là où commence celle des autres »

    bonne continuation 🙂

  3. Quel bel article
    Je suis féminisme, pour pas mal de raisons que tu as décris en fait
    Et de plus en plus chaque jour quand j’entends des « t’es bonne » qui se finisse par des « de toute façon t’es moche » tout ça parce que je n’ai pas donné mon numéro ou pas répondu ….
    C’est dur à vivre au quotidien, mais ça me forge <3

  4. Un peu beaucoup comme Marion. Je me souviens de ton article d’il y a 4 ans, je sais plus si j’avais commenté mais je m’étais dit  » Aaaah mais elle sait pas ce que c’est le féminisme ». Donc bienvenue du bon côté de la force 😉 Allez viens, on s’épile plus maintenant^^

  5. Un petit bonjour nocturne avant de dormir,
    Pourquoi suivre un moule puis se rendre compte qu’il est vide, que les bords sont trop cuits et qu’il n’y a aucun goût. La ligne à suivre est notre liberté de créer qui on veut être. Je rejoins ta pensée sur tous les points.
    Il y a quelques mois, j’ai pu découvrir Peter Peter au café de la danse grâce à ta rubrique music. Alors j’en profite pour te dire merci et une bonne recherche de travail. J’ai trouvé le mien grâce à un marron porte bonheur si ça peut t’aider.
    Tschüss 😉

  6. Merci pour cet article qui analyse bien les répressions que l’on peut subir au quotidien mais qui montre surtout que NON! Être féministe ce n’est pas être une casse couille!!

  7. Je me suis aussi rendue compte récemment qu’au fond, je suis féministe! J’ai toujours préféré les trucs « de gars » que les choses féminines et, entêtée comme je suis, les gens ont fini par arrêté de me faire remarquer que je suis « une fille » qui fait un truc « de gars ».

    Le meilleur exemple à ce jour, c’est mon domaine d’étude, la musique jazz. À la base, il y a très peu de fille, mais en plus, je joue d’un instrument « masculin » (la basse électrique) et je me suis spécialisé en composition (encore là, on voit plus d’homme que de femme).

    Même chose pour mes autres passe-temps (genre les jeux vidéos) et préférences vestimentaires. J’ai lu une phrase récemment que j’adore, mais je ne sais plus où je l’ai vu : « Ce n’est pas parce que je ne suis pas une « lady » que je ne suis pas une femme ». 🙂

  8. Oooh ! Je me souviens de ton premier article à ce propos ! Ravie que tu ai fait évoluer ton jugement à propos du féminisme :D.

    Je me reconnais pas mal dans ce cheminement moral ; je ne tiens pas de blog, sinon je pense que j’aurais eu deux articles similaires aux tiens (un où je réfute, l’autre où j’explique « hm en fait les gars… » haha). Pour ma part, c’est la fac qui m’a changée. J’étais en droit, et après deux ans j’ai fais une équivalence pour aller en L3 de sociologie. Là, j’ai eu des cours sur le féminisme, ses courants et ses mouvements, et j’ai sympathisé avec des femmes et des hommes (étudiants) militant-e-s :). Ca m’a beaucoup appris !

    Tu vas voir que tu vas apprendre à avoir un oeil beaucoup plus critique sur tout ce qui t’entoure au quotidien, c’est parfois un peu fatiguant (surtout aux repas de famille quand MALHEUR quelqu’un apprend que tu es féministe et qu’il fait l’amalgame avec les courants les plus extrême et qu’on te demande ton approbation sur tout ce qui se passe dans le monde — AMEN).

    1. J’ai pas encore tenté la discussion aux repas de famille, c’était déjà assez compliqué de faire comprendre que non j’allais pas forcément me marier et que oui j’avais quitté ce garçon en tous points parfait (mais pas pour moi) pour retourner à une vie de célibat… 🙂

      Et COMME JE TE COMPRENDS pour le regard critique ! J’ai parfois envie de m’énerver contre certaines de mes amies, c’est dur de me taire

  9. Merci pour cet article! Ce qui importe c’est le mot « respect ». En France beaucoup d’hommes ne respecte pas les femmes. Je le ressent tous les jours. je vous donne un seul exemple très parlant: impossible de mettre une jupe et/ou des talons pour prendre le métro…

  10. Mon dieu, apparemment je suis la seule à trouver cet article totalement merdique. Ta philosophie de comptoir à deux balles me file de l’urticaire meuf. Sérieusement ton côté « je fais des choix hyper audacieux » me fait mourir de rire 🙂 🙂

  11. Monsieur « mourir de rire » devrait réfléchir un peu plus. C’est un plaidoyer sur le féminisme, serte, mais ce plaidoyer soulève d’autres questions relevant de l’acceptation de la différence. Oui, il y a des macho, des anti mariage gay, des contre l’avortement, des pour la femme au foyer, des contre la procréation ou l’adoption par des couples homo, des gens qui ne respectent pas les animaux (et oui cela en fait partie…) des femmes battues, des hommes battus, des racistes, et dans ce genre, il y en a de multiple. Le droit à la différence, c’est le droit à l’égalité. Et oui Monsieur « mourir de rire » regardez l’environnement naturel et vous conviendrez que la diversité est une chose tout à fait normale et la nature s’en accommode très bien. Nous sommes diverses et variés et le droit de l’autre est d’être respecté.
    Alors je veux bien croire que chez nous, aborder ce sujet est un luxe, mais n’oublions pas le nombre de femmes dans le monde, humiliées, agressées, emprisonnées.
    Il y a encore beaucoup de travail pour faire évoluer les mentalités. La liberté est une chose fragile. Ces pays ou les femmes ne sont pas respectées, sont souvent les plus violents.

  12. Je ne suis qu’au début de ce parcours pour essayer d’aborder mon féminisme de la meilleure façon qu’il soit. Je suis encore un peu confuse et je pense devoir encore m’ouvrir l’esprit en cherchant et fouinant autour de moi pour comprendre pourquoi la violence faite aux femmes, les inégalités de l’éducation, des salaires, des enfants, des traitements médicaux etc…est toujours présente. Ton article me fait réfléchir et j’aime ça. Donc merci.

    1. Je crois que justement au delà du féminisme « apparent » qui se bat contre les violences etc il y a beaucoup de choses ancrées dans la société, des choses qui font qu’on en arrive parfois à des situations violentes, dégradantes, et des flagrantes.
      Il faut garder un esprit critique, tout ce que tu peux lire du féminisme est à adapter avec ta vision et ta sensibilité, mais c’est pour ça que je pense qu’il n’y a pas qu’un féminisme 🙂 à toi de trouver ta « voie » !

  13. Je voulais te laisser un commentaire très élogieux mais ce monsieur « mourir de rire » me rend nauséeuse. Pas le moindre argument, on ne sait même pas ce qui lui a déplu dans ton article ! Bon, je vais tenter de faire abstraction… Faisons comme si ce commentaire avait été supprimé :

    Quel article magnifique ! Au dela du simple féministe, comme l’ont déjà remarqué certains lecteurs, tu étends le problème à la tolérance et le respect de la différence. Je pense qu’on ne le dit toujours pas assez, qu’on ne l’entend toujours pas assez, ce genre de message devrait être prépondérant pourtant, tellement le besoin est criant !

  14. J’avais préparé un long (très long) commentaire, et puis, je sais pas trop ce que j’ai fait, mais j’ai changé de page, et mauvaise manipulation. Mais je voulais vraiment (après 10 jours), te laisser réagir un peu 😉

    Ton article fait beaucoup réfléchir, un peu au féminisme, mais à beaucoup d’autres choses aussi (formatage/stéréotype/etc). J’admire vraiment ton courage pour tout ce que tu fais (c’est juste dingue, je pense que je suis trop peureuse pour sortir de ma zone de confort). Au début, je me disais comme toi que j’étais pas trop féministe, j’ai beaucoup de mal avec celles qui sont « populaires » et qui me donnent l’impression de vouloir juste « inverser les rôles » (bonjour les chiennes de garde), alors que j’ai l’impression que l’on a plus besoin de tolérance et d’éducation pour que les femmes puissent avoir la même place dans la société que les hommes. Et parfois, je me dis que le « vrai » féminisme, celui qui fait vraiment avancer la place des femmes dans la société ne sont pas de grands discours (j’ai beau apprécié Emma Watson, je n’ai pas « pleuré » pour son discours à l’ONU), est plutôt le « féminisme » du quotidien : exercer un métier de « mec » (héhé je prêche pour ma paroisse), arrêter d’être un stéréotype ambiant (est ce que les meufs derrière les blogs mode/food/déco copiés/collés de magazines féminins se rendent compte qu’elles sont de parfaits clichés de la « femme parfaite » du 21ème siècle). Bref, du coup, j’aime bien les blogs de meufs qui sont capables d’aborder de vrais sujets de société en se mouillant un peu. Merci Elodie 😉

    (mon commentaire est un peu confus, pardon ><)

    1. Ton commentaire n’est pas confus, je me souviens de tes commentaires sur mon post d’il y a 4 ans et oui je crois que tu as complètement raison : « le « vrai » féminisme, celui qui fait vraiment avancer la place des femmes dans la société ne sont pas de grands discours est plutôt le « féminisme » du quotidien  »
      J’ai réalisé un jour que ma façon de vivre et certains de mes choix étaient des « actes féministes », ou du moins étaient un mode de vie qui allait au delà des normes et de la façon dont on devrait être en tant que femme.. à ta manière tu es féministe, en tous cas je ne crois pas que tu sois dans les clichés !
      Je suis contente de t’avoir fait réfléchir en tous cas, j’espère que tu continueras à t’intéresser à cette question en gardant ton regard critique 🙂

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